Journées d’été de la
Fédération Nationale pour l’École Rurale,

à THIÉZAC (Cantal), les 7, 8 & 9 juillet 2003

École Rurale : pratiques et perspectives...
ou comment et jusqu'où peuvent se décliner qualité et proximité.

Nota : certaines sections ont été plus ou moins développées, les prises de notes n'ayant pas toujours été très régulières… 
Quelques enregistrements sur cassette, disponibles en prêt (interventions d'Yves Alpe et d'Yves Jean).

=> Ouverture des journées

=> Le collège rural de St Martin-Valmeroux : un collège "pionnier" - comment ? pourquoi ? problématique : projets particuliers, expérimentations, équité entre les établissements.

=> La dimension européenne de l’École Rurale avec des praticiens catalans et des invités du Conseil de l’Europe

=> « Évaluation » de l’École Rurale, avec Yves Alpe, de l’Observatoire de l’École Rurale

=> ateliers : hétérogénéité, communication et réseaux : des atouts… et quelques problèmes.
            - gérer une classe à plusieurs niveaux.
            - classe unique et réseaux d’école ; communication, nouvelles technologies et École Rurale...

=> Quels projets pour la FNER ? AG extraordinaire.

=>  École, Territoire et collectivités locales ; problématique : autonomie, décentralisation, cadre national, nouvelles pratiques de l’État..., avec Yves Jean, géographe, ancien président de la FNER.

=> Table ronde, sur l’avenir de l’École Rurale, avec des élus locaux et nationaux, des responsables syndicaux et associatifs.

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Lundi 7 juillet 2003


Ouverture des journées d'été de la FNER


La journée a commencé par un tour de table des personnes qui étaient présentes dès le début de ces journées, et dont voici un résumé très succinct :
- M. le Maire présente la commune de Thiézac (Cantal, env. 20 km d'Aurillac) : 630 hab., très étendue. Beaucoup d'artisans, pas d'industries. Agriculture de plus en plus dépendante ("course" au lopin de terre). Préconise de revenir à des structures à taille humaine, avec maîtrise de la fabrication de A à Z (fromage et viande). Développement du tourisme (été et hiver).
- Etienne Anquetil (enseignant à Mazayes, Puy-de-Dôme, env. 20 km de Clermont-Ferrand) : le secteur est situé en zone rurale, mais la population de moins en moins agricole ( beaucoup travaillent à Clermont ou en périphérie). Effectifs en forte hausse.
- Jean-Claude Lobre (enseignant à Plaimbois-du-Miroir, Doubs) : la proximité de la Suisse => activités qui maintiennent les populations proches de la frontière. Sur place, activités agricoles en baisse (6 exploitations) mais maintien voire développement des coopératives traditionnelles fromagères (Comté).
- Jean Pauly (enseignant à Livernon, Lot) : population très renouvelée qui compte un fort pourcentage de néo-ruraux ; cohabitation parfois délicate avec les "anciens". Beaucoup de RPI.
- Michel Baron (enseignant à Chissay-en-Touraine, Loir-et-Cher) : population qui commence à augmenter par le sud et l'ouest du département => problèmes de sureffectifs, notamment en maternelle et en RPI (nombreux RPI dans le département).
- Pascale Drelon (enseignante à Giou de Mamou, à 6 km d'Aurillac, et IMF à Aurillac, Cantal) : Giou est en zone rurale péri-urbaine, les effectifs sont stables ; est la seule formatrice en zone rurale dans le Cantal...
- Patrick Bec (enseignant à Thiézac, Cantal) : effectifs en hausse (36 élèves/2 classes) ; cherche à promouvoir l'image positive d'une école ouverte.
- Marie-Louise Paquier (retraitée, primaire puis collège) et Jean Paquier (retraité, classe unique puis principal du collège rural d'Allanches, Cantal) : image très positive des petits établissements ruraux ; ont de nombreux exemples de la réussite d'élèves qui sont passés par ce collège...
- Alain Mesnage (parent d'élèves, école de Jabreilles-les-Bordes, Haute-Vienne) : anime une association de parents d'élèves qui vise à sauvegarder et promouvoir l'une des 3 dernières classes uniques du département ; contacts établis notamment avec les 2 autres écoles, et avec le réseau Sud-Vienne.
- Jean-Bernard Guénot (enseignant, coordinateur d'un vaste RRE, secteur de Thérouldeville, Seine-Maritime) : assez critique sur la formation du RRE => risque de noyautage par le chef-lieu de canton, mise en réseau sans consultation des enseignants ni des élus... Se prend à regretter parfois sa petite école rurale !
- Claudine Guénot (enseignante, Seine-Maritime) : de nombreuses années en école rurale...
- Joan Vila (enseignant dans un réseau d'écoles rurales, Catalogne espagnole) : zone de montagne très rurale qui devient aussi très touristique, mais problème d'effectifs qui ont encore tendance à baisser ; réseau de 6 écoles dans 6 villages : 1 école à 4 classes (45 élèves), 1 école à 2 classes (15 élèves) les autres écoles en classes uniques (entre 5 et 13 élèves/classe) ; 1 enseignant par classe et 4 "spécialistes" pour tout le réseau (musique, anglais, sport et spécialisé pour enfants en difficultés).
- Marc Thillerot (retraité, enseignant en primaire puis en collège, récent maire de Sommeval, Aube) : s'est toujours battu pour le maintien des classes uniques dans les villages, et contre les regroupements imposés par l'administration. Représente aussi officiellement, à ces journées, l'AMRF (Association des Maires Ruraux de France, ex-FNMR).
- Francine Thillerot (retraitée, Aube) : 29 ans de classe unique...


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COLLÈGE PIONNIER DE LA MARONNE

 

 Lundi 7 juillet, nous sommes accueillis au collège pionnier de La Maronne à St Martin Valmeroux. L’établissement est désectorisé, et accueille cette année 54 élèves encadrés par sept professeurs. Les familles font le choix du collège pour des raisons de proximité géographique, ou bien de difficultés scolaires dues ou non au système traditionnel, ou enfin par choix pédagogique : les élèves viennent donc soit du milieu local, soit d'un autre secteur (parfois d’autres départements).

Après avoir été fermé en Juin 2000, le collège a rouvert ses portes en Septembre 2001* avec un projet particulier : il s’agit d'appliquer les programmes d’une autre manière, en s’inscrivant dans la durée en analogie avec le 1° degré.

Ce projet va se développer suivant trois grands axes:

- le concept de communauté éducative (concertation et travail en équipe ; partenariat avec les parents, comité de pilotage…).

- l’approche individualisée et transdisciplinaire des savoirs.

- la responsabilisation, le développement de l’autonomie, et l’éducation à la citoyenneté : association des élèves à l’élaboration et au vote des règles de vie, à la gestion du collège ; développement du tutorat, etc. d'où - entre autres - un meilleur respect de l'établissement, des personnes qui y travaillent…

Les élèves sont répartis en quatre groupes à géométrie variables suivant les thèmes, les notions abordées et les objectifs à atteindre : groupes de base (une douzaine d’élèves encadrés par un tuteur) ; groupes de besoins (cours magistral accueillant les élèves d’un même niveau) ; groupes projet, et enfin les groupes de gestion.

Une des originalités de ce collège est de faire fréquemment travailler ensemble des élèves de 2 voire 3 "niveaux" différents (entre la 6ème et la 3ème).

Un comité de pilotage gère le projet. Il rassemble l’Inspecteur d’Académie, le sous-préfet, des parents, des élus et des enseignants.

Après un apéritif/débat de présentation fait par le principal et les profs présents, suivi d’un repas traditionnel, nous visitons les locaux : salles de classe, salle informatique… L’internat, entièrement rénové grâce aux efforts du Conseil Général et de la commune, est conçu comme un lieu de vie, chaleureux, respectueux des rythmes de vie et de travail.

Les nouvelles technologies occupent une large place. À signaler l’ouverture prochaine par la commune d’une médiathèque, qui jouxtera le collège et communiquera avec son Centre de Documentation et d’Information.

 

Des questions et des remarques viennent plus tard, en particulier lors du retour à Thiézac en covoiturage, propice aux échanges et discussions. Certains sont sceptiques, d’autres très enthousiastes en particulier par rapport à l’éducation citoyenne, mais personne n'est indifférent.

Les remarques principales des sceptiques portent sur les limites de l’innovation (difficile à transférer, équipe qui tient à une très forte implication de chacun), les problèmes liés à un faible effectif (54, est-ce suffisant d'un point de vue socio-éducatif ? D'autre part, 7 profs/54 élèves est difficile à "tenir"), et à l’isolement éventuel par rapport aux autres collèges qui eux accueillent les élèves d’un secteur (compensé par un réel travail de communication vers l'extérieur).

Une autre difficulté constatée, surtout au début, est celle qui concerne l’état d’esprit de la population locale vis-à-vis de ce collège un peu spécial. Le fait d’accueillir des élèves en difficulté ou qui ne se satisfaisaient pas de l’enseignement traditionnel, a pu pour certains (souvent non concernés d'ailleurs), donner au collège de La Maronne une image parfois négative.

Néanmoins, cette visite enrichissante a fortement donné à réfléchir, ce qui en était un des enjeux, et le bilan qu'en tirent les praticiens est plus qu'encourageant, ne serait-ce qu'au niveau social (moins de conflits parents/enfants, meilleur comportement social, meilleure prise en charge des problèmes par les élèves…).

 

* avec le soutien du Conseil National de l’Innovation et de la Réussite scolaire, et malgré les velléités de fermeture du Recteur et de l’Inspecteur d’Académie, en totale contradiction avec le projet académique même, et en infraction avec les lois d’orientation de 1989 et de décentralisation. La commune a dû engager un recours au Tribunal administratif.

 

Étienne ANQUETIL et Jacqueline BOUCHER (mixage Michel BARON)


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Les itinéraires culturels européens (rapide aperçu)

 

Avec la participation entre autres d'Anne-Marie SIMON – du Conseil de l'Europe – qui a présenté l'exemple de la réhabilitation du chemin de St Jacques de Compostelle, pour montrer tout ce qui pouvait être réalisé au niveau trans-européen, avec et pour les petites structures concernées : écoles, communes, fermes, lieux culturels… Les actions peuvent être pédagogiques (classes linguistiques, culturelles, mise en relation…), mais concernent aussi d'autres domaines (bâti rural, aménagements touristico-culturels…). Autres itinéraires : les tziganes, les parcs et jardins… 

Dans le même ordre d'idées, Pierre VOLTZ nous a présenté les "théâtrales des jeunes en Europe"…


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L'Observatoire de l'École Rurale … qu'observe-t-il ?

 

Yves Alpe a présenté les travaux qu’il dirige à l’occasion des journées de la Fner à Thiézac en juillet 2003. D’origine rurale, fils et petit-fils d’instituteur, Yves Alpe est sociologue et travaille pour l’Université de Provence et l’Iufm Aix-Marseille. Chargé de mission à la Datar, il s’intéresse depuis plus de vingt ans aux questions de l’École rurale.


L’Observatoire de l’École rurale
est un programme de recherche mené avec cinq IUFM dans six départements (Ain, Ardèche, Haute-Saône, Haute-Loire, Alpes de Haute Provence, Drôme). Son projet est d’analyser les parcours des élèves sur la durée (et pas d'en donner une photographie à un moment donné). Des élèves de Cm2 seront suivis jusqu’à la fin de la seconde, donc au moment où l’orientation professionnelle se dessine.

Le programme de recherche a démarré en 1999 à partir d’un échantillon de 2400 élèves de Cm2. Leurs parents et les établissements fréquentés sont pris en compte dans l’enquête. Un premier compte rendu de la recherche a été établi en 2002, à la fin de la cinquième ; le prochain compte-rendu se fera au printemps 2004, à la fin de la troisième.

L’échantillon a été établi à partir de trois types d’ensembles ruraux différents (d’après les définitions de l’espace établis par l’Insee) : un tiers en rural isolé, un tiers en rural sous faible influence urbaine, un tiers pour les « pôles ruraux ».

La problématique de l’étude s’intéresse à plusieurs caractères particuliers :

- effets spécifiques liés au maître.

- effets liés à la classe à plusieurs cours.

- effets liés à la petite taille de l’établissement.

- effets liés aux stratégies d’ouverture des écoles (utilisation des Tice, l’existence de partenariat, la mise en réseau)

- effets liés à l’origine familiale (sachant que les milieux étudiés sont plutôt socialement défavorisés par rapport à la moyenne nationale : les ouvriers sont les plus représentés dans le milieu rural).


Les premiers résultats : 

- les taux de retard en Cm2 de l’échantillon sont quasiment similaires à la moyenne nationale hors Zep.

- test d’évaluation : plus d’élèves bons en français et en maths dans l’échantillon que la moyenne nationale (alors qu’ils sont de milieu social et culturel plus défavorisé).

- les élèves de classe unique de l’échantillon ont des résultats moins bons – à manier avec précaution  vu la faiblesse de l’échantillon (130 élèves sur 2000).

- des grosses différences existent entre les départements concernés sans qu’on puisse forcément les expliquer.

- les stratégies d’ouverture, sont plutôt bien développées notamment dans le rural isolé.

- le rapport équipement/élève est meilleur.

- l’estime de soi est moins forte à performance scolaire égale : on constate une sous estimation de soi chez les élèves en milieu rural, un manque d’ambition concernant leurs projets futurs… 

 
Quelques premières impressions à ce stade de l’enquête :

- le type de ruralité (typologies Insee) n’influence pas les résultats du panel.

- les résultats en primaire sont plutôt meilleurs que la moyenne nationale hors Zep (confirmation des études de Françoise Œuvrard…).

- une modification des comportements apparaît au collège, concernant notamment les opinions sur l’école.

- le degré d’ambition et la capacité à se projeter dans l’avenir sont moindres en milieu rural (une certaine fatalité sociale ?).


Conclusion 
: les résultats les plus intéressants viendront avec la fin de l’enquête à la fin de la seconde ; là s’afficheront plus précisément les parcours des élèves et les orientations prises. L’observatoire de l’école rurale espère avoir conservé un échantillon d’étude de 900 élèves (sur les 2000 du départ) qui permette de donner de la fiabilité aux résultats enregistrés à ce moment-là.


Rapporteur : Jean Pauly.


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Les ateliers de Thiézac

 

- Atelier " classes hétérogènes à plusieurs cours "


On a recentré sur les atouts essentiels :


1- Une dynamique grands <=> petits (les petits étant aspirés par les grands, et les grands poussés par les petits).
La prise en charge des petits par les plus grands aide ces derniers à prendre la mesure de leurs progrès. Ils les aident aussi à maîtriser leurs savoirs, maîtrise indispensable si l'on veut être compris quand on explique ; et expliquer aux autres, cela donne un but, donc plus de sens, à ses propres apprentissages ; cela les incite à prendre leur rôle de grand au sérieux. Parallèlement, le travail, les réussites des grands, donnent aussi du sens à ceux des petits qui voient en leurs aînés plus ou moins des modèles, d'autant plus crédibles qu'ils sont plus âgés qu'eux, et d'autant plus accessibles qu'il ne le sont pas trop. La représentation de la tâche à accomplir est donc grandement facilitée pour les petits, dans ce type de classe.
2- Une hétérogénéité naturelle, puisque liée pour l'essentiel aux différences d'âge, ce qui minimise les problèmes liés à d'autres différences, notamment socio-culturelles : "C'est normal qu'il m'aide à lire, il est plus grand que moi" ; "c'est normal que je l'aide à lire, je suis plus grand que lui".
3- Une meilleure structuration du temps. En effet, les plus jeunes imaginent ce qu'ils seront, à travers ce qu'ils feront, dans quelques années, et peu à peu mesurent la distance qui les en sépare. Ils attendent d'avoir accès aux responsabilités de leurs aînés. De même, les grands "se voient grandir", grâce à la présence des plus petits.
La classe à plusieurs cours permet que chacun passe par toutes les étapes (l'aidé et l'aidant).
Les classes à plusieurs cours permettent aussi de prendre son temps, à la fois pour les enfants et pour les maîtres : on ne repart pas à zéro à chaque rentrée scolaire, on n'est pas obligé de réussir dès la première année. On peut finir en douceur l'apprentissage amorcé l'an passé. On a aussi le temps d'approfondir ses relations avec les autres. D'une façon générale, cette structure permet une grande souplesse du cursus scolaire des enfants.
4- La qualité des relations : le petit nombre de personnes, au sein de ces écoles, permet à chacun de privilégier l'aspect qualitatif dans la connaissance des autres, et aussi de mieux trouver sa place au sein d'un système à taille humaine où chacun peut alors jouer un rôle. Il va aussi favoriser l'ouverture vers l'extérieur ; il va permettre également à certains types d'apprentissages de s'effectuer plus rapidement.
5- L'autonomie : la coexistence de groupes d'âges différents (et le fait que l'enseignant soit mobilisé par un groupe, les autres devant par conséquent travailler seuls), la prise en charge, notamment par les grands, d'une partie de la classe, vont développer progressivement des habitudes d'autonomie qui auront le temps de s'affirmer.

 

On a assez longuement débattu des classes à très petit nombre. Il n'est pas apparu que ce soit un handicap, en tout cas jusqu'à 5 élèves, aux yeux de celles qui en avaient fait déjà l'expérience (Montse MACIAS ARAU en Catalogne et Pascale DRELON dans le Cantal), car les inconvénients sont compensés par d'autres avantages ("on va plus vite", "on s'ouvre davantage encore vers l'extérieur", "notre réseau évite un véritable isolement"...)

Michel BARON

 

- Atelier " réseaux " (extrait) 

Les Réseaux Ruraux d’Education : le R.R.E. de Valmont 

 

- 12 écoles, 25 classes élémentaires ou maternelles et 500 élèves 

- 1 collège de 500 élèves 

 

Les points positifs : 

- apport d'activités culturelles, artistiques et sportives nouvelles aux élèves d'un même secteur de collège, leur donnant une sorte de "culture" commune à leur entrée en 6ème. 

- travail des enseignants des écoles sur des projets communs. (Le plus difficile à mettre en place, surtout lié à la volonté de chacun. L’éloignement géographique ne semblant pas être l’élément le plus important.) 

- mise à disposition du coordonnateur de 2 demi-journées de décharge, lui permettant de proposer et de programmer toutes les activités. ( Le libre choix est laissé aux enseignants dans la limite d'un crédit de 14 euros par élève versé par toutes les communes au prorata du nombre d'élèves de chacune d'elles.) 

- Cerise sur le gâteau dans le cas de Valmont : maintien du nombre de postes pendant la durée du contrat. Ce qui embête énormément l'I.A.en période de carte scolaire. (A ce sujet, il vient de proposer aux élus de sortir du RRE pour fermer moins de classes cette année qu'il n'en fermerait l'année prochaine ! Ce que les élus ont refusé ! ) 

 

Le point à améliorer 

- Les échanges avec le collège. A cela, une explication : le temps de coordination ne permet pas de développer des relations régulières. Les R.R.E. ne font pas mieux que les réseaux "informels", mais bénéficient de bonnes conditions d’organisation et de la sécurité du maintien des postes pendant plusieurs années. De plus, la durée du contrat donne du temps aux communes pour mettre en place des programmes de logements susceptibles d’apporter une nouvelle population scolaire. 

 

Par cette formule pédagogiquement intéressante, les R.R.E ont apporté un plus à nos écoles rurales. Une générosité aussi inhabituelle de la part du ministère de l’Éducation Nationale ne pouvait que nous inciter à nous méfier. Nous nous doutions que le « ver était dans le fruit ». Ce nouveau territoire scolaire imposé, au contour voisin de celui de la communauté de communes, pouvait laisser préfigurer de ce qui se tramait : la mise en place des nouveaux réseaux d’écoles. Pour cela, quelques conditions assez faciles à réunir : 

- une com com avec la compétence en matière scolaire, 

- un président, maire du chef-lieu de canton, ( pas trop attaché à la ruralité) 

- un coordonnateur, directeur de l'école de la même commune, ( un peu ambitieux ) 

- quelques subventions substantielles pour inciter à construire le collège élémentaire, 

et le réseau est créé. L’État se désengage progressivement de l’Éducation comme il le fait de la Culture, de la Santé pour ne garder que la police et la Justice et encore… Nous ne sommes donc pas surpris que ces RRE, coûteux pour le budget de l’État (Coordonnateur + maintien des postes), soient abandonnés au profit d’une nouvelle formule dont personne ne veut, dont le seul intérêt est économique. 

Jean-Bernard GUÉNOT


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La nouvelle donne institutionnelle : faits et concepts (résumé de l'intervention d'Yves JEAN)

1- Les évolutions depuis 1982

1982 : les lois de décentralisation : transfert de compétences + changement de rôle des pouvoirs locaux (maires, conseillers généraux et régionaux)

1986-88 : plus de participation des associations. Montée en force de la nécessité de l’échelle intercommunale.

1992 : loi Joxe-Marchand instituant les communautés de communes : autonomie fiscale (impôt), compétences obligatoires (développement économique et aménagement de l’espace), compétences possibles (environnement, habitat et cadre de vie, voirie, transports collectifs, équipements sportifs, sociaux, culturels et scolaires, etc.)

1995 : loi Pasqua légitime les Pays (Ë unité géographique, économique => réorganisation des services publics).

1999 : loi Voynet conforte le Pays + création de conseils de développement (=> volonté participative)

Juillet 99 : loi Chevènement renforce l’intercommunalité urbaine (solidarité financière entre les communes)

2001 : loi Vaillant : en milieu urbain, les conseils de quartier.

 

Objectifs de ces lois : réconcilier le citoyen (l'habitant ?) avec la politique, réduire les inégalités sociales et spatiales, répondre aux besoins locaux divers. Mais ces échelons locaux permettent-ils plus de démocratie ?

Évolution assez consensuelle sous l’influence de plusieurs courants

- crise de légitimité des États, jugés pesants (trop d'impôts) et inefficaces face à la crise économique, d'où désengagement et transfert aux régions et départements.

- idéologie libérale, réhabilitation de l’entrepreneur, “ maires-chefs d’entreprise ”, personnalisation du vote, fascination du marché, explosion du "marketing territorial". Tout devient projet. L’individu est au centre.

- essor d'un courant "alternatif" prônant le développement local, la valorisation des ressources locales, des responsables associatifs, des syndicats, des compétences individuelles (l'accent est mis sur l’individu qui sort des clivages classiques), l’articulation public-privé est recherchée…

- développement de la notion de réseau, présenté comme vertueux face à la crise du fordisme (les réseaux étant parfois source de nouvelles inégalités), la notion de territoire (unité géographique cohérente…) remplaçant celle de "local". Proximité géographique, économique, sociale ou culturelle entre des “ acteurs ”, par ailleurs de plus en plus mobiles. Le concept un projet, un territoire, un contrat,  propose une unité en réalité très composite, et en pleine recomposition économique, sociale, culturelle… L'attachement à la commune demeure néanmoins très fort.

- notion de développement durable : préoccupation du temps long, sur des espaces à la fois internationaux et locaux => nouveaux comportements, nouvelles formes de vie associative et politique.

- Importance croissante de préoccupation telles que le "paysagement" du cadre de vie, au détriment des questions d’équité, d'inégalités sociales et spatiales.

 

2- Le bilan

 

Face à la "métropolisation" et à la "littoralisation" croissante, à l'évolution discriminante des territoires, à la remonopolisation financière à l’échelle internationale, à la raréfaction des ressources nationales, la "territorialisation" n'a pas atteint ses objectifs : les inégalités (sociales, scolaires) augmentent, de même que le désintérêt pour la "politique" (participation en baisse aux élections), l'"efficacité" ne semble pas meilleure.

 

3- L'avenir : vers un État régulateur ? Des questions et quelques réponses

 

- Un État présent sans être ni keynésien ("partout pareil") ni libéral (= absent). Difficile dans l'actuel contexte, caractérisé par une baisse de moyens : moins de fonctionnaires, moins de services publics avec parfois marchandisation (ex. : ADMR), et "laissés pour compte" (ex. : les habitants qui ne se déplacent pas…).

- Une meilleure articulation rural-urbain, plus de solidarité entre régions.

- Plus de démocratie et de participation des habitants (ex. : rencontres publiques même si l’habitant ne vient pas toujours, ce qui n'est d'ailleurs pas nouveau), éducation à la citoyenneté.

- Davantage de lieux de rencontres et d'échanges (ex. : les conseils de développement, cf. Marennes-Oléron).

- Du temps pour la mise en place de nouveaux échelons.

- Meilleure articulation des structures, plutôt qu'emboîtage complexe : des échelons sans doute inutiles (départements ?). En même temps, l’individu est capable de comprendre une certaine complexité.

En rural : tirer parti de la petite taille des structures qui permet, si on le souhaite, de faire attention à chacun, à chaque idée, d'ouvrir, d'être surpris (éviter l'enfermement, reconnaître les limites des petits groupes sociaux). Petite structure forte = autonomie financière, légitimité forte, liberté de définir sa politique.

Il y a des grosses structures qui fonctionnent de façon très démocratique (certains syndicats, associations)

- "penser" le rural en soi et pas seulement en référence à la ville (ce qu'on en connaît et ce qu'on en imagine).

- L’innovation : apprendre à voir l’autre, le territoire, les compétences à utiliser, dépasser les apparences. Cela s’apprend. Se méfier de la généralisation de pratiques innovantes, le transfert est souvent un échec…, préférer la mutualisation des expériences. 

- Ne pas contraindre, proposer, inciter (cf. certains réseaux).

- En question : l'élection du président de la communauté de communes au suffrage universel (1 hab. = 1 voix) est-elle souhaitable ? => échelon supra communal plutôt qu'intercommunal.

- Place des communes qui sont hors communauté de communes ?

Anne BOUJU et Michel BARON


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Assemblée générale (résumé)


- Perspectives de réflexion et d'action en liaison avec les journées d'été : chantiers à ouvrir ou à relancer.
- la dimension européenne : renforcer les contacts, notamment à travers des échanges entre classes, entre écoles, en liaison ou non avec des projets "officiels".
- le projet de nouveau statut des écoles : vers une contre-analyse. C'est Michel Baron qui se chargera de la rédiger et de la diffuser ensuite, pour mise au point définitive.
- le collège rural (un des points faibles de la FNER)
- la formation (IUFM) : interventions, sous quelles formes ?
- le salon de l'Éducation : participation ?
- les correspondants locaux : "concept" à relancer.
- Modifications statutaires à déclarer officiellement (composition du bureau, etc.)



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