La FNER et les classes uniques
Les classes uniques / les RPI
[Le débat ne
date pas d'aujourd'hui. Voici quelques extraits...]
JP, le 29/09/99
[Voici] l'édito de la lettre de rentrée de la FNER tel que nous
l'avons discuté ce dimanche.
Rappelons que j'avais proposé un texte centré sur les classes
uniques et qu'il a été remodelé de façon plus générale.
En verso de la lettre, nous lancerons un appel spécifique pour
la classe unique, appel à la remontée des infos, avec un
réseau de correspondants le plus large possible... L'idée
serait d'appeler à un réunion en janvier "spécial classes
uniques menacées" si la nécessité s'en fait sentir...
Vers la fin des écoles de village ?
Tout le monde sait
depuis longtemps que l'école de village n'a pas bonne presse
dans les bureaux des Inspections d'Académie, surtout au moment
des décisions de carte scolaire. Malgré toutes les études
faites, et notamment celles menées par le Ministère de l'Éducation Nationale, qui confirment la réussite des petites
structures, malgré les explications données et notamment depuis
des années par notre Fédération, malgré des réalisations
remarquables et remarquées, l'Institution continue à penser que
les écoles de village devront disparaître un jour ou l'autre.
La parution, l'an dernier, du texte de Ségolène Royal sur
l'avenir de l'école en milieu rural nous a donné quelque
espoir... Pour la première fois, on reconnaissait les bienfaits
de la petite structure et l'on proposait les mises en réseau
comme alternative aux regroupements systématiques.
Ce texte n'a pas eu de suite : le ministère n'en fait pas la
promotion et les Inspecteurs d'Académie traînent les pieds. La
politique de suppression a repris de plus belle à partir du
moment où le moratoire Balladur est levé.
Dans beaucoup de départements, des classes sont en sursis,
notamment des classes uniques, et devraient disparaître à la
rentrée prochaine si une mobilisation très forte ne s'organise
pas, sur le plan local et national...
A son niveau, la fédération Nationale de l'École Rurale se
propose de centraliser les infos des départements, de prendre
contact avec les organisations d'enseignants, de parents et
d'élus, d'alerter le représentation nationale pour mettre un
frein à la curée qui se prépare.
Paris le 26 septembre.
A propos de ce texte, suite au débat de dimanche, j'ai exprimé
des réserves :
*je trouve dommage qu'on n'ait pas axé notre texte de rentrée
sur les classes uniques... pour des raisons d'urgence,
d'actualité et de fond...
En disant cela, je ne dis pas que la classe unique est notre
modèle pour l'école rurale ou pour l'école en général... je
ne défends pas la classe unique pour la classe unique, la
structure pour la structure... Je suis bien d'accord pour dire
que la réussite des classes uniques dépend aussi de l'instit en
poste et de la pédagogie mise en place,... mais je crois quand
même qu'il y a une spécificité de la classe unique par rapport
à l'école rurale en général, et donc spécificité de
traitement par l'Institution.
C'est aujourd'hui la classe unique en tant que telle qui est
menacée par les fermetures, parce que l'Institution l'a
condamnée par principe, parce qu'elle est contraire aux schémas
de pensée des décideurs : trop de cours en même temps,
pauvreté culturelle, pas assez de présence d'adultes...
Sa disparition programmée est une affaire idéologique pour
l'administration.
*Je ne suis pas d'accord pour dire que c'est la classe de village
en général qui est menacée... Je ne le sens pas comme ça. Ici, l'école à trois classes correspond bien à la
façon de voir de l'administration... par contre on continue à
fermer des classes uniques même si les effectifs y sont. Bien
sûr qu'il y a des fermetures dans toutes les écoles rurales,
mais comme il y en a en ville, sur la base des effectifs... Je ne
pense pas qu'il y ait volonté idéologique, anti-rurale, de
fermer les classes de village. Il s'agit ici d'une question de
gros sous avant tout !
Dans ce sens, le titre du texte : "vers la fin des écoles
de village ?", même avec un point d'interrogation, me
paraît erroné.
Mis à part ça, ce débat est intéressant... il est à
poursuivre.
***
BC, le 29/09/99
Je suis tout à fait d'accord avec JP. L'école rurale ne gêne
pas quand elle se rapproche du modèle urbain. C'est
l'éloignement de ce modèle qui est insupportable. A preuve les
écoles à 3 classes et les regroupements éclatés ont toujours
les faveurs alors que ces derniers par exemple ne font pas la
preuve de leur efficacité pédagogique (travaux d'Œuvrard).
Les écoles à 2 classes qui elles aussi s'en éloignent (du
modèle) sont aussi dans la ligne de mire des IA (voir extrait de
message ci-dessous).
La défense de la classe unique devrait donc dépasser le cadre
spécifiquement rural et se situer dans celui plus général et
plus fondamental de la mutation de l'école. Depuis que je fais
la veille sur internet (plus de 100 messages quotidiens !!!),
c'est bien l'hétérogénéité qui place la plupart des
enseignants dans une situation impossible en rendant les
comportements tayloristes inapplicables. Et les IA ou IEN qui ont
à, charge de faire fonctionner la machine d'une façon la plus
homogène possible par leurs instructions et dans une logique
uniforme n'ont qu'une hâte normale : s'en débarrasser.
Intellectuellement, la classe unique dérange.
Qu'est-ce qui peut justifier l'existence d'une fédération de
l'école rurale ? Si c'est uniquement la lutte pour le maintien
de situations que l'on peut appeler de privilégiées (petits
effectifs, ambiance familiale etc...), logiquement, en regard de
la situation d'ensemble de l'école, un État et ses
représentants qui ont à optimiser l'ensemble du système sont
ou seront obligatoirement appelés à n'en pas tenir compte. Le
discours "le maintien des CU ou écoles à 2 classes se fait
au détriment des zones urbaines" reprend de plus belle
partout. Si l'action de la FNER se situe dans la logique
habituelle, alors rien ne permet d'aller contre la suppression
des CU et écoles à 2 classes. Revendiquer alors l'augmentation
des moyens pour le maintien des petites écoles alors qu'il faut
aussi augmenter les moyens pour les banlieues, pour les réseaux
d'aide, les collèges, les lycées etc etc... est voué à
l'échec. Et même en imaginant qu'un État ait la volonté de le
faire, il n'en aurait jamais les moyens, un certain Illich l'a
expliqué bien avant moi ! Et même s'il en avait les moyens (il
n'y aurait alors plus d'armée, plus à s'occuper des transports
etc..), la logique étant inchangée les résultats seraient
identiques (l'augmentation permanente des moyens depuis des
décennies n'a pas apporté les améliorations escomptées).
S'il y a spécificité de l'école rurale, c'est parce qu'elle a
démontré que l'on pouvait justement entrevoir une autre logique
éducative. L'école du chef-lieu de canton, rurale elle aussi,
n'a elle jamais rien démontré ce qui n'est pas étonnant
puisqu'elle est conforme au modèle urbain ; pas plus que les
regroupements pédagogiques éclatés. Pour ces derniers cela
fait longtemps que j'aurais aimé que l'on fasse justement
émerger toutes les difficultés qu'ils rencontrent : pour eux
c'est encore pire puisqu'ils fonctionnent suivant le modèle
urbain sans en avoir les facilités. C'est même pour moi une
éclatante confirmation de la thèse que je défends : le
problème de l'école rurale est celui de pouvoir développer
(d'inventer) un nouveau modèle, pas de se couler dans celui qui
fait preuve quotidiennement et massivement de son inefficacité
pour ne pas dire de sa nocivité. Or tous les efforts structuraux
de l'administration sont fait pour ramener tout le monde dans le
vieux modèle. Notre force sera de démontrer cet archaïsme.
Je crois donc que la défense des CU et des écoles à 2 classes
devrait être la priorité de la FNER parce qu'elles
représentent les lieux où une nouvelle école est apparue (dans
sa pédagogie, dans les relations de type différent qu'elle
instaure avec les partenaires...). Ces multiples modèles ne sont
pas nécessairement reproductibles tels que mais ils comportent
les éléments ayant fait leurs preuves et sur lesquels
l'ensemble du système éducatif peut s'appuyer ou pourra
s'appuyer pour évoluer à son tour. Les éliminer c'est se
priver irrémédiablement des derniers lieux où une nouvelle
école se cherche, s'expérimente. Il ne s'agit plus pour l'Etat
de maintenir des îlots privilégiés ou nostalgiques mais de ne
pas se priver du dernier outil naturel où d'autres principes de
fonctionnement émergent depuis longtemps, ont fait leurs preuves
et pourraient être réinvestis ailleurs. Il faut les conserver
PRECIEUSEMENT, parce qu'en terme de coût, l'investissement
expérimental qu'ils représentent est inestimable. Autrement
dit, leur suppression représente un énorme gaspillage.
C'est donc dans l'abandon d'une logique que doit se situer la
FNER et la recherche, simplement la recherche, d'une autre
logique. Je crois qu'elle devrait se placer résolument dans le
même courant que la Confédération Paysanne, ou des
organisations comme ATTAC, celles militant pour le dévelopement
durable etc., en globalisant aussi son discours. La
Confédération Paysanne en n'attachant pas sa défense des
petites exploitations agricoles à simplement l'obtention ou la
répartition des subventions étatiques est devenue crédible et
porteuse de perspectives auxquelles on peut adhérer. Il faut que
l'on puise adhérer à la FNER parce qu'elle est porteuse elle
aussi de perspectives. On pourrait imaginer que bien des maires
n'ayant pas de problèmes de fermeture, y adhèrent parce que les
problèmes de l'école rurale sont similaires à bien d'autres et
relèvent de ce changement global de logique. J'irai jusqu'à
dire que les problèmes posés par l'OMC, l'AMI , la PAC, des
institutions financières internationales etc. sont
rigoureusement identiques à celui de l'école.
Il faudrait aussi que de leur côté les CREPSC reprennent et
accentuent leurs recherches (vers une école d'un autre type...
même si ce n'est pas le 3ème!). D'une part il faut que la FNER
puisse disposer d'arguments dans sa lutte stratégique, d'autre
part il faut aussi, que ce soit d'un point de vue pratique ou
théorique, apporter des éléments rendant possible l'engagement
d'autres enseignants. Il leur faut recréer une dynamique sans
laquelle tout propos n'est que parole en l'air.
A la FNER comme aux CREPSC je dis qu'il ne faut plus hésiter à
quitter le terrain des consensus dans lequel on n'a pas notre
place (déjà largement occupée par d'autres!) et qui reste
stérile. Une CU pour faire du taylorisme pédagogique, ce n'est
pas possible. Un regroupement pédagogique éclaté pour se
rapprocher de la norme ce n'est pas la bonne solution. Un réseau
bâti artificiellement pour être à la mode n'apporte rien de
plus alors qu'un réseau introduit ou doit pouvoir induire de
nouvelles approches. Un site internet ne contribue pas à
l'amélioration des apprentissages dans le cadre d'une pédagogie
traditionnelle. Des écoles cage à lapins sont la honte de notre
société. etc etc etc
Nous ne devons pas avoir peur d'affirmer résolument que nous
voulons aller vers d'autres conceptions, qu'elles soient
éducatives sociales ou politiques. Et nous devons aussi affirmer
que nous appuyons cela sur un long vécu. Nous ne perdrons pas
grand monde mais par contre nous pourrons être rejoints pas
beaucoup d'autres dans la mesure où nous serons alors clairement
identifiés.
Inch'allah !
***
YJ, le 29/09/99
Concernant le projet d'édito je crois que j'avais proposé
dimanche d'indiquer à deux reprises...
- que les écoles à classe unique étaient particulièrement
menacées,
- mais qu'également les écoles de village à plusieurs cours,
soit les écoles à 2 et 3 classes, [l'étaient].
Il me semble également que la proposition d'inciter à une
coordination d'écoles à classes unique pouvait être
intéressante.
Par ailleurs pour BC et ceux qui n'ont pas participé aux
débat ce week-end, je crois qu'il est nécessaire de préciser:
- que l'on a fait le constat que malgré une action intéressante
depuis 7 ans pour changer l'image de l'école de village à
plusieurs cours, cela n'a en rien modifié les attitudes de
l'Etat et des IA qui continuent à fermer des écoles à classes
uniques mais également des écoles à deux classes ;
- qu'il me semble nécessaire de se situer dans une approche
alternative particulièrement vigilante face à "la barbarie
douce" (voir J-P Le Goff) du libéralisme qui est très
présente dans l'école. [...]
***
MB, le 01/10/99
En fait, je suis tout à fait d'accord pour dire, avec Jean et
Bernard, que les CU doivent être "conservées
précieusement", pour ce qu'elles ont ... d'unique,
précisément, pour leur aspect "laboratoire", comme on
préserve des espèces au nom de la biodiversité, des peuples au
nom de l'ethnodiversité, c'est-à-dire non seulement pour
elles-mêmes mais aussi pour ce qu'elles apportent aux autres...
Mais au nom de cette diversité, la FNER se doit aussi de
s'intéresser aux autres structures scolaires en milieu rural,
qu'il est un peu rapide de mettre sur le même plan que les
grosses structures de ville ou de chef lieu de canton ! Il se
passe AUSSI des choses intéressantes dans certains RPI, dans
certaines écoles à 3 ou 4 classes (comme il existe certaines
classes uniques où il ne se passe rien), et le tour des
départements qu'on a fait lors du CA montre bien certains
départements où ce sont ces structures qui en prennent plein la
figure (Vienne, Finistère...).
L'originalité de la FNER, c'est de compter sur des arguments
aussi divers que ceux qu'apportent les enseignants (en
particulier les CREPSC, mais d'autres aussi), les élus, les
parents et d'autres acteurs de l'école et du milieu rural.
D'autre part, je ne suis pas d'accord pour considérer que le
fait d'avoir des petits effectifs, une ambiance familiale, des
relations de coopération plutôt que d'affrontement et de
violence, un milieu de vie à taille humaine en lieu et place de
honteuses cages à lapins, soit une situation de privilège, dans
la mesure où, je le rappelle, CETTE ECOLE NE COUTE PAS PLUS CHER
(cf. travaux de Mingat). C'est plutôt de ne pas pouvoir
bénéficier de bonnes conditions qui est honteux ! Et l'argent
qui a été mis massivement, et souvent à fonds perdu, l'a été
presque toujours dans des actions de type REMEDE, SOIN,
REPLATRAGE, alors que ce qu'on demande, c'est de l'argent pour
fonctionner normalement... pour vivre et pas pour soigner. (C'est
d'ailleurs quelque chose qui m'énerve profondément que le
projet d'école devienne de plus en plus un bilan quasi médical,
les enfants, considérés comme malades de ne pas digérer
convenablement les programmes, devant subir remédiation,
soutien, et j'en passe, selon une posologie rigoureuse, les frais
étant même - maigrement - remboursés ...)
En fait, plusieurs logiques se superposent :
1- Celle du ministère, c'est essentiellement les sous :
récupérer des postes là où le rapport nb d'élèves/nb
d'enseignants est le plus grand (= là où les effectifs sont les
plus faibles). C'est le sens de la fin du moratoire. Là, les
classes uniques sont effectivement les premières touchées, et
quand il n'y en a plus (ou si peu), les écoles à 2 et 3
classes. Mais du point de vue ministériel, me semble-t-il, il
n'y a pas d'attaque en règle "idéologique" sur les
classes uniques, même si on y connaît très mal, et c'est un
euphémisme, la classe unique. Ce n'est plus Pierre Mauger qui
agit (en tout cas pour le moment).
2- Celle des académies et des inspecteurs (IA, IEN) : c'est là
qu'on trouve, à côté des as de la calculette (je ferme à tant
par classe), des idéologues normalisateurs, parce qu'en tant
qu'applicateurs des directives pédagogiques, c'est eux que gêne
la classe unique et plus généralement la classe à plusieurs
cours, lesquelles ne rentrent pas dans la normalité - et là je
rejoins l'analyse de Bernard sur l'éloignement du modèle
urbain.
Pour preuve des offensives TRES DURES (Loire p. ex.) mais loin
d'être généralisées (Aveyron), en partie parce que, outre des
convictions personnelles parfois différentes d'un IA à l'autre,
leurs marges de manœuvre varient d'une Académie à l'autre.
3- Celle des enseignants, toujours majoritairement contre les
classes à plusieurs cours, et qui poussent autant à la ville
qu'à la campagne, à la disparition de ces classes ("je
suis content, cette année, j'en ai 28, mais j'ai un CE1 pur
!" - Ah ! ces classes impures que sont les nôtres !!!).
4- Celle des élus et des parents, sur laquelle d'autres que moi
diront plus et mieux, mais qui met souvent en avant d'autres
aspects (proximité, présence d'un service public, lieu de
relations, etc...)
Alors, tout ça pour dire quoi ? Eh bien que, à travers toutes
les attaques dont elles font l'objet, ce sont toutes les petites
structures qui sont visées (les petites communes, les petites
écoles, etc.), non pas selon la méthode frontale de Mauger,
mais selon un processus rampant, moins concerté mais plus
sauvage (car livré aux chefs locaux) [...]
***
MW, le 17/10/99
Est-ce que (c'est vraiment une question) nous n'aurions pas
intérêt à associer dans notre démarche les classes rurales à
cours multiples ??? En effet, ce qu'on nous dit à nous [les
classes uniques] en particulier sera bientôt vrai pour eux et il
faut qu'ils se mobilisent dès aujourd'hui, demain il sera trop
tard.
J'étais hier en réunion syndicale sur temps de travail à
Moutrot, et déjà la question m'a été posée par un copain qui
a CE1 à CM2 à Mont le Vignoble juste à côté. La remarque m'a
paru fondée et intéressante...
***
MB, le 17/10/99
[...] Je rejoins la remarque de MW à savoir impliquer
les classes à cours multiples, et ce à double titre :
- l'effectif mobilisable sur les seules classes uniques me semble
insuffisant (même si la qualité vaut mieux que la quantité...)
;
- les classes à cours multiples représentent l'étape suivante,
tellement bien que là où il n'y a plus de classes uniques,
c'est déjà souvent là qu'on ferme. (avec toujours des tas
d'arguments qui pourraient se résumer à : "les classes à
plusieurs cours, c'est faute de mieux, mais ça nous emm... : les
programmes, les langues, etc.").
Un des slogans pourrait être : je défends les classes uniques,
parce que je défends les petites structures.
***
JP, le 17/10/99
[...] Nous sommes cependant tous d'accord pour penser que la
classe unique est aujourd'hui la plus exposée, parce que la
moins défendue. Elle porte en elle une logique qui va à
l'encontre des positions officielles... et des habitudes des
instits aussi.
Je ne crois pas que l'ensemble des classes à cours multiples
soient menacé de la même façon, en tout cas aujourd'hui.
Il a été dit, notamment dans le texte de Ségolène de l'hiver
dernier que le cas de chaque classe unique serait étudié avant
son maintien éventuel... Cela nous paraît, me paraît en tout
cas, l'urgence aujourd'hui.
***
MT, le 17/10/99
Nous n'avons pas convaincu car si l'argumentation pédagogique
est bonne, elle n'est pas suffisante et de toute manière
régulièrement attaquée par les IA qui trouvent des oreilles
complaisantes tant auprès des municipalités que des parents.
Il faut attaquer davantage là où cela peut faire mal : au plan
financier, au plan juridique.
Financier : montrer aux communes qui vont perdre leur école
qu'elles seront obligées de payer, cher, pour se voir imposer
des contraintes par d'autres collectivités.
Juridiques : en dehors d'un regroupement syndical, les communes
peuvent peut-être refuser de payer et, si elles sont contraintes
par inscription d'office par le Préfet, cela constitue une
démarche administrative qui peut ralentir le processus.
Enfin, j'aimerais que nous puissions trouver tous les textes
réglementaires sur lesquels s'appuie l'administration pour
fermer une école. Il y aurait peut-être matière à faire de la
guérilla.
Mais, il ne faut jamais oublier que dans bien des cas, les maires
sont complices des fermetures dans la mesure où il se
débarassent d'un service source de tracas.
***
[C'est dans ce contexte qu'est alors lancé l'appel à la
coordination des classes uniques :]
JP, le 17/10/99
Une chose est sûre... le moratoire sur la fermeture des
classes rurales est bien levé... A nouveau, dans beaucoup de
départements, les Inspections Académiques ferment ou projettent
de fermer à tour de bras. Malgré tout ce que nous avons pu dire
pour défendre l'école de proximité, tous les arguments
pédagogiques, financiers, politiques que nous avons pu apporter,
nous n'avons pas convaincu et la logique de regroupement des
classes semble l'emporter.
A la rentrée prochaine, beaucoup de classes uniques risquent de
disparaître alors que bien souvent ni les effectifs, ni les
pratiques pédagogiques mises en oeuvre ne le justifient.
Comme en 90-91 pour le rapport Mauger, nous devons réagir.
Après sa réunion de rentrée, la Fédération Nationale pour
l'Ecole Rurale propose :
*de créer un vaste réseau de correspondants (parents, élus,
enseignants) dans chaque département pour réunir les
informations, faire émerger les situations locales.
*de réunir à paris fin janvier une "coordination des
classes uniques".
***
[Le débat est relancé suite au message - ci-dessous - d'un
militant pédagogique, message dont se saisissent les CREPSC pour
en faire profiter les classes uniques]
RM, le 28/05/00
POUR UN STATUT DE
L’INNOVATION
Les premiers objectifs de " l’agence de
l’innovation " concernent les projets ayant trait
aux collégiens ou aux lycéens [...]
Il serait judicieux de manifester qu’à côté des
initiatives nécessaires, des innovations existent et méritent
d’être soutenues ou sauvegardées [...] en mettant
l’accent sur le fait que la prévention de la violence et du
" décrochage " peut et doit se faire en
amont du collège (sans prétendre qu’elles résolvent à
elles seules les problèmes de société).
Ces innovations, ayant souvent témoigné de leur bien fondé et
de leur enracinement dans le corps social, sont généralement
marginalisées et subissent de fréquentes tentatives de
normalisation de la part d’une administration conservatrice
et souvent incohérente (il sera facile et opportun de mettre en
relief les alternances de soutien et d’hostilité au hasard
des nominations des supérieurs hiérarchiques).
La nécessité d’un statut particulier ( plutôt
d’innovation que d’expérimentation) doit être
affirmée. Les " dénominateurs communs" à ces
innovations pourraient être relevés ( travail d’équipe,
ouverture de l’école, statut de l'enfant, coéducation
etc…). La liste des dérogations pourrait être établie .
Je pense à :
- la publication du projet
d’école au mouvement avec considérations sur
l’engagement que suppose la candidature,
- l’existence d’un secteur innovation dans les
Académies ( ?) ou Rectorats
- au suivi de l’innovation par un IDEN favorable au projet
et donc " contrôle " ou plutôt évaluation
" formative " en référence aux objectifs
- à la prise en considération de l’innovation par
l’IUFM du secteur (à la fois pour ouvrir la formation sur
des modèles non conformes à la norme et pour l’apport de
sang neuf dans les équipes)
- à la circulation de l’information sur ces innovations et
à leur mise en réseau
- à un dispositif spécial d’évaluation [...] qui
donnerait une place importante à des
" recherches-action " conduites avec des
chercheurs (sciences de l’éducation locales, CNRS, INRP
etc…)
- etc…
Cette liste pourra facilement être présentée comme le fruit de
l’expérience et non comme une utopie ! [...]
***
CD, le 30/05/00
Qu'en pensent les enseignants du réseau
Marelle ? et les membres de la liste FNER : serait-ce un moyen de
protéger les classes uniques, qui sont de par leur nature même,
des classes innovantes ?
***
MB, le 01/06/00
L'idée paraît bonne de faire rentrer les classes uniques sous
ce "statut de l'innovation", proposé par Jack Lang.
L'argument « la prévention de la violence et du "
décrochage " peut et doit se faire en amont du collège »
va tout à fait dans le sens de ce qu'on ne cesse de dire. [...]
Petite réserve cependant : à tout prix éviter que quelques
classes uniques seulement servent de vitrine innovante et de
prétexte à rayer de la carte les autres, pas assez innovantes
(au goût de qui ?). Si on a ce souci en tête, ce peut être une
occasion à saisir...
***
JP, le 05/06/00
[...] Nous avons toujours abordé la question des petites
écoles, des classes uniques notamment, sous l'angle
pédagogique...non que toutes sont des modèles d'innovation mais
parce qu'elles ont la chance de proposer une structure adaptée
à l'innovation, conjuguant souplesse, hétérogénéité, et
implantation dans la sphère communale. Dans cette optique, la
logique serait de promouvoir TOUTES LES PETITES STRUCTURES à un
statut de l'innovation, en les dotant de moyens spécifiques, en
proposant au mouvement des postes particuliers pour ces classes... [...]
J'ai toujours abordé la question pédagogique avec beaucoup de
prudence, me méfiant des certitudes affichées, des écoles, des
fractions, des
mouvements.... Non qu'il n'y ait pas de choses intéressantes
dans les classes ou dans les écrits, ... Non! ce qui me gêne
c'est le statut du pédagogue tel qu'on l'entend dans sa tour
d'ivoire ou dans son laboratoire,...[...]
L'aventure d'une classe on la vit avec les gamins, avec les
parents, avec les dames de service, avec les collègues
peut-être, avec les élus parfois. L'instit enfermé dans ses
quatre murs prend le risque de se couper d'une réalité sociale
qui module et modère,... il prend le risque de perdre tout sens
de la mesure collective au profit d'une lubie, d'une lecture
rapide, d'une influence passagère, d'une humeur, d'un
conformisme. Tout doit être pesé et repesé, et revisité, et
recadré à la lumière des avancées de tous...
Une bonne idée ne devient bonne que quand elle est comprise et
soutenue par l'ensemble des acteurs.
J'ai dans ma vie professionnelle fait pas mal de bêtises pour
cause d'aventurisme et de "je me la joue pédago"...
Les choses les plus chouettes que j'ai vécues sont celles qui
ont fait marcher tout le monde, qui ont réuni, qui ont
entraîné. Celles qui, même toutes petites et modestes à
première vue, sont sans doute allées le plus loin, parce
qu'elles ont fait changer un peu les gens et soi-même.
Alors innovation pédagogique, expérimentation, d'accord, mais
pas sans l'ensemble des gens qui font l'école.
***
BC, le 22/06/00
L'abandon des raisons "pédagogiques" avec leur
caractère dérangeant qui avaient été mises en avant dans les
débuts de la défense des CU et petites écoles (Ecole rurale =
école nouvelle), s'il a permis peut-être de rassembler un plus
grand nombre de "défenseurs" de l'école rurale (on
pourrait dire aussi un plus grand nombre de "menacés")
et d'éviter de poser des questions dérangeantes, cet abandon
donc a replacé la défense des petites écoles dans le contexte
consensuel classique qui ne mange pas de pain et qui démontre
son inefficacité. [...] Faire comme si le problème des petites
écoles n'était qu'un problème de ruralité dans son ensemble,
de pratiques administratives ou de politiques de l'Etat, serait
négliger totalement la raison essentielle qui conduit à leur éradication : elles posent et remettent en question les pratiques
et les croyances sur lesquelles on continue à construire le
système éducatif, elles rendent impossible une pratique
classique de l'enseignement. Refuser de se pencher sur cela et
d'en faire la raison essentielle de leur maintien dans
l'intérêt collectif me parait à l'inverse complètement
irréaliste et voué à l'échec. [...]
Les appels à l'aide quant à l'hétérogénéité sont de plus
en plus nombreux ainsi que ceux qui supposent que c'est le sens
vers lequel on devrait tenter d'aller ("je rêve d'une CU ou
d'une école à 2 classes en ville"!).... [...]
A force d'avoir peur de la pédagogie ou de s'en méfier parce
qu'elle risquerait de trop remettre en cause et de se réfugier
dans des généralités politiquement correctes, nous n'aurons
sous peu et au mieux que des RPI ou autres pédagogiquement
corrects. Et pour enfoncer encore plus brutalement le clou, un
RPI n'a pas plus de valeur qu'une concentration (on y fait la
même chose) et, au cas où on l'aurait oublié, Œuvrard a
démontré que les "résultats" y étaient plutôt
inférieurs à la moyenne nationale ! Comme quoi en restant
pédagogiquement et politiquement corrects, on ne fait
qu'accentuer un mouvement qu'on avait voulu enrayer ou que l'on
dit vouloir enrayer.
J'espère sincèrement me tromper dans ma vision du problème,
mais je crains que non !
***
JP, le 24/06/00
Dans son message du 22 juin, BC craint un
"abandon des raisons pédagogiques" dans la bagarre
pour les petites écoles, abandon qui serait la conséquence de
l'élargissement de cette même bagarre. Autrement dit que
quantité et qualité ne feraient pas bon ménage...
Le risque est toujours là, c'est vrai, mais je ne crois pas
qu'il nous menace aujourd'hui... Au contraire, ce qui me paraît
intéressant c'est que nous soyons capables, j'espère, de
quitter une certaine confidentialité, d'influer au delà de nos
limites traditionnelles, et cela sans renier nos convictions...
Et je dis même que nous pouvons redonner une nouvelle jeunesse
à ces convictions avec de nouvelles perspectives (voir les
choses plus globalement) et un nouvel avenir (avec d'autres
personnes ou de nouvelles associations...).
La question pédagogique est effectivement centrale et la Fner en
fait une question centrale... à cet égard la lettre ouverte en
cours de signatures est très claire; nous assurons la défense
et la promotion de la petite école pour des raisons
pédagogiques parce que nous défendons l'hétérogénéité des
classes... La classe unique étant (en tout cas pour moi - voir
texte que j'ai écrit cet automne) la quintessence de l'idée
d'hétérogénéité. Là je suis d'accord avec BC : il faut
résister à l'extension des RPI qui sont souvent une piètre
solution aux problèmes rencontrés.
Mais la question de la pédagogie, centrale donc, est pour moi
inséparable de la question politique et des questions de
ruralité en général. Sur le terrain, on ne peut parler de
petite école, avec des élus ou des parents ou des associations,
sans prendre en compte les nouvelles données de l'aménagement
du territoire. Les politiques technocratiques de regroupement des
écoles sont le pendant des politiques technocratiques
d'aménagement du territoire (communauté de communes, mise en
place des Pays...).
Contrairement à ce que dit BC, je ne pense pas que la
suppression des petites structures soit un plan machiavélique du
ministère simplement pour éradiquer ce qui dérange
pédagogiquement... C'est peut être une donnée (encore que...),
mais elle est loin d'être la seule...
Nous sommes pris dans une tourmente bureaucratique, à dimension
européenne, de "modernisation" à tout crin : plus de
petites communes, plus de petites écoles,... A nous de répondre
AUSSI sur ces terrains et d'expliquer pourquoi
cette "modernisation" n'en est pas une, qu'elle
professionnalise la vie démocratique, qu'elle retire aux gens
des possibilités de contrôle. A nous de mettre en perspective
une alternative à ces politiques d'aménagements du territoire :
réseaux de communes, réseaux d'écoles plutôt que
regroupement, défense et promotion des petites communautés
humaines (quartiers dans les villes, villages, petites écoles).
En fin de compte, il est tout à fait imaginable de penser que le
Ministère accepte de maintenir quelques classes uniques
d'expérimentation tout en activant son plan de
"modernisation". Le mal serait fait et quelques
vitrines de circonstance ne nous consoleraient pas de la
disparition générale des petites structures. Comme je l'ai dit
dans un précédent message, ce serait l'ensemble des petites
écoles qui serait à considérer comme terrain d'innovation avec
un plan ambitieux de mise en réseau, de formation des instits,
et probablement d'un appel au volontariat...
La question des classes rurales est donc à prendre dans toutes
ses dimensions, et donc ni seulement sur un plan de défense
strictement syndical, ni seulement sur un plan strictement
pédagogique. J'ai le sentiment que la FNER a beaucoup avancé
ces derniers temps pour élargir ses points de vue. A cet égard,
il ne s'agit pas d'un abandon des raisons pédagogiques, au
contraire, il s'agit de leur donner une autre perspective et une
chance de s'accrocher au réel.
Puisque l'on parle souvent ici de la Confédération Paysanne, et
s'il faut faire un parallèle... Il est intéressant de noter
qu'elle ne se contente pas de conjuguer son slogan "Produire
autrement"... elle a beaucoup travaillé sur l'analyse
politique du monde agricole, mais aussi de son avenir dans le
cadre de la mondialisation... elle fait aussi du travail syndical
de défense... elle étend sa réflexion à toutes les questions
du monde rural... elle projette de faire adhérer des non
paysans... .
*J'ai écrit récemment, un peu sous forme de boutade, que la
"pédagogie est une question trop importante pour la laisser
aux seuls pédagogues"... Je vois cela sous deux angles
complémentaires :
-il y a comme pour toute discipline intellectuelle (et c'est
aussi une discipline intellectuelle) risque de s'enfermer dans
une logique interne à vide si elle ne se coltine pas avec les
autres disciplines intellectuelles... On le voit à l'université
où les disciplines se sont cloisonnées, et donc aussi, je pense
dans les mouvements pédagogiques. La faiblesse aujourd'hui des
pédagos face aux attaques dont ils sont l'objet (voir affaire
Meirieu) réside aussi dans cet isolement relatif. La pédagogie
doit se coltiner avec la philo, la géographie, l'histoire, la
psycho, la biolo... que sais-je encore? ... Il faut voir par
exemple comment la parole d'Albert Jacquard (t?) sur les
questions de l'école est intéressante justement parce qu'il
n'est pas pédagogue à proprement parler... Malgré tout, même
Albert Jacquart (d?), même l'esprit le plus ouvert à l'ensemble
des disciplines ne pourra éviter le risque de s'enfermer dans le
domaine qui fait ses moments quotidiens et qui en font un
"spécialiste", malgré lui peut-être. Il manque donc
surtout un lieu de débat intellectuel entre
"spécialistes" des différentes disciplines qui puisse
assurer ce lien indispensable.
-il faut entendre les arguments des adversaires de la petite
école (et notamment de la classe unique) et surtout celui-ci qui
me paraît fort : le fait que les enfants soient confrontés à
un seul adulte, à un seul modèle adulte... et que, quelle que
soit la pédagogie mise en place, la prégnance de cet adulte sur
les enfants sera d'autant plus grande que l'école sera petite.
Je défends farouchement la polyvalence de l'instit et donc que
celui-ci incarne la cohérence pédagogique de la classe (je suis
contre la spécialisation qu'on nous prépare), cependant je
pense qu'il y a un inconvénient réel à ce modèle d'adulte
quasi unique. C'est pour cette raison que souvent nous sortons de
l'école, ou alors nous faisons venir un visiteur (je n'aime pas
le mot intervenant) qui nous accompagnera dans une aventure de la
classe : un comédien, un peintre, un prof d'occitan... Mais
c'est pourquoi aussi le REGARD EXTERIEUR est très important, que
ce soit celui des élus, des parents, d'un ami, ou même pourquoi
pas de l'Inspecteur... Je sais que ce n'est pas facile pour le
pédago d'accepter ce regard extérieur, qui ne soit pas
seulement le regard complice d'un autre pédago, mais je sais
aussi que c'est vital pour ne pas devenir apprenti sorcier. Il
m'est arrivé depuis 20 ans d'avoir mal pris des remarques sur ma
classe, d'un parent, ou d'un élu (on connaît comment fonctionne
un village) mais à la longue, j'ai compris que ces remarques
n'étaient jamais entièrement fausses ni complètement injustes,
parce qu'elles sont une façon de voir et qu'on a toujours
intérêt à multiplier les angles de vue.
Donc pour revenir au message de BC du 22 :
*ok pour une "coordination" des actions locales.
*ok pour une "mise sous protection des classes uniques et
des classes très hétérogènes", mais de TOUTES, avec un
plan qui l'accompagne : appel au volontariat, formation à
l'hétérogénéité.
*je ne pense pas qu'il y ait menace d'abandon des raisons
pédagogiques [...]
*le problème des petites écoles n'est pas qu'un problème de
ruralité dans son ensemble, de pratiques administratives ou de
politiques de l'Etat... mais c'en est AUSSI un.
*il y a risque à traiter la question pédagogique isolée du
contexte politique qui l'accompagne.
*il y a risque à traiter la question pédagogique entre
spécialistes de la pédagogie.
***
JA, le 25/06/00
Je suis étonnée de te voir écrire l'avis, que tu n'argumentes
pas, qui condamne les RPI comme des "piètres"
solutions, alors que je les perçois comme la seule réponse
actuelle à la fermeture des écoles et à la désolation des
campagnes autour de nous, au Sud de la Haute-Garonne, où le RPI
permet peut-être une politique du moins pire...
Et à un problème crucial, celui que tu évoques ensuite ( dans
une logique et une écoute des parents et des autres acteurs que
sont les adversaires des CU, que je respecte et partage
entièrement ), celui qui me sépare d'ailleurs d'autres
pédagogies, comme celle pratiquée par les pédagogues Waldorf
(qui doivent passer 7 ans avec leur classe...), tu ne donnes pas
de réponses... Comment réponds-tu à un parent d'élèves qui
t'évoque ce risque comme argument définitif, parent pas du tout
opposé par principe à la CU, mais qui craint les
incompatibilités d'humeur et les risques d'une fréquentation
prolongée TROP de temps ( on est bien d'accord, de la GS au CM2,
il y a bien 6 ans non ??? et c'est pas un peu long quand-même,
si il y a des incompatibilités ou des prégnances ... si tant
est qu'il est vrai qu'"on n'enseigne que ce qu'on
est"...) ?????
Alors que le RPI, très consensuel ( je ne lui connaît pas tant
d'opposants à part vous...) et rassurant pour les parents
d'élèves qui pensent que 6 ans, c'est long, permet cette
fameuse hétérogénéité, permet l'enrichissement mutuel des
points de vues (dans notre cas, on est trois à suivre un même
enfant, et les passages de cycles sont de véritables passages de
relais, obligatoires officiellement et effectivement), et
autorise de véritables "moments CU", entre les feux de
la Saint-Jean, les sorties sport ou théâtre, les Carnaval et
autres fêtes locales...et puis sur Internet, on n'attend pas que
des messages de marelle, on attend aussi des nouvelles du petit
frère qui a inventé un nouveau jeu, ou du grand qui cherche les
paroles d'une chanson enentendue dans la cour de la maternelle,
le matin en attendant le bus...
Bref, explique-moi le "piètre", et raconte moi si un
intervenant ça suffit pour s'ouvrir à des regards extérieurs
selon un parent d'élèves lambda qui trouve que six ans c'est
trop long ???
Merci d'avance, ton avis m'intéresse au plus haut point, vu que
je débute, et j'ai beau être venue à la pédagogie par mon
intérêt pour la CU, je ne m'ennuie pas dans mon RPI....
***
JP, le 26/06/00
[...] Sur la question des RPI, j'ai exprimé un avis personnel,
un peu tranchant, qui reflète mal le débat qu'il y a toujours
eu au sein de la FNER sur la question.
Je vais être ici un peu plus nuancé; peut-être que d'autres
apporteront leur pierre.
Je disais qu'il fallait résister à l'extension des RPI... En
effet, depuis plusieurs années, le RPI est apparu comme LA
solution aux problèmes de l'Ecole rurale... Les maires s'y
retrouvent parce que l'école était maintenue dans chaque
village... Les instits aussi parce qu'un cycle parait moins dur
à gérer qu'une classe unique... l'administration, cynique,
parce qu'à terme, c'est un moyen pour elle, en globalisant les
effectifs sur les trois classes de sucrer un poste (ça arrive
souvent!) et donc d'arriver à la suppression par des chemins
détournés.
Le RPI est tellement en vogue qu'il est parfois accomodé à
n'importe quelle sauce. Là où je suis, l'Inspecteur d'Académie
et le sous préfet font le forcing pour créer un RPI alors que
les deux écoles concernées n'ont pas de problème d'effectif et
ont un avenir assuré. Donc souvent le RPI fonctionne comme une
réponse au soi disant archaïsme de la classe unique et est
utilisé comme une manière d'y mettre fin.
Il faut résister au RPI, c'est à dire qu'il faut affirmer
qu'une classe unique dynamique et vivante vaut mieux qu'un RPI
pour deux raisons majeures :
*les enfants restent dans leur cadre communal, le cadre le plus
naturel pour eux. Ils évitent aionsi des transports parfois
inutiles.
*la classe unique est un écrin pédagogique... dernièrement
Bernard Collot, dans un message sur la liste "classe
unique" développait une analyse très intéressante dans
laquelle il montrait que l'hétérogénéité des classes
n'était pas seulement profitable parce que les grands
"tiraient" les petits mais parce que dans le même
espace se retrouvaient différentes étapes des apprentissages :
les petits de quatre ans par exemple se retrouvent en un lieu où
existent naturellement l'écrit des grands, et différents
écrits... et que ce lieu offre les conditions les plus
naturelles à la maîtrise de ces apprentissages. Dans la classe
unique il n'y a pas de coupures inutiles, ni entre les niveaux,
ni entre les cycles qui sont après tout aussi des coupures
artificielles.
En disant cela, j'explique qu'il faut résister à la vogue des
RPI partout et que si c'est possible - et c'est souvent plus
possible qu'on ne croit - il vaut mieux parier sur un projet de
classes uniques en réseau que sur un découpage artificiel par
cycle. En même temps je sais bien que le RPI est la moins
mauvaise solution quand on veut éviter une suppression qui
s'annonce inévitable. Ici dans la vallée du Célé, trois
villages ont choisi le RPI pour maintenir les écoles. Je crois
qu'ils auraient eu du mal à faire autre chose... Ca marche et
ça a d'ailleurs permis de redonner du dynamisme à la vallée,
de repartir sur d'autres projets. Tout ça pour te dire que les
choses ne sont pas figées dans leurs principes.
Par ailleurs tu poses une question : et si six ans avec le même
instit c'était trop long...
J'ai essayé de répondre à cet argument. Je crois que c'est une
vraie question et que nous devons continuer d'y réfléchir, et
notamment avec les parents qui ont raison de la poser...
***
BC, le 27/06/00
- Où que l'on soit on peut faire de l'excellent travail et
prendre du plaisir, y compris dans une macro-école de banlieue.
- Si l'on met à l'écart le fait que la solution RPI a eu très
souvent pour une de ses raisons d'éviter la disparition d'une
école, et si l'on considère seulement la seconde raison : avoir
enfin des classes plus homogènes et "plus faciles", il
s'est avéré : que les "résultats" n'ont pas été,
contre toute attente, à la mesure de ce que l'on attendait et
croyait acquis (travaux Œuvrard) qu'ils ont posé dans moult endroits des problèmes inattendus eux aussi (entre
autres des équipes pédagogiques peu cohérentes, clivages
parents etc....) et dont on n'imaginait pas tellement
l'importance... pédagogique.
- Cela a eu l'intérêt de souligner et de crédibiliser les
hypothèses des CU, en particulier celles de l'hétérogénéité
et de l'importance de la proximité.
- En ce qui concerne l'inconvénient du maître unique, nous
avons longuement expliqué et démontré qu'il n'en était plus
un lorsque l'on se place dans une autre approche de son rôle
(voir http://marelle.org). Notre force est de ne pas
l'avoir balayé (cet inconvénient) et de voir comment il pouvait
ne plus en être un.
- Ceci dit, comme le font les instits des ZEP et autres écoles
casernes, il faut bien tenter de rendre la plus efficace possible
la situation dans laquelle on se trouve (ce qui n'empêche pas
parallèlement de revendiquer et de militer pour que cette
situation change!).
Les RPI ne constituent donc pas une solution en tant que telle
comme on l'imaginait et ne justifie aucunement la suppression des
CU. Encore faut-il le dire. A partir de cela, il va bien falloir,
comme l'ont fait les instits de CU, voir comment le RPI peut
devenir un lieu éducatif. Certains ont fait sur ce plan un
énorme travail. Il n'a pas fait l'objet d'échanges, c'est bien
dommage, mais ce n'est pas trop tard. Ce travail de recherche
"pédagogique" débouche d'ailleurs comme celui des CU
sur des perspectives qui dépassent le simple cadre de
l'éducation (transformation des relations, aménagement du
territoire.....). Là aussi la communication est au premier plan.
Là aussi se découvre l'importance du "hors l'école"
dans la simple construction des apprentissages.
- Comme quoi d'ailleurs en mettant l'aménagement du territoire
et les considérations politico-philosophiques avant le
pédagogique, on est... stérile. Ou bien encore c'est le
"pédagogique" qui est réellement.... politique (au
vrai sens du terme : polis = cité)
***
PF, le 27/06/00
C'est vrai que 7 ans ça parait long ... alors 9 ans comme ici,
ça peut faire frémir. Surtout que pour sortir, avoir des
intervenants ou des visiteurs ... et qui se renouvellent, ce
n'est tout de même pas évident et ça passe TOUJOURS par des
questions en premier de fric (qu'en l'occurrence nous n'avons
pas!). J'ai souvent en tête une idée; malgré le fait que
j'essaie autant que possible de pratiquer une pédagogie du
retrait en faisant que mon rôle soit le plus discret dans la
classe, quand je vois certains enfants qui sont avec moi depuis 6
ans et qui en ont encore pour 2 ou 3 ans, je me dis qu'il serait
bien que j'aille un peu voir ailleurs histoire de m'enlever
encore plus de leur horizon. Et s'il pouvait exister comme une
procédure d'échange, je trouverais l'idée sympa; autrement dit
par exemple, sur un nombre d'écoles (dans ce cas, des petites
structures) limité géographiquement, les instits auraient le
choix de "tourner" entre eux sans passer par les aléas
et les risques du mouvement. J'ose même penser que l'on pourrait
"tourner" même pour moins d'une année scolaire
(quelques mois, quelques semaines, pour un projet...; comme un
décloisonnement. Mais là je refais le monde.
C'était juste histoire de dire que je pense qu'il faut le plus
possible garder les enfants sur leur commune mais que je
comprends que l'on puisse penser que 6 voire 9 ans c'est long et
enfin que sur le terrain, le pbm du financement des sorties et
des intervenants n'est pas résolu.
***
[C'est alors que les CREPSC ont diffusé le message suivant]
CD, le 28/06/00
[Les CREPSC proposent] « la mise sous protection des dernières
classes uniques comme établissements expérimentaux, dans la
mesure où on pense qu'elles représentent un intérêt capital
pour l'ensemble du système éducatif. Cette proposition
sous-entend une implication des praticiens, des parents, des
élus. Elle ne peut réellement être faite que si elle devient
celle de tous ou d'une grande majorité. Alors nous lançons un
appel à tous ceux qui sont ou seront en classe unique encore
l'an prochain : Allez voir ces propositions à l'adresse suivante
: http://www.marelle.org/users/clauniques/propositions.html et donnez votre avis, quel qu'il soit.
Imprimez-les et faites les passer à ceux de CU qui n'ont pas
internet.(avis à envoyer par la poste à : Christian DREVET
38690 LONGECHENAL)
Ce n'est qu'après cela que l'on pourra savoir si cette
opération est valable et la lancer définitivement.
Parallèlement nous demandons aux mouvements pédagogiques du
CLIMOPE de s'impliquer collectivement avec nous. »
[le 03/07/00]
Dans la proposition, il y a aussi une question , j'allais dire
annexe, en fait elle est centrale.... et elle est posée non plus
aux institutions, associations, groupes, mais à chacun de vous,
les individus qui lisent la littérature expédiée sur ces
listes : FNER, marelle enseignants, classes uniques, crepsc ... :
qui est prêt à faire partie d'un groupe de travail en
lien avec l'INRP destiné à enfin mettre à jour
"officiellement" les intérêts du mélange des âges,
de la communication, de l'espace et du temps ? Cette
mise à jour officielle est incontournable si l'on veut continuer
à défendre les classes uniques. Et la constitution d'un premier
groupe de travail, dès la rentrée est une condition pour aller
plus loin car elle assoierai la crédibilité de la proposition
en direction du ministère... Alors, qui veut se mettre au boulot
?
[le 08/07/00]
La proposition que nous faisons est, je crois, à l'opposé de
l'idée des classes modèles et des super instits innovants. Nous
disons que, de par sa structure même - hétérogénéité
maximale - la classe unique est un terrain sur lequel
l'innovation est de fait quotidienne : impossible d'utiliser ce
qu'on a appris ou vu fonctionner dans les classes d'application
urbaines à un seul cours, impossible de transposer le discours
des formateurs de l'IUFM. On n'a pas le choix : on ne peut faire
qu'autrement, même si on ne se prend pas pour un super instit
innovant : je crois que personne aux CREPSC ne se prend pour ça.
[...] Chacun fait ce qu'il peut dans sa classe et c'est justement
ce "ce qu'il peut" qui est innovant, en tous cas
différent du modèle. Le fait que contrairement à toute
attente, les résultats des classes uniques ne soient pas moins
bons que les résultats des autres pose question à propos de
toutes les classes uniques, puisqu'il s'agit de résultats
statistiques. Dans des conditions d'enseignement réputées
impossibles, les choses fonctionnent au moins aussi bien : aucun
de nous n'est super man, il doit par conséquent y avoir des
choses à chercher du côté de la structure : nous disons,
cherchons les vite avant que le terrain ne disparaisse....
La proposition est donc de mettre sous protection "classe
innovante" toutes les classes uniques, car toutes sont
innovantes, quelle que soit l'opinion que l'instit puisse avoir
de son travail. D'un autre côté on ne peut pas faire autrement
qu'assortir cette demande du volontariat des gens sur le terrain
: on ne peut pas demander cette mise sous protection sans que les
instits, élus, parents (les gens du terrain) soient volontaires.
Le risque c'est que ça aboutisse à la mise sous protection
d'une petite minorité : c'est pour cela qu'il faut une
mobilisation la plus large possible pour élargir au maximum le
groupe qui est en train de se constituer. Cet élargissement est
indispensable sinon, effectivement on risque d'être perçu comme
des classes modèles - donc de faire apparaître des choses qu'on
considérera comme non généralisables. Mais il faut bien
commencer par quelque chose : s'il n'y a qu'un petit groupe au
départ, on peut espérer que ce petit groupe puisse faire
apparaître assez d'arguments pédagogiques et éducatifs pour
que toutes les classes soient alors protégées de fait : faire
apparaître ces arguments serait le rôle du groupe de recherche
qui travaillerait avec l'INRP, c'est la raison pour laquelle la
première urgence est de constituer ce groupe de travail. C'est
quand ce groupe sera constitué et qu'il sera au travail que l'on
pourra porter cette revendication au niveau du ministère. Ceci
dit, pour l'instant, nous ne faisons que des propositions : c'est
cette discussion en cours qui permettra de les affiner ainsi que
les démarches pour l'instant entreprises en direction de l'INRP
et des mouvements pédagogiques du CLIMOPE...
***
[Concernant plus spécifiquement les réactions aux
propositions des CREPSC, voir débat sur http://www.marelle.org/users/clauniques/avis.htm]
***
JP, le 05/07/00
Non il n'y a pas de guéguerre CU-RPI... A la FNER, nous sommes
intervenus cette année pour empêcher des fermetures de classes
de RPI, par exemple ici dans le Lot à Rampoux. Simplement, nous
voulons signaler que le RPI n'est pas la solution miracle pour
l'Ecole rurale, que la classe unique a encore et toujours de
l'avenir...
L'intéressant pour les classes de RPI, c'est justement d'essayer
de fonctionner en s'inspirant de ce qui peut se faire dans
certaines classes uniques.
Moi même qui suis instit dans une école regroupée à trois
classes (6 communes), j'essaie d'en tenir compte.
***
MB, le 19/07/00
Suite à un certain nombre de messages sur "la classe unique
et/ou le RPI", je voudrais préciser ceci : la FNER est
composée essentiellement d'élus, de parents et d'enseignants,
et elle soutient sans ambigüité les écoles rurales dans toute
leur diversité, en priorité celles où il y a un minimum
d'investissement et de coopération des 3 partenaires. C'est
même la richesse et l'originalité de la FNER d'être le lieu
commun de toute cette diversité.
Cela n'empêche pas la réflexion individuelle et collective :
c'est un des buts de cette liste - qui n'est pas l'organe
officiel de la FNER ! - Je crois que nous avons beaucoup à
apprendre les uns des autres, en effet, qui de nous peut affirmer
qu'il n'a pas quelques images mentales bien précises lorsqu'il
évoque "le" RPI, ou "la" classe unique, ou
"l'"école du chef lieu de canton ? Images vraies ici,
mais erronées ailleurs. [...]
Maintenant, cela n'empêche pas non plus les choix et l'action.
Ainsi les CREPSC (essentiellement des enseignants de classe
unique), par ailleurs adhérents de la FNER, ont-ils choisi de
mettre le paquet sur les classes uniques, au nom de la pédagogie
qu'on y pratique et c'est vrai que si rien n'est fait, leur
disparition (condamnées par l'Administration, « et pourtant,
elles marchent »), risquerait de nous priver d'un savoir-faire
pédagogique, et au-delà, de relations humaines, tout à fait
... uniques. A ce titre, comme à d'autres (l'engagement des 3
partenaires, par exemple), la FNER doit à mon sens soutenir
activement ce combat (voir http://marelle.org/clauniques/propositions.html).
***
[Le message suivant, sur la liste "classes uniques", a relancé
doucement le débat]
SH, le 29/03/03
[...] Ma classe unique est menacée par un RPI. avec deux communes environnantes
qui voient une de leur deux classes fermées. Le RPI ne permettra pas à priori
de sauver ces classes car les effectifs semblent insuffisants. Les parents de la
commune se mobilisent car ils ne veulent pas de ce RPI.
J'ai effectivement des effectifs un peu juste pour la rentrée : 14 élèves.
Mais les prévisions pour les années à venir sont bonnes si tous les parents
de petits inscrivent leurs enfants à l'école.
L'inspectrice me dit que les textes interdisent la scolarisation des MS s'ils
n'ont pas 4 ans à la rentrée de septembre. (jusqu'à cette année, ils avaient
toujours été acceptés). Je ne trouve pas ce texte. Les parents voudraient que
les 3 ans soient scolarisés. Est-ce possible ? A partir de quel seuil
l'académie décide-t-elle de la fermeture d'une classe unique ? Les parents et
la municipalité peuvent-ils s'y opposer ? En cas de regroupement, est-il plus
facile de fermer une classe du RPI qu'une classe unique si l'effectif du RPI est
insuffisant ? [...]
***
GH, le 30/03/03
[...] Effectivement dans ma classe unique, je n'accepte les MS qu'à partir de
quatre ans révolus le jour de la rentrée et ceci avec dérogation de l'IEN.
Cependant,
vu l'effectif de l'an prochain : 10 (aujourd'hui nous sommes 13), l'IEN
a accepté d'étendre la dérogation aux enfants nés avant juin 2000, ce
qui donnera la présence de PS de 3 ans et 2 mois à la rentrée 2003.
Cette autorisation n'a pas été facile à obtenir mais l'inspecteur a
finalement
accepté devant les nombreux motifs : faible effectif, emploi de l'ATSEM
menacé, dérogations de secteurs trop nombreuses pour la mairie (8
parents
(dont moi) souhaitaient scolariser leur enfant en PS, l'école ne les
prenant pas, il fallait payer leur scolarité aux communes voisines soit
40000 F),
augmentation du budget de l'école (doublé) en cas d'accord.
Faites pression avec les parents, c'est tout ce que je vois. [...]
***
PP, le 02/04/03
Oui c'est plus facile de fermer une classe de RPI qu'une classe unique : un RPI
sur 2 communes (notre cas) reste pour l'administration (IA 42) deux entités
donc deux courriers, deux responsables, etc, mais devient un seul
groupement d'enfants pour récupérer un poste. Notre IA ne retient plus aucun
seuil d'ailleurs.
Un RPI c'est trop d'inconvénients pour peu d'avantages (j'ai des exemples !) même
avec de la bonne volonté des communes (transport, cantine, garderie...) ; c'est
en général les effectifs qui font naître cette demande chez les collègues et
rarement l'isolement des maîtres, l'intérêt des enfants ou, cerise sur le
gâteau, un désir de travail en équipe.
J'attendais beaucoup de la réflexion sur la mise en réseau des petites
structures : quelques exemples de types contractuels sont intéressants
mais il faut réussir à mettre tous les acteurs (enseignants, élus,
administration, parents) autour de la table.
[...] De quelques-uns des inconvénients du RPI :
Le transport ( les enfants sont moins libres de leur temps péri-scolaire dans
le cadre des activités de coopé ou de Cel puisqu'il doivent prendre le bus !).
La communauté scolaire (pour la reconstituer lors de décloisonnement, d'événements
il faut organiser d'autres transports).
L'équipe (sur plusieurs petites écoles, équipe de 4 à 10 collègues parfois
sans décharge).
Les partenaires (plusieurs mairies, plusieurs manifestations communales à gérer...).
Les familles (nécessité d'inventer des moments de rencontres pour rassembler
autour de l'école).
En bref, il me semble qu'il est intéressant de faire vivre côte à côte des
petites écoles avec leur communautés différentes plutôt que de vouloir
regrouper dans une structure morcelée grande consommatrice d'énergie.
***
Lu sur le site du "grand débat", le 05/12/03
Il y a les aspects pédagogiques qu'on ne développe pas assez. En voici
quelques uns: l'hétérogénéité est une vraie richesse. Contrairement aux
classes à cours unique, les classes multicours comportent plusieurs sections,
voir toutes dans les classes uniques. Cela permet un réel compagnonage entre
enfants, les petits poussant les grands, les grands tirant les petits;
l'enseignant peut travailler avec des petits groupes, chacun n'ayant pas besoin
des mêmes choses aux mêmes moments comme dans une classe à une section.
Chacun peut aussi aller en fonction de son rythme: la mise en place des cycles y
est alors naturelle; chaque enfant a ainsi les meilleures chances de réussir.
Dans les écoles rurales où des classes ont fermées, on dispose donc de
davantage de place: les anciennes classes peuvent servir de salle de sciences,
d'arts plastiques, etc... Les élus, les décideurs sont davantage à proximité.
Les parents peuvent être rencontrés plus facilement, les Associations de
Parents d'Elèves sont plus faciles à intégrer pour chacun d'eux. Par contre,
l'éducation nationale qui souhaite récupérer ces postes (elle préfère
regrouper pour mettre davantage d'enfants en face de chaque instit, le surcoût
lié au ramassage étant pris en charge par les collectivités locales, c'est à
dire aussi par nos impôts!), ne fait rien pour rendre ces postes attractifs.
Elle répend l'idée que ces structures sont mal équipées, ce qui est faux
(voir le site de la Fédération Nationale de l'Ecole Rurale); elle répend l'idée
qu'elles sont moins performantes, ce qui est faux (la direction de l'évaluation
de son propre ministère indique même, mais confidentiellement, que les classes
à plusieurs niveaux ont de meilleurs résultats que celle à un seul niveau!);
elle s'arrange pour que dans les formations, on fasse tout pour que les
enseignants ne sachent pas s'en débrouiller et que donc ils les fuient, etc...
Mais il existe aussi d'autres arguments que ceux pédagogiques, sans doute aussi
importants; ils rendent compte d'une organisation sociale vers laquelle nous
glissons doucement mais que nous devrions pouvoir choisir. Je la traduirai
ainsi: allons-nous continuer à grossir les villes, facteur aggravant de
violence, et à désertifier les campagnes? Comment ne pas penser que la
suppression de services identiques en ville et en campagne, de services de
proximité (ce qui n'est pas le cas de l'école au chef de lieu de canton ou que
les regroupements autoritaires où les enfants font du bus matin et soir, jour
après jour, année après année) ne provoquera pas une nouvellevague de départ
de ces milieux ruraux? Comment penser que des familles viendront s'installer
dans des lieux où il n'y a pas d'école, où leurs gamins seront trimballés
sans cesse, où l'enseignant sera difficilement rencontrable parce que ce
dernier fuit ce poste qu'il n'a pas choisi ou que l'école est hors commune de résidence?
Rêvons-nous d'un monde où nous irions de ville en ville en traversant des déserts
sauvages, des forêts vierges, ou des régions où ne parlera plus qu'anglais ou
néérlandais ou rien du tout? Pourquoi ne pas inciter à utiliser tout ce
territoire de plus en plus vaquant? Une école où il y a peu d'enfants coûte-t-elle
vraiment plus chère en argent public (toutes sources confondues) qu'une où il
y a plus d'enfants mais des enfants qu'on doit transporter, qu'on doit entasser,
qu'on doit couper de leur milieu de vie, de leur environnement proche? Est-ce
qu'on comptabilise aussi les effets financiers liés à la concentration (dégradations
plus importantes, suivi individuel moins efficace, bref un coût social
globalement bien plus élévé...)? Pourquoi un ministère de la ville? Pourquoi
pas un ministère des villes et des campagnes, du plus du moins, du haut du bas,
du ying du yang, bref un vrai ministère de l'aménagement du territoire, parce
que pour tendre une ficelle, il faut que les deux bouts soient tenus? Pourtant,
je sais que ce sont des familles plutôt jeunes (aussi pour des raisons de chèreté
des terrains ou des habitations de ville) qui voudraient s'installer en milieux
ruraux, je sais qu'ils y resteraient pour le plupart d'entre eux. Je sais aussi
qu'ils regardent d'abord l'école et ses services périscolaires: L'ECOLE EST
UNE CONDITION SINI QUA NON DE L'AMENAGEMENT DES TERRITOIRES RURAUX, et en plus ,
les enfants y sont bien et y apprennent bien, fait aujourd'hui démontré. Ce
que je dis ne sera pas repris, ça aussi je le sais. Un rapport en cours du sénateur
de mon secteur ( en vue de la préparation du projet de loi relatif au développement
des territoires ruraux), que j'ai reçu en tant qu'élu, ne fait même pas état
du rôle de l'école (ni même d'ailleurs des services publics tout courts) dans
ce développement... Mais quelques uns d'entre vous, si vous vous y retrouvez
dans cette usine à gaz, m'entendront peut-être... Une petite graîne sera semée
ou réactivée, un petit grain de sable placé dans la diffusion de la pensée
dominante peut-être...
***
rapporté par BC, ces échanges canadiens :
"À la question posée sur la possibilité d'envoyer mon enfant dans
une classe unique, je dirai non. En fait, je garde un très mauvais
souvenir sur les méthodes d'enseignement dans ce type d'école et ce,
depuis mon enfance. Il se peut qu'en France, les maîtres soient
préparés aux différents problèmes notamment d'ordre pédagogique dans ce
type de classe. L'enseignement en cours multiples est fréquent dans les
zones rurales marocaines isolées. Les enseignants ne sont pas préparés
à donner ce genre de cours. Ils sont souvent responsables de deux ou
trois cours. Je ne peux pas envoyer mon enfant dans ce type d'école car
j'ai eu moi même une courte expérience de ce type d'enseignement.
J'avais 10 ans. (...) Très contente, je suis allée dans une école
rurale pour la première fois avec mes cousins. Et là, il faut dire que
j'étais très surprise des méthodes de l'instituteur. Celui-ci, quand il
a terminé avec un groupe d'élèves, leur demandait de poser leur petites
têtes sur leur petites mains et de se reposer le temps qu'il termine
avec le deuxième groupe. Drôle de pédagogie. Souvent, les enfants
sombraient dans le sommeil, car ils étaient trop fatigués des trajets
qu'ils doivent emprunter quotidiennement pour arriver à l'école, ceci,
en plus des travaux domestiques dont ils sont chargés avant ou après
leur sortie de l'école. Bref, je n'ai pas beaucoup appris pendant ce
séjour et j'ai pris beaucoup de retard par rapport à mes camarades de
classe.
NH
"Pour ce qui est du concept de classe unique, j'aime beaucoup
l'idée à la condition "sine qua
non" que l'enfant puisse interagir avec plusieurs intervenants soit au
niveau des arts, du sport. Il n'en demeure pas moins que le fait
d'avoir un maître est une référence sécurisante pour l'enfant. Pour ce
qui est de le faire commencer à 3 ans, là ça me pose problème. Dès
qu'un enfant entre à l'école, il est parti pour la vie et fin de "la
petite enfance en famille"... alors là j'irais pour 5 ans et même 6 ans
avant de faire commencer cette grande aventure qu'est l'école. Les
valeurs que les parents veulent transmettre seront solides chez
l'enfant et le doute quant à la référence adulte en sera diminué.
Gina
Pour ma part l'enfant de 3 ans demande plus d'attention que celui de 10
ans. Il est difficile de demander à un petit homme de vaquer à ses
occupations pendant que l'on explique une théorie à un autre. Par
contre d'avoir un seul et unique "maître" pendant plusieurs années
assurent une plus grand complicité et surement un plus grand suivit.
LP
Non, je ne le ferais pas. Par contre, je suis pour les classes
multi-âges par cycle, soit maternelle, 1ère et 2e ensemble, 3e-4e et
ensuite 5e-6e. Le fait de changer de cycle et ainsi de professeurs aide
l'enfant à développer ses habilités à tisser des liens avec différents
types de personnes et le prépare mieux à vivre des changements qui ne
pourront faire autrement qu'arriver dans sa vie adulte. L'enfant sera
ainsi mieux préparé à vivre les changements et les transitions de façon
harmonieuse. Si on ne lui permet pas de le vivre par un changement de
classe comment pourra t'il réagir positivement lorsqu'il connaîtra des
changements dans sa vie adulte (départ de la maison, nouveau travail,
changement de patron, mise à pied, séparation,...)? Par contre, la
composition d'un groupe multi-âge permet à l'enfant de le sécuriser par
rapport à l'école et de l'éveiller aux apprentissages au contact des
plus grands et le responsabilise envers les plus jeunes lorsqu'il
grandit.
Isabelle
***
Lettre de la FNER au CNAL (fin mars 2011)
[...] à Mesdames et Messieurs les responsables du CNAL
Mesdames, Messieurs
Nous avons pris connaissance, sur votre site internet, de votre tract concernant la loi Carle.
Sans vouloir porter de jugement global sur son contenu, notre attention a été attirée par ce passage, à notre avis dangereux :
« Le développement des RPI avait pourtant permis, en mutualisant les moyens, de générer une offre éducative de qualité »
D'abord, cette affirmation n'a jamais été démontrée ; au contraire,
toutes les études dignes de foi (travaux de la DEP, de l'IREDU-Dijon,
de l'OET...) indiquent des résultats scolaires plutôt moins bons que
dans les écoles non regroupées, et ce malgré le déploiement de moyens
matériels, le recrutement de personnels (encadrement, intervenants), et
l'investissement parfois important des acteurs.
Par contre, cette même affirmation qui a permis à l'Administration,
d'ailleurs dans les mêmes termes que les vôtres, de vanter ses RPI,
risque fort de resservir pour promouvoir de nouveaux RPI ou
regroupements plus grands encore, dans lesquels vont être engloutis -
c'est déjà commencé - les plus petites écoles et progressivement les
RPI eux-mêmes...
C'est pourquoi nous souhaiterions que soit supprimé sur votre site, ce
passage qui, outre son inexactitude, a toutes les chances d'être
contre-productif.
Nous sommes à votre disposition, si vous le voulez, pour développer notre conception d'une "offre éducative de qualité".
Soyez assurés, Mesdames, Messieurs, de notre attachement à une école publique et laïque, de qualité et de proximité. [...]