[Le rapport complet, ainsi que les renvois bibliographiques
se trouvent à l'adresse :
http://www.senat.fr/rap/r02-241/r02-241.html]
Le rural retrouve au sein du corps social une perspective
positive : aux racines, à l'authentique, s'ajoutent une montée de
l'exigence de cadre et de qualité de vie renouvelant les exigences de la société.
Entre l'urbain et le rural s'est produite une inversion des valeurs, à la
faveur d'une perception du rural redevenue positive.
Ces mutations, qui accompagnent une banalisation des comportements et des modes
de vie au profit de l'urbain, sont porteuses de conflits d'usages, et de
conflits de valeurs délicats à gérer dans le cadre d'une politique d'aménagement
du territoire qui se doit de ne pas considérer nos campagnes comme le résidu
d'une civilisation citadine.
Comme le propose Robert Chapuis, en premier lieu il convient de définir « l'espace rural français» au travers de deux définitions possibles, reposant sur des critères plus ou moins quantitatifs. A titre de comparaison, et pour montrer les variations d'un pays à l'autre, on présentera quelques définitions étrangères.
A. UNE DÉFINITION BASÉE SUR LES RELATIONS AVEC LA NATURE
L'espace rural se caractérise par une densité de population relativement faible, par un paysage à couverture végétale prépondérante (champs, prairies, forêts, autres espaces naturels), par une activité agricole relativement importante, du moins par les surfaces qu'elle occupe.
B. LES DÉFINITIONS DE L'INSEE...
En France, durant de nombreuses décennies, le découpage du
territoire reposait sur la notion d'agglomération ou unité urbaine basée sur
la continuité de l'habitat. Il s'agissait d'un ensemble de communes dont le
territoire était partiellement couvert par une zone bâtie d'au moins 2 000 habitants.
Dans cette zone bâtie, les constructions étaient séparées de leurs voisines
de moins de 200 mètres. Les campagnes, ou espaces ruraux, étaient en quelque
sorte le négatif des agglomérations.
A présent, l'INSEE distingue toujours deux grands types d'espaces, mais avec
des définitions différentes : d'une part, l'espace à dominante urbaine où
sont inclus, outre les pôles urbains, les couronnes périurbaines et les
communes multipolarisées (plus de 40 % de la population active y
travaillent dans une aire urbaine), d'autre part l'espace à dominante rurale,
lui-même divisé en sept sous-types.
Si l'on peut incontestablement considérer comme rurales les communes de
l'espace à dominante rurale, la question se pose toutefois de savoir si les
couronnes périurbaines et les communes multipolarisées peuvent être caractérisées
comme rurales. On répondra ici par l'affirmative car, si ces communes sont
fonctionnellement dépendantes des pôles urbains, leurs habitants sont
massivement d'accord pour estimer qu'ils habitent la campagne et la couverture végétale
y reste très prépondérante : nous les inclurons donc dans l'espace rural
aux côtés de l'espace à dominante rurale.
Ainsi défini, l'espace rural comptait 22,8 millions d'habitants en 1999
(22,2 millions en 1990). Cette définition a cependant l'inconvénient de
considérer que l'espace rural s'organise en partie en fonction de la proximité
et de la taille des villes : même si ce « modèle » de la
campagne correspond largement à la réalité, il est cependant réducteur de la
complexité rurale.
C. A L'ÉTRANGER, DES DÉFINITIONS DU RURAL TRÈS DIVERSES
Ces définitions sont extraordinairement variées puisque
l'annuaire des Nations Unies en recense une centaine. La méthode la plus
courante consiste à fixer une taille limite entre ville et campagne, limite qui
varie cependant sensiblement d'un Etat à l'autre. Le seuil des 2 000
habitants par unité administrative de base (la commune pour la France, par
exemple), le plus utilisé, a été choisi dans des pays aussi différents que
la France, l'Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas, Israël, l'Ethiopie, le
Liberia, le Honduras, la Bolivie, Cuba ; la limite très voisine de 2 500
habitants, elle aussi fréquente, est utilisée aux Etats-Unis, au Mexique, au
Venezuela, à Porto-Rico, à Bahrein. Le seuil des 5 000 habitants
est retenu dans plusieurs pays d'Afrique (Cameroun, Soudan, Tchad) ainsi qu'en
Inde, en Iran, en Autriche, en Tchécoslovaquie. La limite peut cependant monter
jusqu'à 10 000 habitants (Sénégal, Jordanie, Portugal) et même à
50 000 au Japon, pour tomber à 1 000 habitants au Canada, en
Nouvelle-Zélande, en Irlande, à 500 en Papouasie-Nouvelle-Guinée, à 400 en
Albanie et à 200 dans les pays scandinaves.
Certaines définitions étrangères intègrent d'autres critères, en plus de la
taille : nature des activités (pourcentage d'actifs agricoles relativement élevé
par exemple), densité maximum de population (390 habitants/km² en Inde),
manque de certains équipements (au Cameroun, en Inde). Enfin, les critères
sont parfois purement administratifs : les chefs-lieux d'un certain niveau
peuvent être considérés comme des villes, quelle que soit leur population, ou
bien l'administration dresse elle-même la liste des villes (plusieurs pays
africains, ainsi que la Hongrie).
La notion d'espace rural est donc floue et varie d'un pays à l'autre. De
ce fait, il faut se donner une définition précise et s'y tenir si l'on
veut pouvoir suivre des évolutions. Nous retiendrons ici la deuxième définition,
celle de l'INSEE, pour laquelle des statistiques globales sont disponibles
et qui, rappelons-le, inclura dans l'espace rural les communes des couronnes périurbaines
et celles des espaces multipolarisés que nous regrouperons sous le terme générique
de "communes périurbaines".
Selon Robert Chapuis, les espaces ruraux ont connu trois transformations majeures au cours de ces vingt dernières années, certaines déjà largement amorcées précédemment, d'autres apparues plus récemment.
A. DES COMPORTEMENTS DES RURAUX DE PLUS EN PLUS URBAINS, ET UN REGARD DES CITADINS SUR L'ESPACE RURAL DEVENU POSITIF
L'image d'un monde rural replié sur lui-même, d'un mode
de vie rural particulier et autonome n'est évidemment plus de mise. Les ruraux
français se sont ouverts sur la planète entière par l'intermédiaire de
la télévision (la quasi totalité des ménages en est dotée et les ruraux
sont des téléspectateurs particulièrement assidus), de l'internet (même si
ce média est encore moins utilisé qu'en ville), des voyages touristiques, etc.
Les agriculteurs ont été soumis aux pressions de l'Organisation Mondiale du
Commerce dont les décisions ont fortement contribué à l'inflexion de la
Politique agricole commune vers une baisse des prix agricoles et un soutien
direct aux agriculteurs, etc. Les entreprises industrielles rurales,
agro-alimentaires ou autres, sont désormais soumises à une concurrence
mondiale.
Les ruraux se sont ouverts sur l'Europe. La PAC règle plus que jamais la
vie et le revenu de nos agriculteurs. L'orientation vers une agriculture plus
durable a amené ces derniers à utiliser des techniques plus respectueuses de
l'environnement (la consommation des engrais chimiques est en baisse). La mise
en place d'une politique régionale européenne a eu des impacts, significatifs
même s'ils restent limités, sur les campagnes (Objectif 5b).
Les ruraux se sont ouverts sur le territoire national : 85 %
des ménages ruraux sont dotés d'une voiture et souvent de deux, le réseau
routier et autoroutier s'est étendu et amélioré, les liaisons ferroviaires
sont devenues plus rapides, parfois il est vrai aux dépens des dessertes
locales ; les ruraux se sont mis à partir en vacances, même si c'est
moins longtemps, moins souvent et moins loin que les citadins.
Les ruraux se sont ouverts sur leurs voisins. Ceux de la ville qu'ils côtoient
plus souvent qu'autrefois puisqu'ils vont eux-mêmes souvent travailler en ville
ou y faire leurs courses, ou parce qu'ils voient s'installer dans leur propre
village des citadins en mal de terrain à bâtir bon marché et de tranquillité.
Les ruraux se sont ouverts également sur leurs voisins des autres villages :
« l'esprit de clocher » recule avec la mobilité des individus. Les
associations pluricommunales fleurissent à la campagne et surtout
l'intercommunalité progresse avec une rapidité qui déjoue les prévisions :
les "pays" connaissent un réel succès (même si celui-ci est inégal
selon les régions), les communautés de communes se multiplient à un rythme
rapide, au risque, il est vrai, d'une superposition des circonscriptions
d'administration ou de projet, dans laquelle les élus eux-mêmes se perdent
parfois ; au risque également d'une concurrence avec les conseillers généraux
ou au contraire d'une mainmise de ces derniers sur ces nouvelles
circonscriptions ; au risque enfin d'une concurrence avec les régions qui s'intéressent
elles aussi aux espaces ruraux.
Cette ouverture sur le monde, cette mobilité des hommes et des idées
impliquent une mutation des comportements et des représentations à la fois
chez les ruraux et chez les citadins.
Les comportements spécifiquement ruraux n'existent plus vraiment : bien
des ruraux sont plus ou moins « urbains » comme en témoignent
la progression des départs en vacances et des voyages lointains, la
multiplication de nouvelles associations locales (sportives, culturelles,
musicales, d'animation, du troisième âge, etc.), le rapprochement du vote des
ruraux (par ailleurs très différencié) de celui des citadins, sauf exceptions
locales. L'image, plutôt négative, que les ruraux avaient traditionnellement
d'eux-mêmes et de la campagne (retard, isolement, etc.) s'est inversée : ils
sont fiers aujourd'hui d'habiter la campagne, de bénéficier du calme, de la
nature, du "bon air" et regardent avec une certaine condescendance les
citadins soumis, selon eux, au bruit, à la pollution, à l'insécurité, à
l'entassement ...
L'image négative que les citadins avaient traditionnellement de la campagne
s'est inversée également : celle-ci est devenue symbole d'identité à défendre,
de patrimoine à valoriser, de nature et de paysage à conserver, de calme et de
sécurité à préserver. Moins qu'un espace agricole, l'espace rural est désormais
pour les citadins un espace de détente, une réserve de nature et, pour
certains, un cadre de vie désiré. Les citadins estiment désormais avoir un
droit de regard sur l'espace rural : ils sont sensibilisés aux pollutions
agricoles et à la transformation des paysages par l'urbanisation, par
l'implantation d'axes de communication, par les reboisements, les remembrements,
les friches, etc.
A un niveau plus concret, l'espace rural a connu des transformations
profondes, à la fois dans ses structures démographiques et dans ses structures
sociales.
B. UN REDRESSEMENT DÉMOGRAPHIQUE DE L'ESPACE RURAL
Globalement les campagnes ne se dépeuplent plus depuis
1975 (Tableau 5.1). Alors que leur population avait encore un peu diminué
entre 1968 et 1975, elle se met à augmenter de près de 1 % par an entre
1975 et 1982 (soit trois fois plus vite que la population urbaine), puis encore
de 0,7 % entre 1982 et 1990, enfin de 0,5 % entre 1990 et 1999.
Cette évolution se double d'un processus d'inversion de la dynamique démographique
des espaces ruraux à partir de 1975. Avant cette date, les campagnes
françaises perdaient des habitants en raison de soldes migratoires déficitaires
non compensés par l'excédent naturel ; depuis, ces territoires profitent
d'une croissance démographique grâce à un solde migratoire à présent
positif, compensant largement les scores négatifs des variations naturelles.
Tableau 5.1 - La population de la France métropolitaine
par catégorie d'espace
de 1962 à 1999

Source : INSEE
Ce renversement est d'autant plus étonnant qu'à chaque
recensement les communes les plus dynamiques, qui sont généralement les plus
proches des agglomérations urbaines, sont absorbées statistiquement par ces
dernières. Cependant, ce tableau global, qui pousse à l'optimisme pour
l'avenir de l'espace rural, doit être fortement nuancé (Tableau 5.2). En
effet, les communes rurales connaissent des évolutions contrastées. La plus
spectaculaire des transformations est évidemment celles qui touche les communes
proches des agglomérations (Tableau 5.3).
En effet, la population des agglomérations a comme débordé sur les
communes rurales voisines, par installation de ménages citadins qui
conservent généralement leur emploi en ville et font donc chaque jour des
navettes pour se rendre de leur résidence rurale à leur travail en ville
(Figure 5.1). La hausse du niveau de vie, l'amélioration et le développement
des voies de communication, le coût moins élevé des maisons et des terrains
à bâtir, les aides au logement qui encouragent l'accession à la propriété
ont permis à certaines catégories de ménages de réaliser leur désir de posséder
une maison individuelle et d'acheter la ou les voitures nécessaires à leur
installation à la campagne.
Il s'agit donc d'une nouvelle forme d'extension de la ville plus que d'une
« renaissance rurale », puisque la dépendance au pôle
urbain est manifeste : la majorité des emplois et des services se trouve
dans le pôle urbain, la majorité des achats s'y réalise grâce à la forte
mobilité des ménages périurbains. Cependant, comme indiqué plus haut, cet
espace périurbain peut être considéré comme encore rural par certains côtés,
notamment par son paysage à dominante de cultures, de prairies et de forêt,
par la prédominance de l'habitat individuel, par une densité de population
relativement faible (environ 70 habitants/km²), par des commerces et des
services locaux encore insuffisants, et par l'impression des périurbains eux-mêmes
d'habiter la campagne... Il est important de reconnaître l'originalité de cet
espace mi-rural, mi-urbain (qualifié parfois de « rurbain ») car la
plus grande partie du renouveau démographique des campagnes doit lui être
attribué.
Tableau 5.2 - Bilan naturel et solde migratoire
de 1962 à 1999 par catégorie d'espace1

Source : INSEE

Tableau 5.3 - Excédent migratoire de 384 000 habitants pour les communes du rural aux environs des aires urbaines les plus dynamiques
Source : INSEE
Figure 5.1 - Poursuite de l'étalement urbain
entre 1990 et 1999

Source : DATAR, Aménager la France de 2020 - Mettre
les territoires en mouvement, Paris,
La Documentation française, 2002, p. 25.
Le zonage en aires urbaines et son complément rural
La notion d'unité urbaine repose sur la continuité de l'habitat. Il
s'agit d'un ensemble de communes dont le territoire est partiellement couvert
par une zone bâtie d'au moins 2 000 habitants. Dans cette zone bâtie,
les constructions sont séparées de leurs voisines de moins de 200 mètres.
Le pôle urbain est une unité urbaine qui offre 5 000 emplois ou
plus, et qui n'appartient pas à la couronne périurbaine d'une autre pôle
urbain.
Une aire urbaine est un ensemble de communes, d'un seul tenant et sans
enclave, constitué par un pôle urbain, et par des communes rurales ou unités
urbaines (couronne périurbaine) dont au moins 40 % de la population résidente
ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par
celui-ci.
La couronne périurbaine (d'un pôle urbain) est l'ensemble des communes
de l'aire urbaine à l'exclusion de son pôle urbain.
Les communes multipolarisées sont les communes rurales et les unités
urbaines situées hors des aires urbaines, dont au moins 40 % de la
population résidente ayant un emploi travaille dans plusieurs aires urbaines,
sans atteindre ce seuil avec une seule d'entre elles, et qui forment avec elles
un ensemble d'un seul tenant.
Les communes des couronnes périurbaines et les communes multipolarisées sont
des communes périurbaines.
La ville-centre est la commune la plus importante de l'unité urbaine.
L'ensemble des pôles urbains et des communes périurbaines forme l'espace à
dominante urbaine.
L'espace à dominante rurale est l'ensemble des communes qui
n'appartiennent pas à l'espace à dominante urbaine. Il comprend à la fois des
petites unités urbaines et des communes rurales.
Un pôle rural est une commune rurale ou une unité urbaine qui offre de
2 000 à moins de 5 000 emplois et dont le nombre d'emplois
offerts est supérieur ou égal au nombre de résidents actifs.
L'espace rural sous faible influence urbaine est constitué de communes
dont au moins 20 % de la population résidente ayant un emploi travaille
dans les aires urbaines.
L'espace rural isolé est la complément de toutes les autres catégories.
Source : INSEE
Avant 1975, la population des communes périurbaines
augmentait déjà, alors que celle des autres communes rurales continuait de
diminuer rapidement. Depuis cette date, la population de nombreuses autres
communes rurales s'est mise à augmenter également, quoique beaucoup plus
lentement. Il en résulte que la désertification ne frappe plus qu'une
minorité de communes rurales.
Comme le montre le Tableau 5.4, entre 1975 et 1982, la croissance atteint + 2,4 %
par an dans les premières, alors qu'elle est à peine positive dans les
secondes (+ 0,1 %) ; entre 1982 et 1990, le rythme de progression des
communes périurbaines se tasse (1,7 %), mais celui des communes non périurbaines
reste identique ; entre 1990 et 1999, l'écart se resserre mais reste nettement
en faveur des premières (+ 1 % par an contre + 0,2 %).
Entre 1975 et 1999, les communes périurbaines ont vu leur population augmenter
de 70 % et aujourd'hui environ 10 millions de personnes y résident, soit
près de 16 % de la population française, contre 24 % dans les autres
communes rurales.
Tableau 5.4 - Taux de variation annuelle de la
population en France depuis 1968 et
par types d'espace
|
Période |
Soldes |
Pôles urbains |
Communes |
Espace à |
|
1968-1975 |
Solde total |
+ 1,13 |
+ 1,58 |
- 0,32 |
|
Solde naturel |
+ 0,84 |
+ 0,36 |
+ 0,08 |
|
|
Solde migratoire |
+ 0,31 |
+ 1,24 |
- 0,40 |
|
|
1975-1982 |
Solde total |
+ 0,21 |
+ 2,39 |
+ 0,09 |
|
Solde naturel |
+ 0,63 |
+ 0,28 |
- 0,14 |
|
|
Solde migratoire |
- 0,44 |
+ 2,15 |
+ 0,23 |
|
|
1982-1990 |
Solde total |
+ 0,38 |
+ 1,75 |
+ 0,11 |
|
Solde naturel |
+ 0,62 |
+ 0,41 |
- 0,11 |
|
|
Solde migratoire |
- 0,25 |
+ 1,37 |
+ 0,22 |
|
|
1990-1999 |
Solde total |
+ 0,27 |
+ 0,97 |
+ 0,20 |
|
Solde naturel |
+ 0,55 |
+ 0,37 |
- 0,14 |
|
|
Solde migratoire |
- 0,28 |
+ 0,60 |
+ 0,34 |
Source : INSEE
Le processus de périurbanisation : le cas dijonnais
|
|
Couronne périurbaine |
Pôle urbain |
|
1962 |
40 923 |
159 486 |
|
1968 |
42 621 |
189 641 |
|
1975 |
49 929 |
217 735 |
|
1982 |
61 294 |
218 984 |
|
1990 |
70 620 |
230 451 |
|
1999 |
77 461 |
236 953 |
Source : INSEE
Jusqu'en 1968, la croissance se réalise essentiellement sur l'agglomération. Entre 1968 et 1975, l'agglomération croît encore rapidement, mais la couronne périurbaine commence à s'étoffer. Entre 1975 et 1999, la l'agglomération ne s'accroît plus que lentement alors que population de la couronne augmente de moitié.
Les communes rurales non périurbaines n'évoluent pas toutes
au même rythme. Si l'on retient les définitions de l'Insee, le rural isolé
voit sa population s'éclaircir encore (mais à un rythme ralenti). Les pôles
ruraux maintiennent avec peine la leur, alors que la périphérie des pôles
ruraux et l'espace rural sous faible influence urbaine (un périurbain lointain
en quelque sorte) progressent à raison de + 0,5 % par an environ.
Un mouvement de périurbanisation qui n'est pas propre à la France
Le processus de périurbanisation a débuté dans les années 1940 aux
Etats-Unis, a gagné les grandes métropoles d'Europe occidentale (Londres en
particulier) dans les années 1950-60 et s'est manifesté dans les grandes
villes d'abord, puis dans les villes moyennes et petites sous l'effet notamment
de la généralisation de la voiture.
Cependant la nature de la périurbanisation n'est pas tout à fait la même dans
les différents pays d'Europe (les densités de population et l'organisation
urbaine n'y sont pas comparables) et les façons de la traiter y sont différentes,
même dans des pays très proches les uns des autres : sa diffusion est acceptée
en Belgique, alors que l'on tente de la contenir aux Pays-Bas.
De ces constats plusieurs types de conclusions, parfois contradictoires,
peuvent être tirées. L'espace rural est différencié, mais ces différences
s'estompent : par exemple, l'écart entre l'espace à dominante rurale de
l'INSEE (qui recouvre les pôles ruraux et leur périphérie, ainsi que le
rural sous faible influence urbaine et le rural isolé) et les communes périurbaines
se réduit.
Dans l'espace à dominante rurale lui-même, la situation du rural isolé
s'améliore (le solde total n'est plus que légèrement négatif entre 1990
et 1999), mais celle des pôles ruraux tend à se détériorer : leur
solde n'est plus qu'à peine positif au cours de la même période. A ces
constats, il faut ajouter que les mêmes types d'espaces peuvent avoir des
comportements démographiques assez différents selon qu'ils sont situés dans
des régions dynamiques ou en difficulté (mieux vaut être rural isolé en
Provence-Alpes-Côte-d'Azur qu'en Limousin), selon qu'ils sont localisés à
proximité d'agglomérations en croissance ou en déclin : l'extension du périurbain,
réduite dans le Nord et l'Est en crise, est large dans le Sud-Ouest et dans le
Sud-Est.
C. UN MONDE RURAL AUX VOCATIONS DE PLUS EN PLUS DIVERSIFIÉES
Ces profondes transformations démographiques se sont traduites par de véritables mutations de la population résidente. Dans les communes périurbaines, les agriculteurs ne représentent plus désormais que 3 % de la population active.
1. La montée des "cols blancs" et des retraités dans la population résidente
Les cadres supérieurs et surtout moyens forment
maintenant plus du tiers du total et les employés 30 % ; ces derniers sont
aussi nombreux que les ouvriers dont le nombre diminue mais se maintient
cependant mieux qu'en ville. Dans l'espace à dominante rurale lui-même, les
agriculteurs ne forment plus que 8 % des actifs. Les cadres sont certes
moins nombreux que dans les communes périurbaines mais ils comptent cependant
pour près du quart des actifs et les employés pour près de 30 % :
ce sont ici les ouvriers qui dominent avec un bon tiers du total.
Dans la population non active, la montée en puissance des retraités est
particulièrement spectaculaire. Ils représentent désormais environ 15 %
de la population totale dans l'espace périurbain et près du quart dans
l'espace à dominante rurale. Signe d'un vieillissement de la population rurale
et donc d'un affaiblissement de son solde naturel (négatif dans l'espace à
dominante rurale), la population des retraités joue souvent un rôle
d'animation et de dynamisation de l'espace rural.
2. La poussée de l'emploi tertiaire et la recomposition territoriale de l'emploi industriel
L'évolution la plus spectaculaire concerne la rapide
diminution de l'emploi dans l'agriculture : entre 1990 et 1999, plus du
quart des emplois agricoles a disparu. Désormais les agriculteurs exploitants
sont marginaux dans la population active française (2,5 % des actifs) et même
dans la population rurale. Ce délestage de l'agriculture se traduit par la
perte partielle ou totale du pouvoir municipal par les agriculteurs qui gardent
malgré tout un pouvoir non négligeable grâce à la possession ou à
l'exploitation de la terre.
A l'inverse, le nombre des emplois non agricoles augmente, surtout il est
vrai dans les communes périurbaines (plus de 20 % de croissance entre 1990
et 1999). Ces communes reçoivent en effet à la fois des entreprises
industrielles chassées des villes par la pression foncière ou par des problèmes
environnementaux ou bien attirées à la campagne par la disponibilité en
terrain ; elles voient également s'installer des grandes surfaces
commerciales, des entreprises de transport ou de services (privés ou publics)
qui se développent en même temps que la population.
Dans l'espace à dominante rurale, plus éloigné par définition des agglomérations,
le potentiel d'emplois non-agricoles progresse modestement (+ 8 %), grâce
essentiellement aux services publics et aux services aux particuliers (services
de santé notamment, en rapport avec le vieillissement de la population) car
l'emploi industriel a tendance à s'éroder : s'il progresse légèrement
(d'environ 7 % entre 1990 et 1999) dans l'agro-alimentaire qui fournit un
quart des emplois industriels, il diminue dans les industries de biens intermédiaires
qui assurent 45 % de ces emplois.
D. L'ORGANISATION ACTUELLE DES ESPACES RURAUX : DES FONCTIONS DIVERSES
Au « ghetto paysan », issu de l'exode des catégories non paysannes vers les villes, a succédé un espace rural pluriel, constitué de différents sous-catégories selon que l'on considère l'usage qui en est fait, son dynamisme ou ses caractéristiques générales.
1. Trois types d'usage
Philippe Perrier-Cornet distingue trois types d'usages de l'espace rural (avec comme définition
l'espace à dominante rurale selon sa définition de 1999) : la « campagne
cadre de vie », la « campagne ressource » et la « campagne
nature ».
La première est une campagne résidentielle, celle que choisissent les citadins
qui viennent s'installer dans les espaces périurbains, impliquant un étalement
de la population autour des villes et donc une logique volontariste de transfert
d'équipements vers ces nouvelles populations. Cependant, cette organisation des
campagnes autour des villes peut nuire au développement des premières, dans un
contexte où les secondes ont leur organisation propre.
La "campagne ressource" est une campagne productive à la fois de
produits agricoles et de biens industriels : 26 % des emplois relèvent
du secteur industriel, contre 14.2 % du secteur agricole. Le reste des
emplois est fourni par la construction et le secteur tertiaire (Tableaux 5.5,
5.6 et 5.7).
Tableau 5.5 - Emplois agricoles et non agricoles
en 1999

Source : INRA, B. Schmitt (Dir.), Actualisation du zonage en aires urbaines et de son complément rural, Dijon, Oct. 2002.
Enfin la « campagne nature » inclut les espaces naturels plus ou moins protégés, comme les parcs nationaux et régionaux, les réserves diverses (ZNIEFF, Natura 2000), etc.
Tableau 5.6 - Répartition sectorielle des
emplois agricoles et non agricoles de 1999

Source : INRA, B. Schmitt (Dir.), Actualisation du zonage en aires urbaines et de son complément rural, Dijon, Oct. 2002.
Tableau 5.7 - Evolution 1990-1999 (en %) des
emplois non agricoles par secteur

Source : INRA, B. Schmitt (Dir.), Actualisation du zonage en aires urbaines et de son complément rural, Dijon, Oct. 2002.
2. Trois types de dynamiques
Les espaces ruraux peuvent également être classés selon
leur dynamisme (Figure 5.2).
Les espaces périurbains, très dépendants des villes pour les emplois comme
pour les commerces et les services, connaissent une croissance démographique
encore rapide malgré un ralentissement récent et un rajeunissement de leur
population.
Au contraire, les espaces ruraux dits « profonds » (ou « fragiles »),
éloignés des villes, gardent un accès difficile aux services publics, une
couverture en téléphonie mobile insuffisante, des temps d'accès aux réseaux
de transport rapides encore longs, comme dans une partie du Massif central, du
Sud-ouest et des Alpes du Sud ; ils voient leur population vieillir et
connaissent un certain déclin démographique, malgré un accueil important de
retraités.
Enfin des espaces ruraux dits « vivants », plus ou moins éloignés
des villes, gardent un certain équilibre démographique grâce au tourisme ou
à des industries traditionnelles adaptables ou à des industries
agro-alimentaires récentes soutenues par une agriculture dynamique.
Figure 5.2 - Croissance des espaces ruraux : une forte inégalité géographique

Source : INSEE
A. AVANT LES ANNÉES 80, L'ASSIMILATION AGRICOLE / RURAL
La confusion agricole/rural entretenue à cette époque aboutit à considérer l'aménagement rural comme un accompagnement de l'activité agricole. L'aménagement du territoire est essentiellement pris en charge par un Etat tutélaire. Cependant, certains dispositifs, comme les plans d'aménagement rural (PAR), indiquent un certain désir de prendre en compte l'ensemble des activités et non plus de la seule activité agricole, ainsi qu'un souci de concertation avec la population ou du moins avec ses élus.
B. LA NOUVELLE DONNE DES ANNÉES 80-90 : LES LOIS DE DÉCENTRALISATION, L'UNION EUROPÉENNE PUIS LES LOIS « PASQUA », « VOYNET » ET « GAYSSOT » VONT POUSSER À LA RÉORGANISATION DU TERRITOIRE
La procédure des Contrats de Pays a été lancée à partir
de 1975. « L'objectif était de freiner un processus de dévitalisation de
l'espace rural [...]. Pour cela, les élus locaux, sous l'autorité du sous Préfet,
s'associaient autour d'un projet de développement portant notamment sur
l'animation économique, la revalorisation du patrimoine, la création de
services intercommunaux, le soutien à l'emploi [...].
Avec les contrats de pays, on passe [...] d'une politique centrée sur des équipements
publics et sur la recomposition de structures agricoles, à une politique qui
s'attache aux particularités de l'espace qu'elle entend traiter tout en
associant les destinataires [...].
Si ces contrats de pays n'ont eu qu'un effet limité du point de vue économique,
ils ont permis aux élus locaux de faire l'apprentissage de la coopération
intercommunale et, d'autre part aux collectivités territoriales régionales et
départementales de nouer des relations privilégiées avec l'espace rural,
relations qui se sont renforcées avec la décentralisation ».
Les lois de décentralisation des années 1982 et 1983 renforcent les pouvoirs
de la Région en matière d'aménagement du territoire, y compris rural, et
donnent aux communes le droit d'élaborer et d'approuver des chartes
intercommunales.
L'Union européenne devient également un partenaire incontournable, avec la réforme
des fonds structurels de 1988 et la mise en place de l'objectif 5b en
faveur des zones rurales fragiles, puis avec la politique environnementale.
Dans la seconde moitié des années 1990, les lois « Pasqua » puis
« Voynet », « Chevènement » et « Gayssot »
visent à réorganiser le territoire sur des bases nouvelles ; ainsi,
Communautés de communes ou d'agglomération, ou Pays ont déjà, ou devraient
avoir un impact certain sur l'espace rural.
C. UN IMPACT RELATIVEMENT LIMITÉ DES POLITIQUES D'AMÉNAGEMENT RURAL
L'impact réel des politiques d'aménagement rural est délicat
à apprécier en raison de la diversité des intervenants et de l'éclatement
des politiques d'aménagement qui a suivi la réforme régionale en France :
par exemple, la politique des Chartes intercommunales a beaucoup varié d'une région
à l'autre et le bilan de leurs mises en oeuvre n'a pas été dressé. Il est
plus difficile encore à établir pour les lois « Voynet » et
« Gayssot » dont l'impact commence seulement à se faire sentir.
En ce qui concerne la politique européenne, « les politiques relevant de
l'objectif 5b ont joué un rôle souvent non négligeable, quoique variable
(...) et que la politique régionale européenne va marquer fortement de son
empreinte la décennie quatre-vingt-dix ».
L'impression prévaut cependant que l'espace rural s'est beaucoup plus
transformé sous l'effet des mécanismes technico-économiques, politiques,
sociaux et culturels généraux que sous l'impact des politiques spécifiques
d'aménagement de l'espace rural : les politiques d'aménagement,
quoique significatives, semblent n'être intervenues qu'à la marge dans ces
transformations.
Comme le soulignent F. Damette et J. Scheibling ,
les processus en cours, dépassant le cadre national, sont bien ceux d'une
« emprise grandissante de la ville sur l'espace rural qui change de nature »
en fonction des logiques économiques.
La désertification, longtemps perçue comme une fatalité, tend à s'atténuer.
Une société rurale, qui n'est plus une société paysanne, se recompose par
adjonction de populations urbaines et de modes de vie citadins, modelant
l'espace à son image. « Qu'importe si les néo-ruraux sont d'anciens
citadins ou des urbains déguisés. Cette population, amalgamée à l'ancienne
population rurale, fait de l'espace rural son lieu de résidence et son lieu
d'activité en assumant les héritages » [...].
« Autrefois, l'espace rural correspondait à un espace sociétal parce
qu'il était à la fois la base de l'économie locale et de celle du pays, le
support d'une société paysanne. Aujourd'hui, [...], « on assiste à la
disparition progressive de l'opposition millénaire entre la ville et la
campagne ».
Depuis un quart de siècle, les campagnes françaises ont été affectées par
une triple mutation sans précédent, à savoir :
une ouverture sur le reste du monde, avec des interactions croissantes
avec les villes, aboutissant progressivement à l'émergence de synergies.
Progressivement la dichotomie villes - campagnes cède le pas à un système
unique dans lequel se développent des synergies, des interpénétrations
fonctionnelles et comportementales ;
un redressement démographique faisant que globalement les campagnes ne se
dépeuplent plus depuis 1975, en dépit d'une inversion de la dynamique qui, à
l'inverse de naguère, est aujourd'hui activée grâce à des soldes migratoires
positifs compensant largement les déficits naturels ;
enfin, l'analyse du développement économique dévoile une poussée
significative de l'emploi tertiaire, et surtout une résorption de l'activité
agricole.
Reste que ces tendances générales méritent d'être nuancées par la prise en
compte de la pluralité des espaces ruraux qui ne présentent pas tous des
trajectoires d'évolution comparables.
Au-delà des fonctions résidentielles et touristiques que souvent on lui prête,
les espaces ruraux peuvent prétendre accueillir, grâce à leurs qualités
intrinsèques, une pluralité d'activités susceptibles de jouer un rôle de
catalyseur du développement économique, donc de générer un fonctionnement
socio-économique moins dépendant des polarités urbaines.
Ainsi pourraient se déployer les activités tertiaires (médicales par exemple)
liées à la croissance de la population. Le tissu industriel pourrait se développer
par le biais des unités existantes (districts industriels, industries
agro-alimentaires) ainsi que par la création de nouvelles entreprises attirées
par un coût de main-d'oeuvre inférieur à celui de la ville, une ambiance
sociale moins crispée et des aménités environnementales qui disparaissent
dans l'espace urbain ...