Les parents en milieu rural

- Les parents et l'école, en milieu rural, par Anne BOUJU - 1999
- Relations familles <=> lieux éducatifs (salon de l'Education) - 2004
- Témoignages de parents du réseau Vienne-Gartempe - 2007
- Rencontres de Sambin : être parent en milieu rural - oct 2007

Les parents et l'école, en milieu rural

Compte-rendu de l'exposé d'Anne BOUJU sur "Les parents et l'école, en milieu rural", lors des rencontres de Paulmy (37) organisées par la FNER en mai 1999.

Anne BOUJU nous a proposé une synthèse des nombreux entretiens qu'elle a déjà eus depuis plusieurs années avec les parents d'élèves.
Lesquels ? Eh bien un peu tous les parents, ceux qu'on voit souvent à l'école comme ceux qu'on n'y voit jamais, ceux de toutes conditions sociales, culturelles. Les écoles (publiques) concernées dont le seul point commun est d'être situées en milieu rural, sont, elles aussi, suffisamment variées, tant par leur organisation (RPI ou non) que par la pédagogie qu'on y pratique (de la plus traditionnelle à la plus innovante), pour qu'il puisse apparaître des tendances significatives. Parmi celles-ci :

~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Ce qui a pu être observé par ailleurs :

Les actions et interactions locales, comme la circulation des informations permettent aux parents, en étant acteurs, en s'exposant, de se construire une identité de parents, un rôle de parent. Exemples : C.R. d'A.P.E., accompagnement lors de sorties, aide pour la fête, pour un atelier…

Parallèlement, l'enseignant est assez bien perçu dans son rôle d'interlocuteur local de l'Éducation Nationale.

L'école rend visible l'éducation de l'enfant.

La grande majorité des parents est sensible à la façon dont l'enfant est abordé et respecté. En cela, ils souhaitent souvent une autre scolarité que celle qu'ils ont connue, vécue. Mais en même temps, ils reconnaissent que c'est un peu utopique, et en tout cas très risqué : par exemple, la classe unique n'est un choix (et encore, pour certains parents seulement) qu'après le CE1.

L'évaluation des résultats de leur enfant laisse une place importante aux comparaisons directes (le frère, la nièce, le petit voisin…).

L'angoisse (cf. ci-dessus) est surtout liée au futur, qu'il soit proche (la 6ème), ou plus lointain (monde du travail, etc…).

Les parents "apprennent" l'école, comme les enseignants "apprennent" les parents : les rapports ont souvent évolué entre la scolarisation de l'aîné et celle du cadet. Mais cet apprentissage réciproque est long.

Les parents accordent une grande importance à la façon dont ils sont respectés, à travers les "mots" des enseignants, les sollicitations dont ils sont l'objet et la manière dont on les sollicite, la rédaction des bulletins et des appréciations.

Les parents se sentent en général jugés à l'école et par l'école, d'ailleurs parfois de façon positive (certains se sentant mis en valeur par l'école).

Leur participation financière et en terme de temps s'ajoute, voire se substitue à la municipalité (plus lente, moins motivée…).

L'un des problèmes posés est celui d'un climat de confiance difficile à établir, tant les perceptions des normes et des missions de l'école sont différentes entre les individus (parents entre eux, entre parents et enseignants…).

Michel BARON


Salon de l'Éducation, Novembre 2004

 

Relations FAMILLES v LIEUX EDUCATIFS : quelle place, quel rôle ?

(débat organisé par l'UNAF, Union Nationale des Associations Familiales)

 

Au milieu des stands divers (Associations, syndicats, vendeurs de séjours...), et d'un bruit de fond assez désagréable, un espace partiellement clos de palissades bleues, avec, à l'intérieur...

 

- 7 intervenants, de gauche à droite (pour le public) :

·         Anne BOUJU, de la FNER, géographe (représentations de l'école chez les parents ruraux)

·         Irène PÉQUERUL, déléguée Nationale des FRANCAS

·         Barthélémy TRIMAGLIO et Jean-Claude DAIGNERY, administrateurs de l'UNAF

·         Pascale BOUVET, du Ministère de l'Éd. Nat. (affaires sanitaires, sociales et Prévention)

·         Nicole DELVOLVÉ, chercheuse et enseignante en IUFM (psychologie ergonomique)

·         Sylvie BOUDRY-LHERMITE, adjointe au maire de Tourcoing (59), affaires éducatives

 

- Et en face, un public d'une trentaine de personnes, dont le rédacteur de ces quelques notes.

 

Comme souvent, beaucoup de temps pour les intervenants, trop peu pour le public.

 

Barthélémy TRIMAGLIO : présente le débat puis l'UNAF, qui regroupe environ 60 associations, et dont un des objectifs est de faire AVEC les familles avant de faire POUR elles (démarche d'acteurs).

 

Jean-Claude DAIGNERY : insiste sur le fait que les lieux éducatifs sont bien pluriels, mais qu'ils doivent constituer un maillage cohérent, et que l'essentiel est de briser l'isolement pour mutualiser le "comment faire" et pour sortir du face-à-face parent/professionnel.

 

Irène PÉQUERUL : présente quelques aspects des actions des Francas avec les parents :

            a- l'accompagnement éducatif

            b- l'expérimentation en centres de loisirs

® Conseils de parents

                        ® Collectifs de parents, débouchant sur des actions concrètes

                        ® Loisirs partagés

            c- la participation à la vie de l'association (10% de parents au dernier Congrès FRANCAS)

Elle ajoute que les parents sont coéducateurs "de fait" et pas par le bon vouloir des professionnels, lesquels ont des représentations trop simplistes voire caricaturales des familles (cf. leur site http://www.francas.asso.fr/).

Elle regrette que les familles ne voient trop souvent QUE l'école comme lieu éducatif, au détriment

des autres lieux...

 

Nicole DELVOLVÉ, par ailleurs auteur du livre "Mon enfant, cet élève", décrit en quelques mots la psychologie ergonomique : « la recherche de la compatibilité entre ce que l'on demande de faire et ce que l'on peut faire. »

Elle insiste sur 3 points : la construction d'apprentissages PRÉsuppose

            ® la satisfaction des besoins fondamentaux (exemples, avoir mangé avant de travailler, avec s'il le faut une collation en arrivant, besoin de sommeil, avec sieste tant que nécessaire, besoin de se sentir aimé et en sécurité.

            ® la gestion des émotions (varier LES intelligences autres que logico-mathématiques, à l'école ET en-dehors), pour éviter le sentiment d'échec et cultiver celui de confiance.

            ® la construction d'outils mentaux tels que "à quoi sert d'apprendre", "comment réfléchir"...

L'idéal étant que l'enfant dispose de lieux éducatifs suffisamment différents, complémentaires et cohérents.

 

Pascale BOUVET met en avant certaines actions du Ministère par rapport à l'évolution des familles (exemples des parents séparés qui doivent rester co-éducateurs de leurs enfants, de la mise en place des REAP, réseaux d'écoute et d'aide aux parents), et insiste sur la difficulté du métier d'enseignant, par son côté relationnel. Elle rappelle que depuis la loi d'orientation de 1989, les parents sont formellement partenaires de l'équipe éducative, et que peuvent et doivent se développer des structures pour eux. Enfin, le site www.education.gouv.fr propose un dossier sur la place des parents à l'école.

 

Anne BOUJU présente rapidement la FNER, son origine (réaction au plan Mauger de disparition des petites écoles), son originalité (parents, élus, enseignants, qui doivent travailler en cohérence, avec un minimum d'implication pour assurer la viabilité des petites structures). Elle décrit le POTENTIEL des petites structures, du parti qu'on peut en tirer... En particulier, elles sont favorables à des rapports famille/école construits dans la durée.

C'est pour cela qu'il est très inquiétant de voir se multiplier les menaces sur l'avenir de ces lieux éducatifs.

En ce qui concerne les familles, elle observe (cf. ses recherches) une très grande disparité des attentes des parents, même s'il y a des tendances "lourdes" : ainsi, très majoritairement, les parents recherchent a priori une école de proximité (vue souvent comme sécurisante pour l'enfant, par rapport à des adultes qui "bougent" beaucoup plus). Certains, mais peu nombreux, pourront aller "voir ailleurs" en raison d'une image négative de cette école, comme d'autres choisiront parfois de s'installer dans un village à cause de l'image positive de sa petite école. Rarement, ils choisiront l'école de la ville où ils travaillent.

Les RPI sont presque toujours subis par les familles, comme un compromis, un pis-aller.

 

Sylvie BOUDRY-LHERMITE : Tourcoing (Ë 100.000 hab., 50 écoles publiques et 48 écoles privées catholiques, 11 structures de loisirs). Le chapitre éducation/enfance représente le 1er budget de la ville. Très nombreux contrats CEL et autres. Politique ancienne de maisons de quartiers ® discussions avec les familles, d'où, par exemple, bonne mobilisation autour de la "caisse des écoles".

Plusieurs initiatives :

-" l'école avec les parents" (aide pour faire entrer les parents dans l'école, conférences, ...

- développement de "pôles d'excellence".

- échanges entre écoles...

- Cybercentre, ouvert à tous dont les scolaires.

- réflexion sur la possibilité de concilier centre de loisirs et école dans un même périmètre mais sans que l'un gêne l'autre...

**********

Entendu lors du débat qui a suivi :

- Demande que les lieux de formation des professionnels (IUFM et autres) prévoient des modules sur les relations professionnels/parents.

- Le ministre (F. Fillon) n'oublie-t-il pas les parents (cf. émission 100 minutes pour convaincre, où pas une fois n'est cité le mot "parent" ni celui de "famille") ?

- Attention à la façon dont on fait intervenir les "experts", et qui on invite ; éviter que des parents ressortent d'une réunion avec l'idée qu'ils ne sauront jamais faire, qu'ils ne seront jamais de bons parents.

- Demande d'une véritable salle d'accueil parents/enseignants, pourquoi pas en-dehors de l'école (psychologiquement, tous sont alors au même niveau).

- Existence de lieux où les parents interviennent de façon active, ex. d'un petit collège rural.

- Ouvrir l'équipement scolaire TICE sur un public extérieur.

- Créer des espaces "maisons des parents".

- Attention à ne pas tomber dans l'angélisme et l'idyllisme : il existe un fossé entre la réalité et les bonnes intentions des uns, les circulaires des autres.


Puis le gong sonna la fin des échanges (juste quand ça commençait à s'animer un peu...).

 

Michel BARON


Etre parent en milieu rural

Interviews recueillies par les enseignants auprès de parents d'élèves du réseau "Vienne-Gartempe" (86).

- Nous, c'est d'abord par choix puisque je suis agriculteur à La Puye. J'ai été élevé en milieu rural et je désirais la même chose pour mes enfants. Il y a beaucoup plus d'avantages à mes yeux que d'inconvénients. Vivre avec la nature, les animaux, pouvoir aller à la pêche sans prendre sa voiture, avoir un jardin pour manger ses légumes et surtout que mes enfants puissent aller à l'école du village.
Nous avons la chance d'avoir une petite école "familiale" où les enfants se sentent comme chez eux. Une école où on n'a pas besoin d'entrer dans une "case" pour exister, où chacun évolue à son rythme. Je pourrais citer beaucoup d'autres choses mais la liste serait trop longue.

Les quelques inconvénients de vivre en milieu rural ? Loin de la ville pour faire ses courses, du cinéma..., mais surtout pour les activités des enfants. Le plus gros inconvénient pour moi : être obligé de prendre régulièrement sa voiture pour faire quelque chose : aller chercher son pain, aller chez le docteur... Vivre à la campagne est une des plus belles choses que je puisse faire vivre à mes enfants.
François F. à La Puye

- Être parent d'élève en milieu rural... (Hésitation) plutôt par choix. Mon mari est agriculteur, je travaille à l'abattoir. Je suis en congé parental en ce moment, je l'aide un peu. Mes parents étaient agriculteurs, j'ai toujours vécu en milieu rural.
- Quels avantages ?
- (sourire) De toutes façons, je ne me voyais pas vivre en ville, cela ne m'attire pas. Ici, on n'a pas à se plaindre. Il y a une boulangerie, une poste, une école, un restaurant-bar. A Mouterre, par exemple, il n'y a plus rien.

- Quels inconvénients ?
- Le manque de proximité pour les services, pour faire ses courses par exemple.
Madame L. à Luchapt

- On trouve tous les cas à Millac. Il y a tout de même une majorité de parents originaires du territoire. Souvent c'est le logement qui a décidé de l'installation à Millac.
Les avantages : la qualité de vie, un village avec une vie de village, il y a de la vie même en journée. L'école est un lien fantastique entre parents, elle permet de côtoyer d'autres parents, de s'intégrer plus vite et de se faire de nouveaux amis. Les distances, même si elles sont un inconvénient créent des solidarités entre les personnes. L'école rurale avec de petits effectifs renforce les liens entre les enfants.

Les inconvénients : prendre sa voiture pour les loisirs des enfants est une nécessité, le manque de commerce de proximité. rajoute encore à la nécessité de prendre sa voiture, la peu d'emploi dans le secteur oblige les parents à s'éloigner de plus en plus, le manque de moyen de garde d'enfants pour les parents salariés pose problème. Des familles ont quitté à regret le village pour s'installer dans des petites villes avec plus d'infrastructures. Parents de Millac

- Nous avons choisi l'école parce qu'elle est à taille humaine. L'environnement y est non stressant. La cantine est bonne. Nous ne voyons pas d'inconvénient à notre choix de départ. C'est l'école de notre commune. Nous pouvons y rencontrer d'autres parents facilement, discuter et échanger des idées sur nos enfants. Il y a un nombre raisonnable de parents qui permet cet échange. Des liens peuvent même s'approfondir quand on se retrouve au sein de l'APE. Les classes ne sont pas surchargées en milieu rural et les échanges sont donc plus positifs.

- Être parents en milieu rural a été une nécessité. Mon ex-mari a été muté par son travail dans la région de Civaux. Par rapport à la ville, les avantages sont : moins de stress, plus de disponibilité, être à l'écoute (école, voisin...) découverte d'une région. Les inconvénients sont : loin de la ville d'où manque de distraction (sport, etc....), problème d'éloignement forcé pour les études supérieures, absence de garde d'enfants après l'âge de 12 ans.
- Nous avons décidé d'être parents d'élèves de cette école en milieu rural. Le père de mes enfants avait fréquenté lui-même cette école. Il est natif de Sillars. Pour moi la maman, j'ai vécu sur la commune de Sillars et en ai apprécié l'accueil. Il y avait aussi à l'époque l'entreprise dans laquelle je travaillais. Les horaires du matin me conviennent parfaitement par rapport à mon travail. Les classes ne sont pas surchargées.

- Habitants de Sillars, il nous a semblé normal de mettre nos enfants dans l'école du village. Nos enfants sont heureux d'aller à l'école et sont épanouis. Ils aiment apprendre et montrer ce qu'ils savent aux autres.
- Pour nous, c'est un choix puisque nous souhaitons vivre à la campagne. Notre choix d'habitation s'étant porté sur Sillars, il nous paraissait évident de scolariser nos enfants dans l'école de la commune. Les avantages que nous voyons dans cette école: travail en équipe des enseignants, projets riches (classes découverte, sorties pédagogiques...), ouverture de l'école vers l'extérieur (parents, monde extérieur en général), petite école avec effectifs à "taille humaine", convivialité et facilité pour aborder et discuter avec les enseignants, projet d'école centré sur l'enfant dans sa globalité et non pas exclusivement sur l'élève, espace conséquent et aménagé (jeux, salles spécifiques...), environnement naturel de proximité, qualité des services (garderie gratuite, cantine pas chère et de qualité). Pour les inconvénients, les déplacements représentent dans les 40km quotidiens.
Parents de Sillars

- Par hasard d'abord et après par choix pour y rester de toute façon, par rapport à un cadre de vie complètement différent d'une grande ville dont je viens, je peux facilement faire la comparaison : enfant dans une école rurale il n'y a pas photo. Les conditions ne sont pas du tout les mêmes, le petit nombre d'élèves par classe (même si parfois il y a risque de fermeture de classe), permettant à la personnalité de l'enfant d'être mise en valeur, c'est un avantage énorme comparé à des classes de 30. Pas trop de contraintes, je travaille sur la commune où j'habite et où mon fils est scolarisé c'est facile pour moi, mais quand on travaille ailleurs, c'est beaucoup plus délicat en fonction des horaires des garderies, pour amener l'enfant, pour avoir des relations avec les enseignants, le matin ou le soir.

Parent de Moussac

Retour au début

Retour sur la page d'accueil FNER (début - historique, actions)