L'État
et l'école
JP
*La réforme de l'Etat : c'est le débat sous-jacent à la
question de l'Ecole rurale et du dévelopement local... Qu'est-ce
qu'on en dit :
-on s'en fout parce qu'on est de toute façon contre l'Etat?
-on s'en fout parce qu'on vote Madelin et on ne veut de l'Etat
que la police et l'armée?
-on pense qu'il est important de garder un cadre national
républicain (équité entre les territoires) mais qu'il faut le
démocratiser : décentralisation, politique de contrats...
(suite) : Décentralisation ou déconcentration?...
Décentralisation, donc abandon par l'Etat de certaines de ses
prérogatives au profit des collectivités locales.
Déconcentration, donc l'Etat reste maître d'oeuvres mais en
donnant de l'autonomie à ses agents sur le terrain...
Quand nous défendons l'idée de contrat pluriannuel
Etat-collectivités locales, ne sommes nous pas sur une
troisième logique, celle du partenariat?..
Il faudrait aller plus au fond sur ces questions, bien nous
positionner d'où l'idée d'en faire un thème de recherche à
Paulmy.
A ce sujet une page dans le Monde après la bombe à retardement
lancée par Allègre après son départ... "Il faut confier
les écoles aux communes, les collèges aux départements, les
lycées aux régions... personnels compris".
Des réactions sur cette même page dont je cite quelques
extraits.
a- Michel Deschamps, ancien sec. gén. de la FSU : "Claude
Allègre a fait l'inverse de ce qu'il préconise aujourd'hui.
Tous les recteurs étaient aux ordres, sans aucun pouvoir
d'initiative. Il a mis en place un scénario autoritaire, une
Education Étatique et non Nationale"."Le défi
consiste à concilier le droit à l'expérimentation et à
l'initiative de terrain avec une forte cohérence
nationale".
b- Claude Goasguen, démocratie libérale, pense que la
décentralisation totale est infaisable et prône plus de
déconcentration : "une déconcentration bien appliquée va
plus loin que la décentralisation"; il préconise de
"donner plus de pouvoir aux chefs d'établissement".
c- Agnès Van Zanten, sociologue qui était intervenue au
colloque de la FNER à Poitiers : "Il manque dans le
système éducatif une régulation locale forte. Une certaine
autonomie des acteurs leur permettrait de prendre leurs
responsabilités", mais dans le contexte , "donner plus
d'autonomie aux établissements scolaires serait dangereux. On
risque d'être dépendant des logiques de carrières, des
stratégies individuelles"... Il vaudrait mieux "faire
réfléchir les acteurs en terme d'organisation, trouver des
espaces de discussion, plutôt que de nouvelles répartitions
institutionnelles".
[A propos de la fermeture annoncée de l'école maternelle de
Montaigu (39)] Ce que
le maire entreprend est assez nouveau, n'est-il pas : le conseil
municipal vote le maintien de la classe maternelle, met une
petite annonce pour trouver un enseignant... comme le dit JCL, il s'agit d'une démarche pour l'ouverture d'une école
privée communale.
Je lui ai demandé s'il envisageait cette démarche comme une
initiative à long terme ou comme un moyen de pression sur
l'administration pour obtenir la réouverture du poste à la
rentrée... Dans le deuxième cas, il me semble plus prudent de
faire appel à un enseignant à la retraite par exemple...
montrer ainsi que les besoins existent, et que l'école est
viable, faire jouer les media autour de ça... un peu comme ça
s'est fait dans le Doubs il y a quelques années (et ça avait
marché, je crois).
Sinon, en recrutant soi même son enseignant, la commune risque
de couper définitivement avec l'Institution Education Nationale
qui n'aura pas de mal à dénoncer l'irresponsabilité d'une
telle initiative et à ébranler les parents d'élèves.
Mais c'est un choix de la commune...
************
MT
" LES LOIS NE SONT QUAND MÊME PAS FAITES POUR LES CHIENS
"…
La loi du 30 octobre 1886 tient toujours…" Toute
commune doit être pourvue d'une école publique "…
Depuis, beaucoup d'eau (polluée) a coulé…N'irait-on pas
aujourd'hui vers une urbanisation totale des ruraux ?
L'école primaire, creuset de la formation, de l'enseignement et
de l'éducation des jeunes scolaires est aussi un lien
sociologique fort entre les habitants de nos villages. Pour les
conseils municipaux, l'école est parfois source d'enjeux,
souvent source de dépenses difficilement compressibles, toujours
source de vigilance et d'attention. Mais l'École peut devenir
aussi la cause de conflits entre l'Éducation Nationale -
toujours à la recherche d'économies - et les partisans du
maintien des écoles au nom d'un égal accès au Service Public.
À la fin du 19 ème siècle, époque où le rural peuplait une
grande partie du territoire national, les lois scolaires
fondamentales organisèrent l'Instruction Publique et donnèrent
à nos villages la construction typique qui abritait la
mairie-école. Certaines dispositions législatives de cette
époque subsistent mais ne sont pas appliquées. Pourtant, elles
permettraient une autre gestion de l'actuelle situation scolaire
en milieu rural. De plus récentes ont été promulguées qui ne
sont pas plus suivies. L'Éducation Nationale se placerait-elle
au-dessus des Lois ?
Extrait de l'article 11 de la loi du 30 octobre 1886 portant sur
l'organisation de l'enseignement primaire : "Toute commune
doit être pourvue au moins d'une école primaire publique. Il en
est de même de tout hameau séparé du chef-lieu ou de toute
autre agglomération par une distance de trois kilomètres et
réunissant au moins quinze enfants d'âge scolaire."
Ce texte n'a pas empêché des fermetures d'écoles autoritaires
dans le cadre de la carte scolaire dont les dispositions
n'apparaissent dans aucun document consultable et contestable par
les usagers.
L'école rurale doit se conformer au modèle urbain ou
disparaître.
À la fin des années 50, la prolongation de la scolarité qui a
conduit au collège les enfants âgés de plus de onze ans -
aggravée par la dépopulation des campagnes - a provoqué la
fermeture de nombreuses écoles rurales dont les effectifs
avaient fondu brutalement. Malgré tout, si on veut bien se
référer aux photographies des classes de villages de cette
époque, il est facile de constater que les effectifs y étaient
souvent modestes. À cette époque, l'Éducation Nationale avait
plus d'égards pour la ruralité. Alors, à partir de 1960, la
grande rénovation de l'école rurale s'est mise en place. Exit
les écoles désuètes à plusieurs cours, il fallait que les
jeunes ruraux bénéficient d'un enseignement " de qualité
égale " à celui dispensé en ville. Place alors aux
regroupements pédagogiques dans lesquels se retrouvaient un
maître, une classe, un cours. Effectifs en baisse, préjugés
défavorables à l'encontre des classes à plusieurs cours, les
termes signifiant la fin des petites structures - et donc des
classes uniques de villages - étaient posés. L'Éducation
Nationale pouvait ainsi récupérer des postes ; à charge pour
les collectivités locales d'organiser et de financer les
transports et les accueils.
Paroles de ministres.
Et pourtant… Déjà en 1987, une note de service
ministérielle adressée aux inspecteurs d'académie disait
"qu'une attention particulière sera apportée aux petites
écoles rurales. Il n'y a pas de solution générale en la
matière : l'école à classe unique rénovée et insérée dans
un réseau scolaire peut être une bonne formule…"
Texte passé à la trappe et pas plus appliqué que la dernière
circulaire de Madame S. Royal, alors ministre chargée de
l'enseignement scolaire qui reprenait la même proposition dans
une circulaire adressée en décembre 1998 aux inspecteurs
d'académie : " C'est pourquoi chaque école à classe
unique doit faire l'objet d'un réexamen de sa situation dans le
cadre d'une démarche dynamique et négociée " .
Pas plus coûteuse et d'aussi bons résultats.
Et pourtant… Selon des études menées par des chercheurs
indépendants (A. Mingat et C. Ogier), toutes dépenses
confondues, la charge financière est similaire, que
l'organisation scolaire soit regroupée ou qu'elle soit
dispersée en plusieurs écoles de village.
Et pourtant… Des travaux menés par F. Œuvrard en 1990,
il apparaît que les réussites sont aussi bonnes voire
meilleures dans les écoles à petites structures - et donc les
classes uniques - que dans les écoles à un seul cours. En 1996,
C. Leroy-Audoin et A. Mingat en rajoutent une couche à la suite
d'une étude d'où il ressort, entre autres, que les risques de
redoubler la 6ème sont nettement inférieurs pour les élèves
issus des classes à cours multiples ou de classe unique par
rapport à ceux scolarisés en cours simple. Et de conclure :
" Dans une perspective de politique éducative, les
résultats obtenus invitent sans doute à reconsidérer un
certain nombre de dispositions prises entre 1960 et 1989 à
l'égard de l'école rurale, notamment en matière de groupement
d'élèves, de fermeture de classe et de transports scolaires.
"
Et pourtant…L'article 24-1 du décret n° 99-895 annonce :
"Tout projet de réorganisation d'ensemble ou de fermeture,
dans le département, d'une administration civile de l'État,
d'un organisme chargé d'une mission de service public … et
modifiant les conditions d'exécution du service rendu aux
usagers, donne lieu à une concertation locale organisée par le
préfet, à partir d'une étude d'impact réalisée par
l'autorité qui est à l'origine du projet" . En ce qui
concerne la concertation et l'étude d'impact, il faudra encore
attendre pour qu'elles aient lieu. Quand toutes les écoles
rurales seront supprimées ?
C'est à croire que l'Éducation Nationale n'aime pas la
ruralité et que son action doit être toute tournée vers un but
unique : que tous les citoyens soient urbanisés, qu'ils le
veuillent ou non.
************
JP, le 7 octobre 2002
Le Monde annonce : "M Raffarin propose
une organisation décentralisée de la République".
Devrait suivre
un projet de loi constitutionnelle.
Les collectivités territoriales -conseils régionaux,
conseils généraux...- pourraient "déroger à la loi de façon
transitoire et à titre expérimental"... Elles auraient "vocation
à exercer l'ensemble des compétences qui peuvent les mieux être mises en
oeuvre à l'échelle de leur ressort".
Sans doute faut-il attendre un peu pour connaître
l'étendue du projet.
Déjà, certaines régions revendiquent d'expérimenter
"un transfert de compétence sur l'ensemble du bloc éducatif". Il
s'agirait alors d'un projet considérable... et qui nous concerne au plus
haut point, sur le plan de l'Ecole d'abord, mais plus largement sur les
questions de l'aménagement du territoire.
Quelques remarques :
*République décentralisée?
République?: sans
doute Raffarin utilise-t-il ce terme pour rassurer une partie de son électorat
RPR... Mais il paraît ici un peu déplacé. Le mot est employé
à toutes les sauces, et par les hommes politiques et par les media. Il était
arboré pendant les manifestations anti-Le Pen avant le deuxième tour de la
présidentielle.
Je pense qu'il y a confusion.
République est différent de démocratie,
historiquement et philosophiquement.
La République suppose la démocratie, avec
quelque chose en plus. Trier ses déchets chez soi n'est pas suffisant
pour être citoyen (là encore un mot employé n'importe comment...);
être républicain c'est plus que défendre les libertés
individuelles...
La République suppose un élan, un projet
collectif, des citoyens engagés ensemble dans une dynamique émancipatrice
qui réunit.
Elle suppose que la chose publique est
prioritaire et qu'elle est portée par un Etat qui la protège des appétits
particuliers.
Rien de moins républicain que l'air du temps,
l'individualisme triomphant, l'exacerbation des différences, la démagogie
anti-Etat, l'argent roi...
En fait, les manifestants anti-Le Pen voulaient
défendre la Démocratie... et ils avaient raison.
En fait, Raffarin aurait du parler de démocratie
décentralisée...
Décentralisée? :
Le projet veut bien décentraliser... de Paris jusqu'aux régions, mais
pas seulement... Il veut aussi transférer certaines compétences de l'Etat
aux collectivités locales. Il ne fait pas que déplacer géographiquement, il
déplace juridiquement. Il s'agit dans plutôt d'une désétatisation.
Je propose donc qu'on parle ici d'un
projet de démocratie désétatisée.
*L'Etat est la pire des choses excepté
toutes les autres
Les Etats ne se sont pas créés uniquement
comme appareil répressif ou pour satisfaire les désirs sadiques d'un tyran
quelconque... A un moment donné historique, il y a eu toujours une demande du
peuple, des faibles, pour avoir une protection, contre l'arbitraire des féodaux
par exemple, ou contre les bandits de grand chemin.
Au début de la Révolution, c'est au Roi que
le peuple demande justice.
La troisième République est plébiscitée
parce qu'elle apporte la paix, la prospérité, la stabilité politique...
et parce qu'elle offre avec l'Ecole une possibilité d'ascension sociale.
Aujourd'hui encore, tant que nous ne sommes pas sous
un régime de République universelle, l'Etat-Nation paraît être le seul
rempart contre la mondialisation sauvage, le seul à pouvoir protéger
les pays du sud de l'appétit des marchés... Le capitalisme n'aime pas l'Etat
et ses réglementations...
Nous sommes bien placés pour savoir que l'Etat
est insupportable, tatillon, mal géré et qu'il bride les inititiatives...
Les conditions de sa construction en France (monarchie absolue, puis son
pendant jacobin) en ont fait un état trop centralisé (tout est à Paris), très
hiérarchisé, très autoritaire...
Il faudrait certainement une réforme de l'Etat
pour déplacer les centres de décisions... Mais dans le projet de Raffarin,
il ne s'agit pas de cela, et pour cause... puisque l'Etat disparaîtrait de
certains domaines de la vie publique...
Une République décentralisée ne
ferait pas de transfert de compétences. Elle réorganiserait le
fonctionnement des services de l'Etat, pour plus d'autonomie donnée aux
agents de l'Etat sur le plan local.
A la fner, nous avons défendu cette idée par
exemple d'une autonomie des établissements scolaires... Mais
certainement pas d'un transfert aux collectivités locales...
*Nous avons plus à craindre des collectivités
locales que de l'Etat
Chaque enseignant a pu vérifier dans sa carrière
que sa liberté pédagogique a plus à craindre des groupes de pression
extérieurs - certains élus revanchards, certains parents acariâtres,
certains lobbies partisans - que de la hiérarchie (pesante certes, mais
finalement souvent protectrice) de l'Education Nationale.
Nous portons un projet éducatif pour l'intérêt
de tous, nous demandons aux parents et aux élus de s'y associer... nous ne
sommes pas les agents des intérêts particuliers des uns ou des autres.
N'oublions pas que Célestin Freinet a d'abord
eu des ennuis dans sa carrière avec les élus locaux et la presse des Alpes
Maritimes... et je pense que les mouvements pédagogiques peuvent s'épanouir
plus facilement dans le giron de l'Etat qu'ils ne le pourraient sous la
tutelle des pouvoirs locaux.
Ces pouvoirs locaux sont tenus par des féodalités
de parti (mis à part peut-être à l'échelon de la commune... et encore...).
Ici, par exemple, Malvy, maire de Figeac et Président du conseil régional,
tient tout, avec la bénédiction de la Dépêche... Pas une décision un peu
importante pour l'avenir du territoire sans son aval. Pas une élection de Président
de communautés de communes sans le blanc-seing du Parti Socialiste. Ici,
c'est le Ps, là ce sera l'Udf.. ou l'UMP...
J'imagine ce qui se passera quand ils auront la
compétence école.
Les pouvoirs locaux gèrent sans vision à long
terme... parce qu'ils sont tenus par les échéances électorales. Là où l'Etat
peut encore prévoir, réguler, planifier, équilibrer (il est vrai qu'il le
fait de moins en moins), le pouvoir local est dans l'urgence. Je parie qu'il
sera encore plus dur dans sa gestion, notamment avec les petites structures :
le Ségala lotois pèse beaucoup moins lourd électoralement que la région
toulousaine...
Les lobbies régionalistes s'en donneront à
coeur joie, les mafias locales auront les coudées franches... Je ne
suis pas sûr que la "démocratie de proximité" y gagnera.
*Proximité et France d'en bas
C'est le cheval de bataille de la Fner. C'est
le grand mot de Raffarin.
Mais notre proximité à nous c'est celle du
facteur qui va porter la lettre jusqu'au bout du chemin et qui aide le petit
vieux à remplir son formulaire, ce sont les effectifs de gendarmerie,
c'est la classe unique maintenue à Labathude, c'est le maintien de la gare d'Assier...
Ce sont donc aussi des services publics et un Etat qui garantit, plus proche,
plus présent.
*Il y aura peu de résistance
Ce projet fera la quasi-unanimité des
politiques et de l'opinion publique...
Raffarin ne fait qu'achever ce que le Ps a
commencé. Jospin élu, le même projet était déposé. Lang ne s'en cachait
pas. (N'oublions pas que c'est Lang, ministre de la culture qui a privatisé
TF1 -ah! la liberté des media! ah le mieux-disant culturel!-... nous avons
maintenant Loft Story sur toutes les chaînes).
Le terrain est prêt : "le principe d'unité
n'implique pas l'uniformité".
Depuis trente ans la ritournelle est la même.
L'Etat, c'est forcément présenté comme
rigide, loin des gens, répressif, étouffant... Union soviétique, Ortf,
Edf... (alors que ça pourrait être autre chose). La Liberté, coco!, c'est
moins d'Etat (ou plus d'Etat du tout) c'est souple, moderne, déréglementée,
sans entraves... Mai 68, TF1, Vivendi...
Cohn Bendit se dit libéral-libertaire... Le
consensus est libéral-libertaire... de Bayrou à Mamère, de Sarkosy à
Fabius... Les classes moyennes sont libérales-libertaires...
Je doute que les syndicats bougent beaucoup -
ceux qui vont au colloque du Snuipp sur l'Ecole rurale nous le diront...
Je suppose que certains considéreront comme
beaucoup plus important de se battre pour les décharges des directeurs...
Et il y a les élections professionnelles...
A la fner moribonde, où dire "Etat"
était déjà pour certains prononcer un gros mot... je doute faire l'unanimité...
Nous sommes marqués par notre faible implantation sur le terrain, par une
vision naïve de la ruralité et par nos préjugés pédagogiques.
Avec d'autres, j'ai depuis plusieurs années
bataillé pour dire :
-que la ruralité ne se limite pas aux
initiatives sympathiques des néos ruraux...
-que la question de l'école rurale est
aussi une question d'aménagement du territoire et de service public... et
donc une question éminemment politique.
-que le cadre national de l'Etat protége les
projets éducatifs des groupes de pression et des lobbies.
-que la vocation de l'Etat est aussi de protéger
les populations et les territoires les plus faibles.
-qu'il y a incohérence à réclamer à l'Etat
le maintien des petites structures et de dénoncer sans arrêt
l'"Institution répressive"...
Mais les choses vont se clarifier... Ou plutôt
Raffarin les clarifiera pour nous.
*Mémoire courte
Il y a quatre mois, à la stupéfaction générale,
Le Pen était présent au deuxième tour.. et faisait plus de 20% des voix.
Stupéfaction générale des media, des politiques... Et tout le monde de se
battre la coulpe... et comment nous n'avons pas vu venir?... et comment
se fait-ce?... Et de manifester, comme un aveu d'impuissance, contre un
soi-disant danger fasciste.
Les classes moyennes (dont nous sommes, dont je
suis) débarquaient sur la terre et s'apercevaient qu'il y avait un peuple,
des petites gens prêtes à se jeter dans les bras du premier protecteur venu.
Des petites gens abandonnées par des années de dérèglementation, de
chomage, de moins d'Etat, de perte du lien social, de la lente disparition des
services publics...
Quatre mois après... Quelle amnésie!...
Raffarin pense que c'est un problème de communication. ... Les socialistes et
les verts pensent qu'il faut achever de "moderniser" la France...
Etre de gauche n'est plus alors qu'une question de look et de pose
culturelle... Le Monde et Libération fustigent les discours ringards...
Quelle amnésie!..
30% pour Le Pen aux prochaines élections.
************
MB
La contribution précédente soulève des problèmes fondamentaux...
Je suis d'accord sur presque tout, mettons sur 98%, en particulier le retour
vers une sorte de féodalité de fait, doublée d'une déresponsabilisation :
quand ça m'arrange, c'est pas moi qui décide, c'est l'Europe, l'Etat, la région,
le département, la communauté de communes, etc...
Par contre, je ne pense pas que dans notre majorité, nous
soyons contre une école publique, c'est-à-dire d'Etat : Le "N" de
FNER reste d'actualité. Notre vision de la ruralité est très certainement
partielle, vu notre faible implantation sur le terrain (voire partiale et/ou
utopique), parfois "naïve" sans doute, mais moins que celle des décideurs
de l'aménagement du territoire et de l'Ecole ! Quant à la pédagogie, l'école
rurale a été attaquée (et elle l'est toujours de façon récurrente) sur ce
terrain qu'il a fallu et qu'il faut encore défendre à tout prix, parce qu'il
est au contraire un atout : entendons-nous bien, je ne parle pas de tel type
de pédagogie en particulier, puisque les études qui démontrent les bons résultats
scolaires en école rurale sont faites toutes pédagogies confondues ; je
parle, à travers toute la diversité des méthodes pédagogiques, de la
dimension humaine que ces types de structure induisent ou peuvent induire (ce
qui est si bien montré dans le film "être et avoir"), qui se
traduit, pour ne citer qu'un exemple, par la plus grande proportion d'enfants
issus des classes à plusieurs cours, à participer activement à la vie
collective dans les collèges et au-delà. Par contre, je suis d'accord pour
dire que chacun doit voir plus loin que son domaine de compétences, et qu'on
a encore beaucoup à faire en ce domaine...
Bon, cela dit, sur les 98% du message, bravo pour le fond, si
bien démont(r)é, et aussi pour la forme : quelle plume ! Et merci pour la
contribution, car à Olby, s'il est question de stratégie de la FNER, il faut
savoir sur quelles lignes fortes s'appuyer, avec qui et contre qui agir (les
pouvoirs locaux, le pouvoir central)...
************
JBG
Le président de mon SIVOM, principal de collège, souvent bien informé,
m'a parlé d'un projet de réforme qui me semble mettre en danger les
petites structures rurales. Le modèle "Raffarin" voudrait transformer
les écoles urbaines et rurales en E.P.L.E.à l'image des collèges avec
un principal recruté selon les mêmes modes, un secrétaire...Ce
principal aurait autorité sur le personnel enseignant ou de service,
serait le président du conseil d'administration , etc...etc... L'I.E.N.
ne serait plus notre supérieur hiérarchique, mais seulement un
inspecteur pédagogique comme le sont les I.P.R. dans le secondaire.
N'irait-on pas vers une fonctionnarisation administrative de notre
mission ? Les communes ne seraient-elles pas incitées à construire des
collèges élémentaires pour nécessité de service ? La mise en place des
R.P.I. puis des R.R.E. ne va-t-elle pas dans ce sens ? On nous aurait
menti ???
Après la suppression du Congé de Fin d'Activité concernant nos
collègues des collèges sans que personne ne bouge et dans la
perspective de 5 années sans élections nationales, la droite de
Raffarin ne va-t-elle pas tenter de nous sacrifier sur l'autel des
restrictions budgétaires qui visent tout particulièrement l'Education ?
Quelqu'un a-t-il des infos sur ce projet qui remettrait en question le
fonctionnement actuel de nos écoles rurales et l'engagement de ceux qui
les font vivre ?
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PP
Où commence l'école rurale et à combien ? le rural c'est où ? Moi, je
croyais que c'était une question de territoire, de proportion de types
d'activités, de maillage, de service public en voie de disparition
enfin bref je m'informe dans les rapports de l'INSEE etc...
Eh bien voici un autre point de vue, sous forme de racontar :
Mon mari travaille dans un centre de formation aux techniques de
l'élevage laitier à cinq minutes du centre ville d'Annecy. Eh ! oui, il
y a la ferme, les vaches, les stagiaires, les terres et les bâtiments
agricoles, et derrière la colline cette bonne vieille bourgade avec son
lac, sa ZAC, sa ZUP ... et peut-être même son REP ! Tout ça pour dire
qu'il se demande bien s'il est encore en territoire rural au prix où se
négocient les terrains alentour ! (ce pourrait être un indice !)
Donc, dînant dans un resto de la-dite bourgade, une jeune serveuse
s'inquiétait de savoir si nous faisions partie des touristes ordinaires
; s'entendant répondre que non, elle s'enquit de notre éloignement
(nous étions arrivés tôt), au seul nom de Poisy elle s'exclama :
"mince, mais c'est loin tout de même et c'est la campagne là-bas, il y a même des vaches !"
Je lui fis remarquer que la ligne de bus arrivait jusqu'à Poisy et
qu'en dix minutes nous pouvions être dans la file d'attente du cinéma...
"Tout de même, y a rien là-bas !" remarqua-t-elle.
A sa décharge, le village a poussé comme un champignon, privilégiant plus le loti au locatif.
Pour faire court, pour certains, il y aurait donc le territoire de la
ville et puis l'au-delà "là ou il n'y a rien ... et des vaches" ce
serait ça "le rural" !
Donc tout le reste !
Ça ferait une bonne formule : Nous sommes tous des ruraux !
pis ceux qu'on qu'des champs, c'est tant pis pour eux !
************
JP
A propos de la question de proximité [...], je pense qu'il faut
être prudent sur le mot : peut-être ne l'a-t-on pas été assez (moi le
premier)... parce qu'il pose problème.
Je pense que la proximité n'est pas une fin, mais un moyen possible. Je m'explique :
Pour moi, l'objectif, la fin en soi c'est une meilleure école publique
pour l'émancipation et l'épanouissement de tous les enfants : savoirs,
bien-être, citoyenneté...
Publique : pour tous! donc égalité des territoires, donc proximité.
Meilleure : donc respectueuse de l'élève (de tous les élèves), proche
des familles (de toutes les familles) et des élus... plus
"démocratique" en fait.
Hors ces boussoles, les territoires et l'école publique, la proximité
peut avoir des effets pervers : le repli sur soi, la courte vue, les
intérêts particuliers au détriment de l'intérêt public...
C'est sous cet angle que j'envisage les relations autour de l'école, la
question de l'expérimentation et les pratiques pédagogiques.
Donc, ça me gêne un peu d'afficher la question de la proximité comme
une évidence : je préfère l'avancer comme une problématique.
Un des enjeux des journées de juillet serait justement de comprendre à
quelles conditions la proximité peut être un cheval de bataille.
J'ai dans les brouillons de l'ordinateur un texte sur cette question que je n'ai jamais fini. Je m'y attelle.
Amicalement. Jean.
************
JBG
J'ai participé, en tant que représentant de la FNER, à un débat sur
l'école rurale suite à la projection du film "Etre et avoir" (Mieux
vaut tard que jamais !). Très intéressant, devant 150 personnes
sensibilisées par l'avenir de l'école rurale, avec la participation de
2 sociologues et d'un représentant du Comité de REflexion et d'Action
Laïque de Seine Maritime.
En tant que coordonnateur de Réseau Rural d'Education, j'ai été
interpellé à ce sujet. En recoupant les témoignages d'élus, de parents,
d'enseignants, il me semble qu'un réel danger existe, lié à la mise en
place des communautés de communes.
Les écoles rurales pourront
être maintenues plus facilement tant que les communes garderont le
pouvoir de décision. Mais qu'en sera-t-il quand les communes seront
supplantées par les communautés de communes qui, comme chacun le sait,
ne sont pas vraiment démocratiques puisque sans être soumises au
suffrage direct elles peuvent imposer leur "loi" à une commune hostile
située dans leur périmètre ?
Qu'adviendrait-il d'une classe unique quand, par exemple, le président de la
communauté de communes serait le maire du chef lieu de canton, sachant que le directeur
administratif de cette communautés de communes est un fonctionnaire territorial et non un élu ?
Les décisions de mise en RPI ou en RRE sont déjà uniquement du ressort
des élus. Alors à quand la communauté d'écoles décidée par les membres
de la communautés de communes ?
Ceci justifierait-il les "cadeaux"
faits par l'Administration pour nous encourager à mettre ce dispositif
en place ? Ce qui me semblait être une chance d'ouverture pour les
écoles rurales dans une dynamique de groupe deviendrait-il alors une
menace ? [...]
************
JP
Dans le Lot ce sont les présidents de communautés de communes qui sont les
interlocuteurs privilégiés de l'Institution... Elle a une longueur d'avance
: déjà elle raisonne dans un territoire rural remodelé au-dessus des
communes.
************
PS, le 30/11/04
[...] Suite à
"l'agitation" que nous avons créée ici [dans les Yvelines], deux
ministres (Fillon et Larcher) nous ont répondu : l'un par écrit, par
l'intermédiaire du très médiatique député de la 10ème circonscription
des Yvelines, Christine Boutin, l'autre oralement devant l'Assemblée
Générale de l'Union des Maires des Yvelines (donc devant de nombreux
témoins)... Les réponses sont rassurantes, mais comme elles n'engagent
que ceux qui les croient, nous allons pousser un peu plus loin et
demander l'abrogation de l'article 86 de la loi de décentralisation du
13 août dernier, puisqu'on nous dit que rien ne changera et que les
élus locaux garderont leurs prérogatives, en citant l'exemple des
nombreux RPI qui existent déjà...
Si on se réfère à ce qui existe déjà, pas besoin de l'article 86... En
fait, il n'est là que pour amorcer une territorialisation de
l'enseignement primaire, par la création des Établissements Locaux du
Premier Degré (un des nombreux noms donnés), pour opposer les EPCI aux
communes et pour donner un sens à la nomination d'un coordonnateur de
réseau, sorte de super directeur, qui sera désigné par les IA sans
passer par les instances paritaires, avec remise en cause tous les 3 ou
5 ans au vu d'un bilan par rapport à un projet établi par des comités
locaux d'enseignement (élus, parents, enseignants). Le gouvernement ne
souhaitait pas que cela passe par le cadre de la loi d'orientation,
pour ne pas se mettre un peu plus à dos les élus ruraux : par le biais
de la loi de décentralisation, c'est plus finement joué, parce que cela
met en opposition les communes et les groupements de communes: le choix
politique est clair. On souhaite à terme priver les élus des petites
communes de tous pouvoirs, parce que comme on l'a vu dans la Creuse ou
au Congrès des Maires ils ne marchent pas au pas... Alors que les
présidents d'EPCI, surtout des super EPCI souhaités par De Villepin et
Copé (cf. leur circulaire du mois de septembre 2004) sont déjà des
politiques enrégimentés dans une ligne de partis et plus faciles à
diriger... Mais on est des irréductibles Gaulois et on ne se laissera
pas manger... Vive la très puissante Fédération des Écoles Rurales
!
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