Lettre ouverte à Mesdames les Inspectrices et Messieurs
les Inspecteurs d'Académie.
Mesdames les Inspectrices, Messieurs les Inspecteurs d'Académie.
Notre Fédération est alertée ces
derniers temps par un grand nombre d'appels en provenance de plusieurs
départements, et concernant des prévisions de fermetures de classes (petites
écoles, RPI) et d'écoles à classe unique, concernant aussi parfois des
regroupements forcés. Ces appels s'ajoutent à près de 3000 signatures
demandant le maintien des petites structures de proximité.
Nous n'ignorons pas que votre position de
décideurs lors des opérations de carte scolaire vous contraint à des choix
parfois difficiles, dans le cadre d'enveloppes budgétaires dont vous n'avez pas
la maîtrise.
Cependant, notre position d'acteurs dans
le milieu rural nous a amenés, à travers de nombreux échanges de terrain,
colloques, et travaux de recherches, à développer des arguments qui nous
permettent d'affirmer que globalement, l'école rurale est une école de
qualité, sans pour autant l'opposer aux écoles urbaines, elles-mêmes très
diverses.
Aussi, nous ne pouvons nous résoudre à
ce que soit réduit à néant l'effort de tous ceux qui œuvrent pour une école
de proximité, une école à " échelle enfant ".
Arguments d'ordre pédagogique : originalité et qualité
Depuis 10 ans, de nombreux travaux,
dont ceux du ministère lui-même, (en particulier ceux de F. Œuvrard) montrent
que les enfants réussissent aussi bien voire mieux qu'ailleurs, dans les
classes à plusieurs niveaux.
Certaines de ces écoles sont
particulièrement innovantes du point de vue pédagogique. De nombreux réseaux
d'école, ainsi que des réseaux de ressources (télématiques ou autres)
existent, qui évitent les regroupements, donc les problèmes de transport
(coût, fatigue, sécurité, perte de temps) et les inconvénients des grosses
structures (notamment les phénomènes de violence…).
Ces écoles, globalement aussi bien
équipées que les autres, et parfois même beaucoup plus, disposent souvent
d'espace et chaque enfant peut ainsi réellement utiliser les outils qui sont à
sa disposition.
Le mélange des âges, aussi avantageux
pour les petits ("tirés" vers le haut) que pour les grands
(responsabilisés), favorise la coopération plutôt que la compétition,
atténue fortement les phénomènes de violence de groupe, et permet en outre un
véritable travail dans la durée.
Dans ces écoles, les enfants et les
enseignants ne sont pas différents d'ailleurs. Ce sont les conditions (taille,
espace, équipement, hétérogénéité, effectifs…) qui diffèrent et qui
permettent à ces écoles de ne pas être le lieu d'un échec scolaire massif ou
de violences insupportables. Ne supprimons pas ces conditions : à l'heure où
il est question de réduire les grosses structures scolaires porteuses de graves
dysfonctionnements, il serait vraiment absurde de détruire des petites
structures qui fonctionnent !
Arguments d'ordre économique : la réalité des coûts
- La question du coût élevé de ces
écoles ne tient pas. Les travaux d'A. Mingat, de l'I.R.E.D.U. de Dijon ont
montré que les petites structures scolaires ne coûtent pas davantage que les
autres à la collectivité, tous frais confondus : un enseignant pour 15
élèves, ça ne coûte pas plus cher que, lors d'un regroupement, un enseignant
pour 25 + le ramassage scolaire. Il s'agit dans cet exemple d'un transfert de
charges vers le conseil général qui finance alors l'essentiel des frais de
transport.
- Une fois les écoles regroupées, les
frais de scolarisation demandés aux communes qui n'ont plus d'école dépassent
largement les frais d'entretien et de fonctionnement d'une école, pour un
service qui n'est plus de proximité.
Il s'agit donc bien d'un choix politique.
Trop souvent les RPI, par la globalisation des effectifs en particulier, se
traduisent rapidement par des fermetures de postes. Encore une fois, nous
n'acceptons pas de voir démolir des classes, des écoles et des structures qui
fonctionnent, au profit de structures plus importantes, dont la taille et la
complexité n'ont jamais fait la preuve d'une meilleure efficacité.
Arguments d'ordre sociologique : des écoles lieux de socialisation
et de citoyenneté
À l'école, le fonctionnement en petits
groupes facilite et favorise les relations de proximité entre les enfants et
les adultes (enseignants, parents, élus)… Les travaux d'Agnès Brizard
montrent que les élèves issus des écoles rurales sont plus autonomes et sont,
plus souvent que d'autres, choisis pour être délégués de classe au collège.
L'école du village est un lieu de
rencontre et de vie du village : on discute de l'école et du reste, autour de
l'école...
La plupart des communes rurales
connaissent une recomposition sociale importante où de nombreuses initiatives
de développement local existent. Les nouveaux arrivants - comme les autres -
doivent pouvoir faire le choix d'un service public de proximité et de qualité.
Alors pourquoi condamner ces écoles
sous prétexte qu'elles ne ressemblent pas assez au modèle des écoles
urbaines, alors qu'un des facteurs de réussite est une bonne adéquation entre
l'école et son milieu ?
Pourquoi en faire partir des enseignants
qui y ont trouvé des formes d'enseignement adaptées, et qui s'y plaisent ?
Et pourquoi en chasser les enfants et les
condamner à des "ramassages" parfois longs et fatigants ?
Pourquoi aussi décourager les élus à
investir dans l'école, avec cette épée de Damoclès (la carte scolaire
annuelle) suspendue au-dessus de leur tête ?
Certes, la FNER a toujours considéré
que certaines écoles étaient indéfendables, celles où il n'y avait pas un
minimum de collaboration et d'investissement des élus, des enseignants et des
parents .Et c'est parce que nous savons que de telles écoles existent que nous
nous demandons le maintien et le développement des véritables écoles rurales
modernes, telles qu'il en existe aussi, là où des parents cherchent à
inscrire leurs enfants par choix, là où des élus ont consenti de gros
investissements en locaux et en matériel, là où des enseignants ont trouvé
que le suivi des enfants et de leurs apprentissages était plus facile, et que
l'entraide coopérative et une véritable communication, étaient plus aisées
à mettre en place...
C'est pourquoi, au nom
· de l'égalité du droit à une école de proximité pour tous les enfants,
· de la non-violence scolaire,
· de la diversité et de l'innovation pédagogiques,
· des pratiques de coopération,
· de l'équilibre des territoires et du respect de leur diversité,
· des relations humaines dans et autour de l'école,
nous vous demandons d'utiliser tous les moyens dont vous disposez, et entre autres les textes officiels (R.R.E. par exemple), pour assurer le maintien de ces écoles et de ces classes, ainsi que le soutien et le développement des projets en cours, notamment dans le cadre des réseaux déjà existants.
Veuillez agréer, Mesdames les
Inspectrices et Messieurs les Inspecteurs d'Académie, l'expression de notre
considération distinguée, et soyez assurés de notre attachement au service
public d'Éducation.
Les responsables nationaux de la FNER.