Les langues à l'école : questions, réponses...

JP
Un problème : nous sommes confrontés à une demande de classe bilingue occitan-français; ce qui n'est pas inintéressant sur le principe.
Un hic à mes yeux : le modèle proposé est "un maître, une langue", ce qui signifie par exemple un cycle 3 où tous les enfants seraient réunis avec un instit pour la matinée et quelques matières en français, et l'après midi, une partie d'entre eux partiraient avec le maître occitan pour d'autres matières.
Cette organisation proposée (officielle d'après les textes du rectorat de Toulouse) me paraît complètement absurde... Elle relève, à mon avis, d'un a priori intellectuel tout à fait contestable (chaque langue doit avoir son référent adulte) et met en place une organisation pédagogique "tayloriste" (à chacun ses matières) qui enlève toute cohérence à la vie de la classe. J'ai essayé de proposer un autre fonctionnement, une classe unique bilingue par exemple... ou un maître bilingue pour une classe... peine perdue, il paraît que les linguistes ont dit que...
HQ, toi qui es instit bilingue depuis quelques années, éclaire-moi ! Ai-je tort ? Comment est organisée l'activité pédagogique à St Rivoal ?
Tous, qu'en pensez-vous ? Avez-vous l'expérience de ce genre de chose ?...
J'ajoute que la démarche en cours me paraît problématique : un groupe de parents (un lobby ?) demande le bilinguisme hors de toute concertation avec les instits... d'après les textes, l'Education nationale doit répondre à la demande par dessus le projet de l'école, par dessus l'envie des élus, par dessus le choix des autres parents... ne parlons pas des enfants...
Or, tous, Parents, Instits, Elus, Enfants doivent en subir les conséquences en terme d'organisation de l'école (composition des classes, locaux, pédagogie...). Nous sommes ici dans un paradoxe : pour une langue régionale, l'Education Nationale impose un modèle, impose bureaucratiquement sur des a priori idéologiques, impose peut-être par mauvaise conscience, impose comme elle a toujours imposé, finalement...
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JCD, animateur pédagogique 
Ce modèle qu'on te propose ressemble curieusement à ce qu'on m'avait présenté comme programme au lycée français Jean Mermoz de Buenos Aires. Les gosses ont classe en français avec un maître pendant une demi-journée et dans leur langue d'origine (espagnol dans ce cas là) l'autre demi-journée. J'avais essayé de faire valoir que j'étais aussi instit argentin, ce qui m'aurait permis de suivre un groupe sur la totalité de sa scolarité, mais c'était beaucoup trop complexe administrativement, d'après ce qu'on m'avaitait fait comprendre. Je n'avais pas insisté étant donné que je n'ai jamais (encore ?!?) été pris sur un tel poste.
Après l'anecdote, un peu de recul : pourquoi refuserait-on à l'instit la possibilité d'être bilingue alors que c'est effectivement l'un des principaux objectifs de la formation des élèves dans ce cas là ? A mon avis, s'il n'est pas possible administrativement ce cas de figure, il faudrait tenter de le faire passer comme une expérimentation. Qu'en disent les pros ? Est-ce possible ? --
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PP
À JP et tous : tu as dit : « Elle relève, à mon avis, d'un a priori intellectuel tout à fait contestable (chaque langue doit avoir son référent adulte) et met en place une organisation pédagogique "tayloriste" (à chacun ses matières) qui enlève toute cohérence à la vie de la classe. »
Nous voici les deux pieds dans les propositions (soutenues parfois syndicalement) en référence à la professionalisation du métier! Peux-tu me dire à quel texte tu fais référence "par dessus le projet d'école "? Ce que je trouve terrible avec l'EN qui impose en laissant des blancs entre les lignes c'est qu'en réalité c'est un sacré bricolage où tout me semble possible le pire et le meilleur. Il est question chez nous à un autre niveau, que les instits habilités en langue étrangère puissent se déplacer d'école en école !

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HQ
[...] Les deux arguments ont été souvent discutés en Bretagne. Jusqu'à présent, seul le Morbihan a fait le choix d'un maître = une langue, principalement pour des raisons de gestion de la pénurie en maîtres bilingues de la part de l'IA. Dans les autres départements, les enseignants préfèrent le système un maître = une classe qui a plus de cohérence pour les passerelles entre les matières et les langues. Le système un maître = une langue est peut être plus confortable pour l'enseignant et peut-être plus rassurant pour les enfants qui ne se posent plus la question : "Dans quelle langue je m'adresse à l'instit ?".
Le plus important est de démarrer quelle que soit la solution adoptée, cela pouvant évoluer par la suite.
J'ajoute : dans notre école, il ya deux maîtres bilingues pour deux classes. Chacun a sa classe (mater+CP, CE+CM). Les enfants ont l'habitude d'entendre les deux maîtres échanger toute la journée en breton pour le fonctionnement de l'école. Avec les élèves, il est très courant d'avoir la situation suivante : l'élève fait part (en français) de ce qu'il a fait la veille par exemple (quoi de neuf ), le maître demande des précisions (en breton), l'élève répond encore en français, etc..; jusqu'à ce qu'il soit suffisamment à l'aise pour continuer la conversation en breton.
En situation plus "scolaire", c'est différent : soit on travaille en français et on s'y tient, soit on travaille en breton et on s'y tient aussi en aidant l'élève à formuler, répéter, etc... Principale difficulté : souvent le niveau de vocabulaire est insuffisant par rapport au niveau de la matière enseignée. Les élèves doivent acquérir le vocabulaire de math, d'histoire, etc... dans les deux langues.
Question administrative : je ne pense pas qu'il y ait de texte règlementant l'organisation des classes bilingues, sinon on aurait la même situation dans tous les départemnts bretons ; ce n'est pas le cas. (voir plus haut)
Là-dessus, écrire à Jean Dominique Robin, conseiller pédagogique à l'IEN de Lannion (22) :; il est incollable sur les relations classes bilingues-administration. Je n'ai pas son adresse internet sous la main. Je vous la transmettrai plus tard.
Pour les demandes de création de classes bilingues : effectivement, la demande doit partir des parents. Evidemment, les chances de réussite sont assez faibles si l'école d'accueil est contre, ou la mairie ! Ça s'est vu dans le département (29) : L'IA avait créé le poste et la mairie n'a pas suivi.
Mais en général, les écoles publiques qui ont fait le choix d'accueilir une classe bilingue n'ont pas eu à le regretter car c'est l'assurance de gagner une ou deux classes à moyen terme.
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JP
Je partage avec toi [PP] cette inquiétude quant à la spécialisation du métier... et même chez nous à la campagne. En ville c'est souvent bien engagé...
Quant au texte en question, je ne suis pas sûr. Ce que disait l'intervenant occitan qui monte le projet, c'est que (d'après la charte des langues régionales, peut-être?), si un certain nombre de parents (une douzaine par exemple...) demandait un enseignement bilingue dans une école, alors l'Education Nationale pouvait imposer l'ouverture d'une classe dans l'école... C'est ce qu'il disait. On pourrait se passer de l'avis des instits déjà sur place, des élus et des autres parents... C'est donc un premier problème.
Le deuxième étant que la formule proposée (une langue-un maître et partage des matières...) semble la seule avalisée par le rectorat de Toulouse. Il faut dire que nous avions [un] recteur, paraît-il très engagé sur ce projet de bilinguisme.. maintenant il est au ministère.
A priori donc, JCD, pas possible de proposer une classe bilingue avec un maître qui ferait l'aller et le retour entre les langues.
Je vous laisse imaginer la vie d'une classe avec une partie des enfants qui fait les maths en occitan pendant que l'autre les fait avec le maître français... Bonjour la cohérence !
[J'ai cru comprendre qu trop] souvent les pédagogies en langue régionale sont à ras des pâquerettes : les instits engagés dans cet objectif ne voient souvent pas plus loin que l'apprentissage pur et simple. Il s'agit pour eux plus d'un objectif militant que d'une réflexion d'ensemble sur les savoirs et les liens qui se tissent entre eux. [...] Le choix du bilinguisme devenant un must en Bretagne, un peu comme certaines familles culturellement favorisées poussent leurs enfants à faire du latin, une façon de se retrouver entre soi, grâce à la stratégie de l'option.
[...] Sur le fond, ici, je pense que le bilinguisme pourrait être intéressant à condition de l'intégrer dans un projet global... Sinon il me semble qu'il vaut mieux une sensibilisation pour TOUS à la culture occitane dans laquelle nous baignons, afin de mieux comprendre ce monde dans lequel nous vivons, plutôt qu'un apprentissage un peu volontariste pour quelques uns. Mais je ne suis pas sûr de moi.
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PW
J'ai participé il y a qques années au démarrage d'une section internationale à Paris. La 2e langue était l'arabe pour coller au public. Là, nous étions 2 enseignants. On ne se partageait pas les matières, mais dans chaque matière, l'enseignant faisait ce qu'il lui était possible de faire (niveau linguistique et en vocabulaire des enfants. Je me rappelle, par exemple qu'en CE1, en maths, la topologie et une partie de la géométrie étaient faites en arabe, mais pas le reste des maths. Une notion vue dans une langue ne nécessitait qu'une mise au point rapide en vocabulaire dans l'autre langue. A mon sens, pour que l'instit soit seul dans sa classe bilingue, cela nécessite absolument qu'il ait lui-même une pratique réelle et sociale de son bilinguisme (ce que raconte HQ sur les instits qui parlent breton entre eux...). Sinon, on retrouve une situation artificielle et il vaut mieux en effet avoir 2 enseignants (cas extrême du franco-arabe avec moi !). Ce n'est pas qu'une vue de l'esprit si on s'attache à un apprentissage le plus naturel possible.
Quant aux enfants séparés à l'heure du bilingue, je n'ai pas connu : j'avais l'avantage, c'était un des seuls... , d'être dans une grande école (23 classes) et les parents avaient effectivement le choix : bilingue ou non. Dans les classes bilingues, tous les enfants (maghrébins, africains noirs, yougoslaves, portugais, français,...) apprenaient l'arabe ensemble. Donc, le groupe classe était conservé.
Voilà. Ça ne répond pas directement à ton problème, c'est juste un éclairage. Plus de précisions si tu es intéressé.
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PF
Imagine les quatre gosses de la famille K qui fréquentaient jusqu'alors l'école diwan du Plouvinec qui se pointent dans ta classe bilingue français/occitan. Passe encore pour les maternelles, mais les plus grands !!!... Va apprendre la classification des vertébrés exposée en en occitan alors que tu ne connais que le français et le breton ! Et je ne parle même pas de l'instit qui n'a vécu que dans le Jura, qui demande sa mut pour suivre son mari (ah l'amour !) et qui va te remplacer dans quelques années...
Tout ça pour dire que dans l'idée de l'apprentissage des langues régionales, la grande oubliée, c'est la mobilité des populations, non ?
(PS : et l'espéranto, on en est où ?)
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HQ
Au-delà du problème particulier de JP, je lis des réactions sur l'enseignement bilingue qui me font réagir. [...]
- Merci pour la "pédagogie au ras des pâquerettes". Les enseignants bilingues passent le concours de prof des écoles comme les autres. Je dirai même qu'ils doivent déployer pas mal d'imagination pédagogique dans des situations non balisées par l'institution EN. Je suppose qu'il parle des "intervenants" en breton qui passent faire une heure d'initiation par semaine dans certaines classes. Même dans ce cas, le minimum culturel est préférable à rien du tout. Ça peut donner l'occasion à quelques gamins d'aller plus loin.
L'association des enseignants de breton (UGB) a demandé à l'EN de mettre tous les moyens disponibles sur l'enseignement véritablement bilingue plutôt que sur les "intervenants".
- "objectif militant" : on sera tous très contents quand il n'y aura plus besoin de militer.
- "familles culturellement favorisées" : je vois ça avec pas mal d'ironie et d'émotion aussi.
J'ai 50 ans, j'ai vécu les dernières années de transmission "naturelle" du breton quand j'étais gamin. j'ai connu le mépris de "classes culturellement favorisées" pour le breton et la violence du système scolaire de l'époque qui ne tenait aucun compte des origines culturelles des "classes défavorisées" qui, elles, parlaient breton. Je vois le retournement actuel des classes aisées (dont beaucoup d'enseignants) en faveur des écoles bilingues non comme un désir de faire suivre à leurs enfants une scolarité "de première classe" (comme c'est le cas dans certains quartiers de Paris ou dans le centre de nos villes, près de l'IUFM autant que possible), mais comme une reconnaissance de la langue d'une part et du système d'enseignement d'autre part. Ma femme enseigne l'histoire et le breton en collège-lycée. Je peux vous dire que ce ne sont pas du tout les mêmes motivations qui poussent les parents à demander le latin ou le breton. D'un côté, la frime et l'ascenseur social, de l'autre une découverte d'un patrimoine qui leur appartient. Là aussi, sans militants, l'institution oublierait la plupart du temps d'appliquer les textes officiels.
- Passer d'une langue à l'autre, difficultés pour traiter tel ou tel sujet :
oui bien sûr mais ça enlève au moins l'arrogance de la langue dominante. Une langue toute seule ne peut pas tout exprimer. Deux langues, ça veut dire qu'on fait attention aux nuances, aux idées qui sont derrière les mots...
- Mobilité des populations [...]. Alors, on peut se satisfaire de l'anglais. Savoir une langue régionale, ça n'enlève rien au français. Un multilingue peut aller partout mais évidemment un monolingue français devrait se former un peu avant d'enseigner en classe bilingue, normal non ?
Désolé de citer encore mon cas personnel mais une de mes filles a fait un DEA sur le créole en Martinique, une autre fait une maîtrise d'ethno en Roumanie, une autre un DEUG de Russe à Voronej (Russie) et la dernière est encore accrochée à son terroir au collège Diwan de Brest. Ça prouve que les enfants qui ont appris les langues régionales ne sortent plus de chez eux !
Le bilinguisme fait peur... à ceux qui ne le pratiquent pas.
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JP
[...] Militant et éducateur : en voilà un beau thème de dissertation pour Iufm. Tout dépend de ce qu'on appelle militant.
J'ai appris à me méfier des volontarismes éducatifs forcenés, disons... J'ai toujours peur qu'on y perde le recul nécessaire, fait de pragmatisme, de doutes, de clairvoyance philosophique.
Le bilinguisme est intéressant s'il s'appuie d'abord sur un projet éducatif.
- Le témoignage d'HQ va sans doute nous aider à proposer ici un dispositif de bilinguisme plus adapté à une situation de petites écoles. Le dispositif qui s'est présenté à nous m'a paru complètement ingérable et pédagogiquement très contestable.
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CD
[...] Pour que les choses soient claires d'entrée :
Je suis un "militant" (culturel) du bilinguisme depuis l'école normale de Quimper (il y a 20 ans). J'habite en Centre-Bretagne (comme HQ) et nos gamins baignent dans un environnement bretonnant (commerces, repas de famille, etc) grâce surtout à la génération des grands-parents. Avec quelques copains on a créé il y a 2 ans un "Comité pour la promotion de la culture bretonne à l'école publique" sur le Pays du Roi Morvan. Résultat de l'opération : ouverture d'une classe bilingue publique à Gourin + 1 poste d'intinérant pour l'initiation sur les petites écoles.
- L'enseignement bilingue :
J'admire très sincèrement les enseignants des classes bilingues car ils y relèvent en permanence un double défi avec les enfants : les apprentissages "ordinaires", qui ne sont déjà pas si simples, et ceux du bilinguisme, ce qui demande comme le dit HQ beaucoup d'imagination pédagogique. J'ai moi-même longtemps hésité à m'y engager, prétextant souvent une maîtrise personnelle trop approximative de la langue.
- L'enseignement de type "intervention ponctuelle" (1h semaine) : Un de mes fils bénéficie actuellement des services d'une intervenante qui fait un boulot superbe : contes, danses, chants, histoire de la Bretagne, etc ...Une initiation-plaisir dont mon gamin raffole. Et ce "minimum culturel" (je rejoins HQ) permet de faire ce lien vital avec les papys, mamies et tout l'environnement dans lequel ils baignent. Par contre, il peut y avoir dérapage sérieux lorsque l'intervenant veut en faire des séances de bilinguisme pur. Le résultat est généralement catastrophique. Il y a erreur d'objectif et de méthode. Tout le monde est désormais confronté à cette question avec l'apprentissage des langues vivantes à l'école.
- Les stratégies parentales face au bilinguisme breton/français :
Là, je serai beaucoup moins optimiste que HQ. Je pense qu'il faut nuancer selon les lieux et les temps. [...] Il me semble qu'il y a une tendance lourde depuis quelques années de glissement de la "démarche culturelle" (aux origines les parents voulant sauver la langue (voir les fondateurs de Diwan) vers le "marketing cognitif" (grâce au bilinguisme votre enfant deviendra plus intelligent, multilingue plus tard, etc.). Il est clair que l'on voit les familles les plus consuméristes s'engager dans cette voie alors que parfois (elles le disent !) elles n'en n'ont rien à cirer du breton ... C'est d'autant plus tentant que généralement les classes à option breton ont des effectifs limités ... comme celles des langues anciennes ou rares (certains lycées de Rennes par ex.). J'ai un exemple récent de détournement de la carte scolaire par ce biais (avoué par la famille). Cette remarque étant faite, l'éventail entre ces 2 pôles est large et la variété des positions, grande. Beaucoup de paramètres interviennent probablement dans la construction de ces positions (pays bretonnant ou non, rural/urbain, classes sociales, etc.). Il faudrait le vérifier, mais j'ai une forte impression que les stratégies parentales ne sont pas toujours les mêmes selon que l'on est à Rennes ou à Brasparts.
- Pour conclure je pense qu'il est urgent de développer massivement l'enseignement bilingue dans la perspective culturelle, notamment dans les régions dont les identités culturelles s'appuient sur la reconnaissance d'une langue. Il est probable que la tendance aille dans ce sens à l'avenir. Ce mouvement nécessitera une réflexion de fond et une grande vigilance pour préserver les valeurs universalistes et égalitaires de l'Ecole républicaine. [...]
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PB
Tout à fait passionnants ces échanges à propos de cette ouverture de classe bilingue dans le Lot. Tout est dit ou presque des espoirs et des inquiétudes qu'entraîne ce mouvement, à mon avis irréversible, vers une véritable reconnaissance des langues minoritaires en France comme cela s'est fait partout en Europe. C'est sûrement aller trop loin aujourd'hui mais pourtant ce serait à mon avis la seule solution laïque et républicaine : un enseignement bilingue obligatoire dans les communes, départements, régions qui ont la particularité historique (et la chance) de posséder sur leurs territoires une autre langue que le français. Il faudrait aussi la possibilité d'un tel enseignement pour les populations dont la langue n'est pas historiquement (encore que pour certaines...) liée au territoire (immigrés) ou les populations nomades (manouches, gitans, roms). Qui dit obligation, dit organisation par l'Education Nationale de cet enseignement et donc formation des enseignants. Si on ne sait pas faire, il faudra peut-être aller voir en Catalogne, en Italie transalpine..., ou plus près d'ici chez les calandretas, diwans, ikastolas... ou en Corse bientôt puisque c'est un des points des accords entre Matignon et les élus corses.
Je rêve certainement et en attendant, dans le Cantal il n'y a pas de classe bilingue alors que la demande des familles est forte (près de 60 % des gens déclarent parler l'occitan, plus de 80 % le comprennent) ; il n'y a plus cette année qu'un poste de maître-itinérant sur le bassin d'Aurillac et pourtant quelques 1500 (benlèu mai) élèves de primaire ou maternelle ont une initiation dans leurs classes par leurs instits.
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DC
Il me semble tout à fait logique et intéressant de prendre en compte l'héritage linguistique et culturel d'une région ou d'une communauté.
Pour ma part, Charentaise d'adoption depuis 25 ans, j'en comprends assez bien la langue (le poitevin-saintongeais : langue d'oïl métissée d'un brin d'occitan)... mais il faut bien reconnaître que certains autochtones en savent finalement moins que moi !!!
Pour tous ceux (et ils sont nombreux) qui  ne vivent pas dans une région à forte identité culturelle, mon avis personnel est qu'il serait tout à fait réalisable et bien plus enrichissant que les choix actuels de l'EN (autour de 90% d'anglais en primaire), car respectant la diversité linguistique, de tenter ENFIN d'expérimenter une initiation des enfants à l'espéranto.
Plus encore que laïque et républicaine, cette option est respectueuse de tous, et nullement incompatible avec la protection des minorités, je dirais même au contraire.
Au regard d'un espérantophone, les cultures de l'USonnien, du Japonais, ont la même valeur que celle du Breton, du Brésilien, du Polonais, du Bulgare ou même du  Mongol.
Ceux qui ne connaissent pas le sujet, ou ne me connaissent pas, trouveront dans ma signature (http://perso.wanadoo.fr/enotero/) un lien vers mes pages personnelles où ce sujet est largement abordé.
Sur la "glottophagie", ou destruction des langues minoritaires par les plus puissantes, voir en particulier l'essai d'Andrea Chitti-Battelli (http://perso.wanadoo.fr/enotero/chitibat.htm), dont voici un extrait :
As sociedades a que se nega o dialogo -cornunicaçao - e. em seu lugar. se lhes ofèrecem «comunicados», resultantes de compulsào ou «doaçâo», se fàzem preponderantemente «mudas ».
[Les sociétés auxquelles on refuse le dialogue la communication - en le remplaçant par des «communiqués», fussent-ils imposés ou accordés, deviennent, pour la plupart «muettes».] (Paolo Freire, Educado como pratica da libertade)
Callaremos ahora para llorar después? [Taisons-nous nous maintenant. pour pleurer plus tard ?.] (Rubén Dario)
- Les risques de «glottophagie» menaçant les groupes ethniques..
Jusqu'à présent l'attention des ethnopolitologues et des spécialistes de «droit linguistique» s'est concentrée sur les dangers qui menacent directement les ethnies et minorités «sans Etat». Ils ont montré à maintes reprises les liens étroits qui subsistent entre langue et culture, et que la sauvegarde de l'idiome de ces groupes est donc condition sine qua non aussi pour la préservation de leur «identité» et de leur way of life [mode de vie]. Ils ont ajouté que c'est le fait d'être privés d'un pouvoir politique réel, et d'être minorité au sein d'un État ayant comme langue (et culture) officielle un autre idiome, qui est la cause fondamentale de leur aliénation. Ils ont conclu que seule une autonomie politique réelle, doublée d'une réelle indépendance dans le domaine financier et budgétaire, peut inverser le trend actuel, allant vers une extinction progressive de ces parlers. Et ils ont précisé que cela sera possible grâce à une organisation fédérale de l'État qui les contrôle : seul moyen pour garantir d'une façon permanente la reviviscence que les ethnies et micro-nations connaissent aujourd'hui un peu partout dans le monde, et notamment en Europe, reviviscence autrement condamnée à n'être qu'éphémère (et auto-destructive, comme en Yougoslavie), la pleine indépendance et «souveraineté» de ces micro-nations n'étant qu'un leurre.
[...]
- ...et les dangers nouveaux qui menacent aussi les langues dominantes
Les spécialistes susmentionnés, par contre, ont entièrement négligé un autre aspect du problème, qui est l'objet de cette communication. 1ls ont concentré l'attention, pour ainsi dire, sur le «brochet national» (le français qui «dévore» le breton ou l'alsacien ; l'espagnol qui met en danger le basque et le galicien, etc.) ; et ils n'ont pas remarqué, derrière ce «brochet national», un «requin international» encore plus dangereux, en train de dévorer les uns et les autres, parlers minoritaires dominés et idiomes «étatiques» dominants.
[...]
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BYC
Bonjorn Domengeta
"Je rêve certainement et en attendant, dans le Cantal il n'y a pas de classe bilingue alors que la demande des familles est forte (près de 60 % des gens déclarent parler l'occitan, plus de 80 % le comprennent)"
Juste en-dessous (c’est une façon de parler pour le plus haut département de France), en Lozère, l’enseignement de l’Occitan est très vivant.
Il y a des classes bilingues, depuis la maternelle et dans une bonne partie des écoles publiques il y a des cours d’Occitan. Cette activité est fédérée autour d’un Conseiller pédagogique départemental Langue régionale. Chaque année, des supports à base de K7, BD… sont créés et permettent aux enseignants de « faire » de l’Occitan même sans être un locuteur de cette langue. [...]
Bien sûr, ce n’est pas parfait. Le patois local n’est pas l’Occitan de Montpellier qui est enseigné dans les classes. Mais comment faire autrement quand d’un hameau à l’autre les variantes sont si importantes ? Conserver le patrimoine dans sa diversité est-il possible, et à quelle échelle ? Doit-on favoriser un Occitan, ou quelques Occitans (Provencal, Gabale, Languedocien…), ou bien aider à préserver la diversité à l’échelle de la commune ?
Difficile de nier le rôle de l’école dans la perte de cette diversité. Il y a moins de trente ans, lo senhal mettait à l’index les élèves parlant patois. Chaque fois qu’un élève prononçait un mot de patois, il recevait du précédent « fautif » lo senhal. À la fin de la journée, le dernier porteur était sévèrement puni.
Il serait un juste retour que l’école assume le rôle inverse en étant à l’écoute du passé qui se meurt. Les parents en Lozère parlent le patois, mais c’est déjà moins vrai dans les départements voisins (je suis étonné des chiffres que tu annonces pour le Cantal qui n’est pas considéré ici comme terre occitane).
Il y a peut-être d’autres traditions, plus locales et authentiques, comme chez-toi. Les sauverons-nous ? [...]
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DB
- Avez vous connaissance de l'existence de classes uniques bilingues ?
- Existe-t-il quelque part des formules RPI existantes où les élèves seraient répartis entre les écoles non en fonction de leur niveau de cours, mais plutôt par rapport à un choix thématique fait par les familles :
* dans telle école, classe unique ... dans l'autre, classe traditionnelle ...
* ou dans telle école, classe bilingue ... ou dans l'autre, classe traditionnelle ...
* ou encore mieux, dans telle école classe unique bilingue ... ou dans l'autre, classe traditionnelle ?
Sinon, une précision suite au débat précédent sur les classes bilingues. C'est vrai que les textes du rectorat de Toulouse semblent indiquer le contraire, mais il existe au moins une école où un même enseignant professe alternativement dans deux langues (gascon et français) selon les classes et les matières. C'est à Sarrancolin (dans le 65), et c'est aussi dans l'académie de Toulouse (réponses possibles, données par BC : la mise sous protection des classes uniques, une initiative des CREPSC soutenue par la FNER, ou bien encore solliciter le Conseil de l'Innovation).

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