RESPONSABILITÉ, SÉCURITÉ

I La position de la FNER sur les nouveaux textes scolaires d'octobre 1999.
II Le résumé du colloque "responsabilité / sécurité" organisé par le SNUIPP.
II bis : annexe, les conclusions du rapport Massot
III Les réactions.

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Position de la FNER sur les nouveaux textes "sorties scolaires" (octobre 1999).

La Fédération pour l'École Rurale prend acte de la nouvelle circulaire sur l'organisation des sorties scolaires. Plusieurs points nous satisfont :

1. L'affirmation appuyée de l'intérêt des sorties scolaires, dans de très nombreux domaines. La sortie scolaire est donc bien un acte pédagogique, qui relève d'un projet local (classe, école), mais qui est soutenu et encouragé par l'Education Nationale.
2. L'assouplissement des normes d'encadrement et de délai, notamment en ce qui concerne les sorties de proximité, et la simplification des formulaires à remplir, ce qui du coup permet aux acteurs locaux de prendre davantage en considération les véritables problèmes locaux.
3. Une redistribution un peu plus équitable des tâches et des responsabilités entre l'enseignant, le directeur d'école et l'I.A.

Néanmoins, des dysfonctionnements demeurent, dont les deux derniers affectent surtout le milieu rural :

1. Les sorties avec nuitées : Certes, l'instruction du dossier a été simplifiée, les vérifications de conformité échoient à présent aux I.A., mais les délais restent particulièrement dissuasifs (dossier à envoyer au minimum 2 mois avant le début du séjour, mais accepté ou refusé 21 jours seulement, et encore, en théorie, avant le départ...).
2. L'assujettissement des classes contenant une section enfantine aux normes "maternelles", alors que dans un certain nombre de cas, l'hétérogénéité des classes favorise la surveillance (les grands surveillent les petits...). Des grands de classes rurales sont alors privés de certaines activités, réservées aux stricts "élémentaires"...
3. Les transports : le principe de la gratuité des sorties obligatoires est affirmé, de même que la rercherche de toute solution empêchant un enfant d'être écarté d'une sortie pour des raisons financières, mais en même temps, un certain nombre de solutions économiques sont plutôt ou même très déconseillées, voire interdites (le transport dans des voitures particulières, l'accueil dans les familles, l'utilisation des cars de ramassage) alors qu'il n'a jamais été démontré que ces solutions avaient entraîné davantage d'accidents... Par ailleurs, la collectivité engloutit des sommes très importantes dans le ramassage scolaire, et quasiment pas dans les sorties. Il pourrait y avoir rééquilibrage, surtout si la politique en milieu rural était favorable à moins de RPI, plus de réseaux d'écoles et plus de sorties !

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" LA RESPONSABILITÉ DES ENSEIGNANTS "
Colloque national organisé par le SNUIPP à Paris, le 27/10/1999.

Quelques notes prises au vol
14 invités, public d'environ 200 personnes (apparemment beaucoup de directeurs d'école).


1- RESPONSABILITÉ ET JUSTICE dans la société d'aujourd'hui.

- Une des pistes serait une réforme de la loi de 1937 (prise en charge par l'État de la responsabilité civile des enseignants), qui donne trop l'impression d'immunité, favorisant ainsi la voie pénale.
- La tendance pénale est peut-être médiatisée, mais pas en augmentation (16/25 des accidents récents suivis de poursuites étaient quand même mortels).
- Cette tendance pourrait diminuer si les procès au civil étaient réglés plus rapidement et les victimes indemnisées plus vite.
- Volonté ministérielle de renforcer la présence de médiateurs Éd. Nat., et de juristes sur le terrain (rectorats, académies), et de proposer une mini-formation (formation initiale et permanente) aux problèmes de justice pénale.

- Les poursuites au pénal aident les familles à faire leur deuil, en leur permettant d'identifier les responsables, les coupables.
- N'accepte pas qu'on puisse dire "le risque zéro n'existe pas" (remous dans la salle).

- La demande publique de transparence est une donnée actuelle incontournable à laquelle, pas plus que d'autres, les enseignants ne peuvent se soustraire.
- La tendance au recours au pénal s'explique aussi par le fait que c'est plus facile pour le plaignant (c'est au juge et non au plaignant d'apporter les preuves).

- Estime que c'est l'éventail des faits assimilés à des délits qui est trop large ; même si c'est difficile, il faudrait arriver à en ôter les faits non intentionnels (maladresse, imprudence).

- Souhaite la réhabilitation des jugements civils, AVEC la présence des victimes.

- Constate une augmentation des affaires suivies en civil et/ou en pénal (+ 32% cette année), et surtout des affaires avec faute non-intentionnelle).
- Demande que soient appliquées au maximum les lois de 1937 (cf. ci-dessus) et de 1996 (qui précise que ne sont pas condamnables des fonctionnaires qui auraient "accompli les diligences normales, compte tenu de leurs compétences, du pouvoir et des moyens dont ils disposaient, ainsi que des difficultés propres aux missions que la loi leur confie").
- Constate et regrette que cette dernière loi n'ait pas été suivie d'effet, au contraire.


2- L'ENFANT EN DANGER ET L'ÉCOLE.

- Confirme, dans son domaine, une tendance à la judiciarisation (saisine plus fréquente de l'autorité judiciaire), allant de pair avec un recul de la prévention (on traite trop rapidement ce qui "apparaît", on ne "creuse" pas suffisamment.
- Explique que souvent les parents des enfants jugés sont, ou se sentent eux-mêmes victimes des violences de l'Institution (représentée par un amalgame police/école/justice long à déconstruire), et qu'ils acceptent la conduite, les violences de leurs enfants.
- Demande une amélioration de la prévention, entre autres par la mise en place d'une police judiciaire de proximité, et souhaite une meilleure évaluation de la délinquance.


3- LE RISQUE POUR LES ÉLÈVES.

Beaucoup de chiffres et peu de temps malheureusement pour les analyser (transparents passés à toute vitesse). Relevé cependant :

- > 50% des accidents en récréation, dont 65% dans des parties non aménagées.
- 6% des accidents lors des sorties scolaires.
- davantage d'accidents en CM2 (primaire) et notamment en EPS.

- Rappelle les principes d'éducation de la Ligue : enfant promoteur et acteur de son éducation, socialisation, autonomie,
- Constate que, après une augmentation continue depuis des dizaines d'années, les sorties scolaires (avec nuitées) ont stagné en nombre à partir de 1992, et sont en très forte baisse depuis les textes de 1997. Est pessimiste quant à un redressement de la situation.

- Pointe les matériels défectueux et l'insuffisance de la surveillance, comme causes d'accidents.
- Insiste sur le devoir de ne pas opposer parents et enseignants (rappelant que si l'accident est un drame pour les victimes, il l'est aussi pour l'enseignant.
- Propose qu'on aille vers une prise de responsabilité collective d'une sortie au sein du Conseil d'École.

- Souhaite davantage d'adultes pour surveiller.

- Constate (et déplore) une augmentation significative des affaires, donc des plaintes
- Les assureurs privés poussent à porter plainte, entre autres parce qu'ils ne remboursent pas (ou peu, ou rarement), en cas d'invalidité faible, alors évidemment, si l'enseignant peut être reconnu responsable.

- " Quand on choisit le pénal, on choisit de vouloir punir (silence dans la salle), mais on ne maîtrise pas, puisque c'est le juge qui instruit. "
- Rappelle d'autre part que les enseignants, quoiqu'on fasse et quoiqu'ils fassent sont toujours exposés.

- A présenté son association, qui est en fait une fédération de 150 associations d'aide aux victimes, sous convention du ministère de la justice et de l'Éducation Nationale.
- A précisé les modes d'intervention, de type accompagnement durable, le public concerné (à l'école, aussi bien les enseignants que les élèves et leur famille), etc

Voilà en quelques lignes un aperçu de 5 heures d'exposés parfois denses
Un petit regret, la forme "grand groupe" n'a pas favorisé le débat, limité à de rares questions et interventions.
Ajoutons qu'un groupe de travail Ed Nat / Justice est constitué - devinez qui a traîné des pieds ? C'est Ségolène et Cloclo - , qui comprend des responsables des 2 ministères, et des syndicalistes.

D'autre part, le ministère de la Justice a chargé Jean Massot d'un rapport portant sur la responsabilité pénale des décideurs publics (les fonctionnaires en font partie). La commission Massot a donc vu le jour, et a rendu son rapport.

M.B.

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En annexe : les conclusions du rapport Massot (février 2000)

(Lettre envoyée par Claude Allègre aux Directeurs et chefs d'établissements, datée du 07/02/2000, reçue début mars.)

Madame, Monsieur,

Le groupe d'étude sur la responsabilité pénale des décideurs publics (élus et fonctionnaires) présidé par Monsieur MASSOT a remis son rapport au Garde des Sceaux.
Cc rapport constate que le phénomène de pénalisation de la vie publique, même s'il reste numériquement très marginal, est en augmentation depuis une vingtaine d'années ct crée un fort sentiment d'insécurité chez les élus et les agents publics. Cette pénalisation est dûe principalement à l'exigence croissante de nos concitoyens à l'égard dcs acteurs de la vie publique et à la recherche systématique d'un coupable qui puisse être pénalement sanctionné.

Pour répondre à ce phénomène, le rapport propose des solutions qui peuvent être présentées comme suit :

1) Le groupe d'étude fait tout d'abord une proposition qui va dans le sens d'une réduction du champ de la responsabilité pénale pour les délits commis par imprudence, négligence, inattention ou manquement à une obligation de sécurité.

Il suggère en effet que celui qui n'aura causé un homicide ou des blessures involontaires que de façon indirecte ne sera responsable pénalement que si " son comportement révèle une action ou une omission constitutives d'une faute grave ", alors qu'aujourd'hui sa responsabilité est engagée quelle que soit la gravité de la faute.

2) Pour enrayer l'inflation des dispositions pénales trop souvent introduites dans les lois, le groupe invite le gouvernement à respecter un moratoire d'un an pendant lequel aucune nouvelle infraction pénale ne sera proposée par voie législative ou réglementaire. Au cours de cette période, chaque département ministériel devrait procéder à un examen systématique de l'ensemble des sanctions pénales existantes, pour évaluer leur pertinence et rechercher, le cas échéant, d'autres formes de sanctions plus adaptées.

3) Le rapport incite à limiter le recours au juge pénal par divers moyens visant à introduire des conditions plus strictes de recevabilité des plaintes avec constitution de partie civile, à réaffirmer ou renforcer les sanctions à l'encontre des auteurs de plaintes abusives, ou visant enfin à favoriser le droit de réponse des personnes dont la mise en examen a paru dans un organe de presse ; en cas de non lieu ou de relaxe, il s'agirait d'obliger l'organe de presse concerné à insérer l'annonce de ce non-lieu ou de cette relaxe, à la place où était relatée la mise en cause.

4) Le rapport souligne la nécessité de rendre la mise en examen moins systématique et moins traumatisante. A cet effet, il est suggéré d'éviter les mises en examen trop précoces et de favoriser l'information des magistrats sur le fonctionnement de l'administration à laquelle appartient l'agent mis en cause. Les mises en examen elles-mêmes pourraient comporter une réelle motivation écrite.
Il est aussi préconisé de rendre les conditions de la garde à vue adaptées à la dangerosité des personnes.

5) Tous les modes de règlement des conflits autres que pénaux doivent enfin être favorisés. Il conviendrait à cet effet d'inciter les administrations à développer la transaction amiable.

6) En dernier lieu, il est recommandé de favoriser la mobilité entre la fonction publique et la magistrature.

Le gouvernement aura prochainement à décider des suites à apporter à ce rapport, dont certaines propositions me paraissent de nature à répondre aux préoccupations qui sont les vôtres.
C'est pourquoi je tenais à vous informer des conclusions de ces travaux.

Claude ALLEGRE

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Réactions sur Internet.

Suite à la diffusion sur plusieurs listes du compte-rendu précédent, voici quelques réactions relevées sur Internet (la plupart étant issues de la liste des enseignants Freinet).
En italique, ce sont des extraits de "messages d'origine".

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JLG
A tous : Suite à mon dernier envoi à Ségolène ROYAL le 10 juillet 99, avec article sur le nécessaire changement de la réglementation ( Journal du Droit des Jeunes, 185, Mai 99) appuyé par une lettre de Jean Marc AYRAULT en septembre 99, c'est toujours le silence sur l'incompatibilité entre une formation à la liberté et à la responsabilité au sein de l'école et une surveillance stricte qui ne permet pas le libre déplacement des élèves et leur travail en groupes hors de la présence de l'enseignant.
Un IEN de la Sarthe, avec qui je travaille sur la citoyenneté dans des stages ZEP de sa circonscription, va demander l'avis de l'I.A. sur le libre déplacement inscrit dans les règlements intérieurs des écoles Freinet Ange Guépin et Léon Grimault On voit bien en lisant les brèves du colloque que les problèmes liés à "responsabilité-sécurité" sont complexes et que les avis divergent mais je dois aussi noter, depuis 1982 que je me suis attaqué à ce problème qu'il n'a pas existé une volonté forte ni des mouvements pédagogiques, ni des syndicats enseignants, encore moins des organisations de parents, de forcer le ministère à se poser sérieusement la question.
La possibilité pour les enfants et les jeunes d'exercer une liberté de circulation dans l'école et du travail en autonomie ne semble concerner que les militants pédagogiques. Evidemment ça devient plus interrogateur quand ça met en cause les classes de découvertes et autres.
La Journée nationale des droits de l'enfant peut être une occasion de reposer fortement le droit des enfants à exercer, dans l'école, les libertés qui leur sont reconnues par la Convention.
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BC
J'avais personnellement abordé le problème sous un autre angle : Législation, jurisprudence, circulaires ministérielles etc... en ce qui concerne la sécurité des enfants (et non seulement la responsabilité des enseignants ou de l'État) allaient en sens tout à fait contraire à l'effet recherché et un travail statistique le confirmerait s'il était fait.. La diminution des accidents ou incidents dépendant avant tout de la qualité du milieu éducatif et non des systèmes de surveillance, ou des contraintes réglementaires. C'est peut-être ce "bon sens" qui pourrait convaincre enfin ministères, associations de parents.... que la solution éducative est pour eux et pour les enfants la meilleure protection. Les circulaires de 68 allaient d'ailleurs dans ce sens et les CEMEA avaient beaucoup travaillé sur cette notion de sécurité éducative. En 37 ans de pratiques peu orthodoxes je n'ai jamais eu à faire la moindre déclaration d'acident et n'ai jamais eu le moindre incident dépassant la banale égratignure. Je suis prêt à en témoigner et si on accumulait les exemples sur la sécurité d'un vrai milieu éducatif, nous ferions peut-être avancer le problème en considérant que l'inquiétude des parents ou de l'administration est légitime mais qu'elle fait fausse route dans ce qu'elle croit être une protection.
[PS : Je viens de mettre en ligne un article parut dans la revue ERENCN en 1994 : "Surveiller ou Eduquer" avec des extraits des circulaires de 68-69 : http://perso.wanadoo.fr/b.collot/b.collot/index.htm ]
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JLG
Tu [BC] as raison de partir d'un état de fait " les craintes des parents et de l'administration" et du principe "que l'inquiétude des parents ou de l'administration est légitime". Ta stratégie me paraît donc pouvoir être entendue "montrer que la solution éducative est pour les enfants la meilleure protection." Il s'agirait donc de prouver que "la diminution des accidents ou incidents dépend avant tout de la qualité du milieu éducatif et non des systèmes de surveillance, ou des contraintes réglementaires." Comme tu le préconises, il faudrait alors que les classes et écoles Freinet, ainsi que toutes celles qui donnent aux enfants des libertés dans l'école, apportent des témoignages sur la plus grande sécurité d'un milieu éducatif qui associe liberté, confiance et formation à la responsabilité. Dans les centres de loisirs, il existait moins de contraintes d'où les organisations mises en place par les CEMEA et les FRANCAS en particulier. mais avec l'accroissement des procédures en contentieux, les contraintes grandissent elles aussi. Si nous nous lancions dans cette entreprise nous ferions avancer les droits de l'enfant. Je pense qu'il serait possible d'y associer les organisations de parents d'élèves et d'autres organisations participant au COFRADE. Je suis prêt à y participer activement. Jean
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LO
Je confirme tout à fait ce que tu dis, BC. Même chose pour moi ; j'en suis arrivé à la certitude que la sécurité effective passe par la sécurité affective, c'est-à-dire que ce n'est pas la surveillance qui protège mais la "veillance" elle même, c'est à dire la capacité d'être avec, de jouer avec, de parler avec, etc.
Combien d'accidents heureusement le plus souvent bénins ont pu arriver sous le nez de collègues occupés justement à les surveiller et pourtant quand on emmène un groupe, et que soi-même on en fait partie, sauf force totalement impondérable (chute de météorites, etc.) il ne se passe rien. Comme quoi la peur de l'accident n'est pas la mère de la sécurité ; bien au contraire, elle pousse à l'ouverture du parapluie : on contient les enfants, on les frustre et sans se le dire on les encourage à faire sans surveillance à 16H30 ce qu'on leur a refusé ensemble à 15H00.
Association INTERMEDES (Lutte contre la solitude enfantine, soutien de la fonction parentale). Maison Robinson, Bât C2, logement 117, La Villa Saint Martin 91160, Longjumeau. Tel: 01 64 48 60 61
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MQ (Correspondant Internet pour l'Institut Coopératif de l'Ecole Moderne de l'Aisne).
Je ferai remarquer que la taille des écoles influe directement sur le nombre de déclarations d'accidents :

* 9 ans passés dans l'école de mon village (300 habitants, 1 classe), aucune déclaration.
* 6 ans passés dans une petite ville (1000 habitants, école à 4 classes dont une maternelle), une douzaine de déclarations, surtout les premières années.
* Depuis deux ans dans une petite école de ville, 5 classes, le nombre de déclarations décroît régulièrement :

- une huitaine les deux premiers mois de mon arrivée (ce n'était pas exceptionnel, les collègues en avaient l'habitude mais j'ai trouvé cela très dur !)
- cinq ou six l'an passé
- aucune depuis la rentrée de septembre, mais certains enfants ont encore des comportements brutaux, surtout les grands de CM2 et de CLIS. Le système de notes encore en vigueur dans les classes de grands (CE-CM) attise les rivalités (c'est sur ce point que va maintenant porter la réflexion pédagogique de l'équipe) et les aménagements de la cour, notamment le mur d'escalade, ont été enlevés pour non conformité et n'ont pas encore été remplacés. Si le directeur peut réellement intervenir sur la qualité des relations entre les individus (enfants, adultes ), cette influence est quand même limitée. La réalité des pratiques dans chaque classe conditionne largement le comportement des enfants à l'extérieur de la classe. Et ce changement-là, ce n'est pas le plus simple ni le plus rapide à obtenir !
[...]
Depuis deux ans, je travaille à la modification du règlement intérieur de l'école dans laquelle j'ai pris place. Celui-ci était en réalité une liste d'interdits. J'ai commencé par le faire oublier en prétextant des incohérences avec le projet d'école que l'on mettait en place (je l'ai fait disparaître des murs). Dans le même temps, j'ai mis à l'ordre du jour des conseils d'école les points qui me semblaient les plus importants en matière de sécurité (entre autres, les sorties de classe). Ces points ont tous fait l'objet d'un compte-rendu envoyé à l'IEN qui n'a pas manqué de se renseigner sur nos pratiques mais n'a fait aucune remarque. Je pense que le fer est maintenant suffisamment chaud, le Conseil d'école se prononcera samedi prochain sur un règlement intérieur calqué sur le règlement type départemental mais intégrant les libres déplacements, l'éducation à la responsabilité, des sorties de classes non conformes aux textes en vigueur. Si celui-ci est adopté, et je pense qu'il le sera en l'état, il sera, comme tout règlement intérieur, soumis à l'approbation de l'Inspecteur d'Académie. Je vous tiendrai donc informé des réactions éventuelles.
Vous pouvez charger les fichiers "Documentation" sur le site :
http://www.interpc.fr/freinet/fic-doc
MQ
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PR, C.E.N., Ecole de Saint Sorlin en Bugey, Classe CE1-CE2.
[...] Il s'agirait donc de prouver que "La diminution des accidents ou incidents dépend avant tout de la qualité du milieu éducatif et non des systèmes de surveillance, ou des contraintes réglementaires." Comme tu le préconises, il faudrait alors que les classes et écoles Freinet, ainsi que toutes celles qui donnent aux enfants des libertés dans l'école. Apporter des témoignages : je suis très intéressé également.
***
BC
De Emile Devinat, écrit en... 1900, in J.Vial : "les instituteurs" "Pour faire dans une école un sérieux apprentissage de la liberté, il faudrait que les élèves fussent assez souvent livrés à eux-mêmes, sous le seul regard de leur conscience, avec la faculté d'agir bien ou mal sans craindre la sévérité de la règle... L'Ecole Normale d'Auteuil, il faut en convenir, est encore à cet égard loin de l'idéal. La surveillance des élèves y est (...) discrète, bienveillante, tolérante, amicale, nullement tracassière (...) Il reste toutefois que les mouvements collectifs sont surveillés, que le réfectoire est surveillé, que les élèves ne se sentent presque jamais seuls et entièrement libres.".... 1900 !!!!
[...]
Dans l'approche du "risque zéro" la taille de la structure (cf. remarque de MQ) joue un rôle capital (pas qu'en ce qui concerne la sécurité d'ailleurs !!!). Une fois ce fait établi statistiquement et non pas seulement subjectivement, il faut mettre fédération de parents, syndicats, administration opinion publique le nez devant et dedans. Ou seulement la "responsabilité" qui permet de "faire payer" quelqu'un les intéresse alors ils ne bougent pas, mais c'est eux qui deviennent les "responsables" et il faut leur faire assumer cette responsabilité. Ou c'est vraiment la sécurité de leurs enfants qui est leur souci.... alors tout le monde fait pression pour généraliser les petites structures. Tout n'est alors que question de réorientation des moyens et du temps nécessaire.
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JPG
Tu dis que "la taille de la structure joue un rôle capital" et ajoutes qu'il s'agit d'un fait établi statistiquement. Mais chacun sait bien qu'on peut faire dire ce qu'on veut aux chiffres. Aussi proposé-je une autre approche : le rapport surface des aires de jeux / nombre et qualité des activités proposées lors des récréations (il s'agit bien des récréations, non ?) / nombre d'élèves dans l'école joue un rôle capital. Peut-être en effet de nombreuses "grosses écoles" ne disposent-elles pas d'une surface en extérieur relative au nombre d'enfants accueillis, ce qui génère de la tension, donc des risques supplémentaires d'accident ? Peut-être aussi que les écoles où l'on met à la disposition des enfants, pendant les récréations, des jeux correspondant à leurs besoins (moteurs ou autres) sont-elles trop peu nombreuses, même dans les petites structures ? Notre école accueille 215 élèves actuellement (230 voici un an). Ils ont une très grande surface de jeu à leur disposition, comprenant un plateau d'éducation physique, un terrain de football, un terrain de jeu enherbé, une surface de terre battue sous des arbres, une cour bitumée. Ils disposent de barres fixes, de quatre rochers en grès d'un mètre de hauteur environ, d'un "jeu d'orgues" (rondins), de bancs, tables et sièges fixes, de deux grands bacs à sable. Grâce à la coopé et sur demande des enfants dans leur Conseil (après que les enseignants aient décidé d'acquérir les premiers), nous avons investi dans des jeux :
- de jonglage (foulards, balles, bâtons du diable, massues, anneaux, diabolos, yo-yos), pour lesquels un espace spécifique est réservé ;
- d'équilibre ( échasses, bâtons sauteurs, "pédalos" à deux et à quatre roues, planches d'équilibre, "skis d'été", ballons sauteurs) ;
- des tables (4, qualité "extérieur"), raquettes et balles de ping-pong. L'investissement s'élève à 20 000 F environ, et s'est étalé sur plusieurs années scolaires. J'ajoute qu'il reste en parfait état dans l'ensemble (sauf usure parfois) ; aucun acte malveillant n'est à déplorer. Pour les collègues intéressés, consultez les catalogues "Camif collectivités" et "Éveil et jeux". Je peux vous dire que rares sont les déclarations d'accident que je rédige (et tant mieux !) : la dernière remonte à l'an dernier... Bien sûr, il nous arrive régulièrement d'avoir à soigner une écorchure, une bosse. Les moments difficiles sont les jours de pluie, lorsque tout ce petit monde ne peut s'ébattre et reste confiné sous les préaux, où le ton monte facilement. Qu'en pensez-vous ? Cordialement.
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CC
Moi aussi je pense que la sécurité des récréations passe par leur cogestion avec les enfants et les adultes. Lorsque des enfants n'ont qu'un lieu, la cour pour toutes les sortes de jeux (calmes ou sportifs), il en résulte des conflits permanents et des risques d 'accidents. Dans mon école, nous sommes 9 classes de cycle 3 dans la même cour. Parfois se mêlent 4 ou 5 ballons (heureusement en mousse), les billes, les jeux de poursuite, le ping-pong (2 tables)... On voit souvent des enfants assis par terre pour dessiner... Les jeux de foot monopolisent presque toute la cour et bousculent beaucoup. Nous avons pourtant un terrain d'évolution (appelé le plateau) juste à côté derrière les logements de fonction. Mais ça coince du côté adulte : au lieu d'être deux de service il faudrait être 3, donc plus de services... Idem pour un lieu d'activités calmes, nous avons un sous-sol aménagé (qui ne sert que pour l'inter-classe du midi) mais quel adulte y sera ? Nous avons un conseil d'enfants (qui fonctionne très mal, ce serait une autre discussion) qui ont proposé et demandé des lieux différents, mais sans jamais de réponses positives, le directeur leur renvoyant toujours le problème de sécurité et les impossibilités de surveiller plusieurs lieux. L'adulte faisant passer son intérêt personnel avant l'intérêt des enfants. Dans l'école de JP, il y a une cogestion des récréations par les élèves et les adultes. Les enfants sont concernés et responsabilisés, les adultes aussi. Je pense aussi que le climat des classes engendre des comportements différents dans la cour.
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MM
MQ a noté que "la taille des écoles influent directement sur le nombre de déclarations d'accidents" et son observation personnelle serait sans doute confirmée par des enquêtes plus générales ou par les statistiques de la MAE. Il relève en outre que " le système de notes encore en vigueur dans les classes de grands (CE-CM) attise les rivalités " et entraîne donc un climat de tension et de brutalité. Il conclut enfin que "la réalité des pratiques dans chaque classe conditionne largement le comportement des enfants à l'extérieur de la classe. Et ce changement là, ce n'est pas le plus simple ni le plus rapide à obtenir ! " Les militants Freinet savent que leurs élèves ne sont pas les plus brutaux, et qu'il faut parfois les pousser pour aller en récréation. Ils savent aussi que convaincre leurs collègues n'est pas toujours facile, d'où le relatif pessimisme de M. Cette difficulté de convaincre tient à des causes diverses, au conservatisme, à la difficulté de changer de représentations, à des rejets parfois. Convaincre devient alors d'abord affaire d'analyse. En classe, la première cause de tension résulte de la difficulté même de l'acte d'apprendre et de comprendre. Il y faut du temps, qui n'est que rarement accordé suffisamment, et une certaine décontraction, qui est condamnée d'avance quand le temps est réglementé. On commence bien mal, le boulot ne va pas être facile, et le nombre de gosses déjà virtuellement largués pèsera comme on sait sur le climat des collèges. Il y faut aussi la possibilité d'être aidé, qui suppose une bonne disponibilité du maître mais n'exclut pas d'autres dispositifs d'étayage. Il y faut la possibilité de "tâtonner", qui n'est pas tourner en rond et va donc de pair avec la possibilité d'apprendre à analyser sa tâche : point important mais délicat, qui suppose un dispositif porteur, permettant de prendre des repères pour faire tout seul mais sans être largué. Nous avons souvent compris l'invariant 7 (chacun aime choisir sa tâche, même si ce choix n'est pas le plus avantageux) comme une concession très générale, quasi "summerhilienne", et on nous l'a alors reproché. Il fallait y voir le constat que l'on ne choisit pas seulement en fonction de ce que l'on aime, mais en fonction de ce que l'on sait et de ce que l'on sent pouvoir apprendre. L'invariant "le plus laxiste" devient alors l'invariant le plus utile, celui qui, résolument placé au centre du système d'apprentissage, va permettre à l'élève d'apprendre à analyser sa tâche.
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EA
Je pense qu'une enquête comme celle-ci peut présenter un intérêt si on arrive bien à isoler toutes les variables. Je suis tout à fait d'accord avec toi. Envisagé comme cela c'est un travail monumental. Ce que l'on peut faire nous, c'est l'accumulation de témoignages les plus circonstanciés possibles de notre vécu. Mais tu me donnes une idée : Pourquoi ne pas faire appel aux étudiants (sciences de l'éduc, sciences sociales....) : Ils cherchent tous des sujets de maîtrise, de thèses.. en voilà une qui serait bigrement utile ! Nous, notre expérience de praticiens leur ouvre des pistes (taille des structures, espaces disponibles, organisation de l'espace, pratiques intégrant l'espace....). Et que nous leur donnions le coup de main. Je vais tenter le coup auprès d'autres listes où ils se nichent parfois !! Mais cela n'empêche justement pas que nous commencions par faire ressortir ce que nos pratiques mettent justement à jour. Si les praticiens des petites structures, de l'hétérogénéité, des macro-structures..... disent ce qui se passe ou ne se passe pas, comment cela se passe, qu'est-ce qui empêche que cela se passe..., alors administrations, parents et autres vont peut-être commencer à s'interroger. Ce n'est pas une utopie : c'est ainsi que l'on a un peu grippé pendant quelques années la machine à supprimer les petites écoles et incité le ministère à faire faire des travaux à ses spécialistes (malheureusement, c'est tout à refaire, on s'est endormi trop vite !)
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BYC
Peut-être en effet de nombreuses "grosses écoles" ne disposent-elles pas d'une surface en extérieur relative au nombre d'enfants accueillis, ce qui génère de la tension, donc des risques supplémentaires d'accident ?
C'est un point essentiel qui conduit d'ailleurs de nombreuses grosses structures à proposer des horaires différents (ou des lieux différents) en fonction des cycles.
Dans mon école actuelle, la cour fait 16m x 11m, ce qui représente un peut moins de dix mètres carrés par élève (19 élèves). La classe propose 2m par élève... Je n'imagine pas dans ce mouchoir de poche certains des élèves que j'avais eus dans de grosses écoles...
Peut-être aussi que les écoles où l'on met à la disposition des enfants, pendant les récréations, des jeux correspondant à leurs besoins (moteurs ou autres) sont-elles trop peu nombreuses, même dans les petites structures ?
Le délire sécuritaire conduit à supprimer toutes les aspérités des cours (châteaux, bacs à sable, bancs...). Il ne reste plus qu'une morne plaine pour les jeux... Les ballons interdits pour cause de danger, les marelles prohibées parce qu'elles " salissent " la cour, il ne reste plus que la bagarre qui ne demande pas d'accessoires particuliers...
Nous avons un conseil d'enfants (qui fonctionne très mal, ce serait une autre discussion) qui ont proposé et demandé des lieux différents, mais sans jamais de réponses positives, le directeur leur renvoyant toujours le problème de sécurité et les impossibilités de surveiller plusieurs lieux.
Mes élèves avaient proposé qu'un adulte joue le rôle de médiateur. Cela avait été accepté par les collègues et une table de négociation accueillait les doléances. L'idée était que les conflits pas ou mal gérés à l'école s'étendaient au quartier et revenaient ensuite amplifiés à l'école.
Les progrès furent spectaculaires et c'est la seule très grande école (>10 classes) ou j'ai vu des rondes comportant l'essentiel des élèves, tous âges confondus.
L'adulte faisant passer son intérêt personnel avant l'intérêt des enfants.
La plupart des instits de milieu " chicos " que l'on mettrait dans une ZEP agitée provoqueraient une émeute en moins d'une journée ! " Tu vois bien que je parle ! ", " Va jouer plus loin ", " Le pull gris, viens ici ! ", " T'es puni, va t'asseoir là-bas ! ". Les seules paroles réconfortantes sont " Va me chercher un café " car j'espère que les enfants crachent dedans !
Je pense aussi que le climat des classes engendre des comportements différents dans la cour.
Tout à fait de ton avis !
C'est probablement la meilleure façon d'aborder le problème. J'ai vu des écoles ou l'on avait créé une milice élève... Les miliciens portaient des capes de mousquetaires et avaient pour rôle de surveiller la cour... Inutile de dire comme ces petites jeunesses hitlériennes me donnaient froid dans le dos...
Le plus drôle, c'est que l'Inspecteur trouvait ça admirable... de lapin.
***
Ajoutons les intervenants dans les activités physiques dont l'agrément systématique pose de nombreux problèmes...

À suivre...

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