Les effectifs en classe unique : à partir d'un "cas d'école".

Je suis arrivée il y a quatre ans dans la classe unique de Cigogné avec 18 élèves alors, une A.T.S.E.M. et deux classes très communicantes.
Depuis, les effectifs ont augmenté et je me suis laissée déborder par les maternelles.
Je m'explique : au début, je prenais les enfants de façon précoce pour les habituer, les socialiser, surtout quand je voyais les aînés et leur conditions de vie...
Seulement, maintenant, je me retrouve avec un effectif de 25 élèves, ce qui est énorme en classe unique, malgré l'A.T.S.E.M., j'ai 5 petits entre 3 et 4 ans (13 maternelles).
J'avais dit au départ, en réunion de début d'année que je ne les prenais pas l'après midi (les 3 ans), car ils faisaient une sieste, et que je faisais plus d'ateliers tournants, ce qui mobilisait mon A.T.S.E.M., surtout en lecture....
Et maintenant, les parents veulent absolument me " fourguer " leur petites têtes blondes (les mamans ne travaillent pas) sûrement pour être tranquille.
De façon en plus pas sympa !
Au secours ! comment est-ce que je peux justifier mon refus, y a-t-il des textes en rapport avec l'accueil des maternelles en classe unique ?
Est-ce que certains sont confrontés à des expériences similaires ?
YP
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Je ne suis plus tellement au courant de la législation récente, mais pendant très longtemps dans les villages l'école qui n'avait pas de maternelle (CU ou deux classes) devait accueillir les enfants de 5 ans. Je n'ai plus les références qui doivent dater au moins des années 60. En dessous, l'accueil nécessitait un accord de l'IA. Au fur et à mesure qu'il existait des maternelles dans le chef lieu de canton, cet accord était de plus en plus difficile à obtenir et quasi toujours lié à la présence d'une ATSEM, d'aménagement des locaux... Dans certaines classes l'accueil des moins de 5 ans était aussi une nécessité de survie : les enfants allant à l'école maternelle au chef-lieu ne revenant pas ensuite dans l'école du village (un des prétextes pour contourner la carte scolaire). Donc pour ne pas accueillir les moins de 5 ans, sur le plan des textes c'est facile, en particulier si tu n'as jamais obtenu de dérogation pour les accueillir.
BC
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Il me semble que les textes concernant les écoles primaires (c'est-à-dire élémentaires avec éventuellement des sections ou classes enfantines c'est-à-dire de niveau maternelle, ce qui est donc le cas des classes uniques) ne font obligation d'accueil que pour les "5 ans" lorsque les parents le demandent. C'est justement parce que l'obligation n'existe pas en-dessous de cet âge que certains inspecteurs refusent de prendre en compte les 2/3/4 ans dans les effectifs pour justifier soit un refus d'ouvrir soit au contraire une fermeture de classe.
Parmi les solutions :
- Voir avec les syndicats et l'IEN si une ouverture de classe est possible, par exemple si une nouvelle hausse d'effectif est prévue.
- Sinon, commencer à "faire peur" en mettant ton départ dans la balance : toi, tu peux partir, tu auras toujours un poste et une paye ! Les problèmes, ce serait alors pour l'IEN, le maire, et les parents. Attention, je ne parle pas de le faire forcément, mais de le dire, le dire au maire, aux parents, à l'IEN..., ça fait toujours réfléchir, ça permet à chacun de mesurer ce qu'ils pourraient perdre, c'est-à-dire beaucoup de tranquillité puisque pour le moment tu es la seule à régler leurs problèmes, et ça peut permettre d'obtenir des concessions.
- Dire en conseil d'école clairement que tu ne prends personne l'an prochain en-dessous de 5 ou 4 ans (à toi de voir) puisqu'il a été démontré qu'on a lâchement profité de ta gentillesse.
- Mettre éventuellement "de ton côté" les parents des plus grands dont les apprentissages sont gênés par le trop grand nombre de plus petits.
Voilà quelques pistes, à chaud !
A toi de voir aussi selon les personnalités de chacun... et la tienne.
Bon courage.
MB
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L’éducation est avant tout le problème des parents, les enseignants sont là pour les aider et apporter leurs compétences pas pour les remplacer.
Les petits demandent une attention toute différente de leurs aînés et 25 élèves en classe unique c’est du délire ! ! !
De plus en plus l’école est considérée comme un système de garde précoce économique et rassurante.
Les très jeunes enfants ont besoins de liens affectifs et de soins que l’on ne peut leur fournir dans ces conditions.
Il me semble important de responsabiliser les parents pour qu’ils puissent participer activement à l’éducation de leurs enfants, tout au long de leur scolarité.
Avant 5 ans les enfants ne devraient être acceptés dans ta classe qu’à la condition que l’un des parents se débrouille pour participer à la prise en charge des petits sous ton contrôle.
Un jour par semaine chacun !
L’éducation vaut bien de donner un de ces jours de congé !
Ils se rendraient compte de l’ampleur de ta tache de l’intérêt de partager et de comprendre les apprentissages des élèves.
Quand on parle de la démission des parents, elle commence là, sous la forme d’une bonne conscience, je suis un bon parent, je le scolarise précocement ! Cela leur suffit.
Ils n’ont plus de responsabilité et la réussite ou l’échec est rejeté sur les institutions.
Plutôt que de partager la tache d’éducation de leurs enfants dans une structure associative, certains parents préfèrent " s’en débarrasser ".
Par exemple il est fréquent de voir des jeunes enfants faire près de quatre heures de route de montagne. Les parents qui ne travaillent pas sont tranquilles de 7 heures du matin à 7 heures du soir ! ! !
Partager l’éducation c’est s’enrichir mutuellement donner davantage de valeur à l’enseignement l’intégrer dans le quotidien et redonner aux parents une place qu’ils perdent chaque jour un peu plus.
Ne vous laissez pas manger et culpabiliser par les parents et les élus, chacun doit assumer ses responsabilités.
PP
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Comme toi, je suis arrivée à 30 en classe unique avec un CES en tout et pour tout. Tu peux effectivement menacer de quitter l'école, sensibiliser tes parents d'élèves aux problèmes d'un tel nombre de "petits" dans une telle classe, etc. Pour moi, ces deux années à 30, ont réellement été fatigantes même si les CM ont joué un rôle important en temps que tuteurs (toilettes, habillages, goûters, trajet de cantine, accompagnement piscine (il y avait des maman en plus), bibliothèques, projets divers. Dès la deuxième année, nous avons opté, les parents, la mairie et moi, de nous battre pour un demi-poste d'enseignante maternelle itinérante (entre deux classes uniques proches au niveau des l'effectifs, et des km, autant que le permet le relief ardéchois). On a fonctionné comme ça trois années, puis après de nouvelles actions un peu musclées (occupation de l'école, séquestration de l'instit-qui était-bien-sûr-consentante, menace de découvrir le toit de l'école et démission du Conseil Municipal), nous avons eu trois années de fonctionnement à deux classes! Aujourd'hui, baisse des effectifs obligent, l'école de St Jean fonctionne de nouveau avec un demi-poste en maternelle. Tu peux donc choisir de garder tes petits et d'augmenter l'effectif des maternelles, si les parents se mettent en branle pour un action qui aille dans le sens du confort des enfants de l'école et le tien. Bon courage,
MCA
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[...] Je n'ai pas de hausse d'effectif prévue pour l'an prochain, je vais rester à 24, avec toujours 13 maternelles et mon A.T.S.E.M.
Je ne pourrai obtenir aucun poste pour me décharger.
En plus certains de ces parents disent que ce n'est pas à mon A.T.S.E.M. de surveiller les traces écrites, qu'il faudrait quelqu'un de qualifié... Cela fait 9 ans qu'elle fait cela mais bon...
Ce sont seulement 2 ou 3 parents qui mettent le bazar et revendiquent la scolarisation de leur 3 ans l'après midi, mais ce dénigrement se fait sur la place de la mairie, 4 fois par jour, 9h, 16h30 mais aussi 12h et 13h30.
Dans nos chères campagnes où ces gens-là n'ont pas d'autres occupations et ou clochemerle est une réalité bien vivante, je vous laisse imaginer les débats.
Passionnants. De bêtise et d'ingratitude aussi.
La classe unique est vraiment quelque chose de lourd à porter mais non, il faut faire plus!
Avez vous des expériences ? Des situations similaires?
PS : cela m'embêterait vraiment de ne plus avoir les maternelles, car ils ne reviendraient pas ici en primaire, ce serait nettement moins intéressant, et mon A.T.S.E.M. perdrait son travail et encore plein de choses...
YP
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Un problème analogue m'est arrivé. J'avais 21 élèves en classe unique de la MS au CM2, une ATSEM à qui je confiais le plus souvent les maternelles. Lorsque le contrat CEC de l'ATSEM est devenu trop lourd pour la mairie, elle n'a pas voulu reconduire le contrat. Il se trouve qu' à ce moment-là, est arrivée une emploi-jeune. La municipalité a pensé que celle-ci remplacerait celle-là. Or les textes spécifient bien que les aides-éducateurs ne doivent en aucun cas remplacer les ATSEM. J'ai donc refusé d'inscrire les MS, car, mais c'est à vérifier, je crois que la classe unique commence théoriquement à la GS. Et je pense, pour ma part, qu'il est impossible de faire cohabiter dans une même classe des enfants de 4 ans et des CM2. Les premiers ont besoin de bouger et de s'exprimer oralement alors que les seconds ont besoin de concentration et de calme. Mais parallèlement les parents se sont battus pour que les maternelles puissent bénéficier du transport scolaire et nous avons modifié les horaires pour que les petits soient emmenés par le car qui amène les grands. Il faut dire que la maternelle est à 4 km. Finalement, tout le monde est content et les enfants reviennent à Soudorgues pour la GS.
F
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« Mon école n'est pas menacée de fermeture mais on arrive à 30 enfants (de la PS au CM2) et l'IEN refuse une ouverture... » LM (Vienne) 
Ce n'est pas la seule école dans ce cas (je pense à la classe unique de Cigogné), et il devient urgent qu'on imagine des solutions pour les nombreuses écoles qui souffrent de sureffectifs. Certains IEN ou IA en sont à proposer des regroupements avec une école voisine un peu moins chargée !
Je dis peut-être des bêtises, mais j'en suis à me demander, même si ça peut paraître ringard, si le rétablissement de la grille "Guichard" (normes d'ouvertures/fermetures en fonction des effectifs), beaucoup critiquée à l'époque, il y a plus de 20 ans, pour son côté implacable (à tant par classe, je ferme), ne permettrait pas un minimum d'équité, à la place de la situation actuelle, qui est totalement arbitraire selon les départements, et à l'intérieur même d'un département. En fait, une grille plus adaptée aux écoles rurales, mais qui servirait de garde-fou.
La contractualisation pluriannuelle que nous préconisons, pourrait également inclure, puisqu'elle offre une vision à plus long terme que la carte scolaire annuelle, une prévision d'ouverture programmée.
MB
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Certains se posent la question du sureffectif des classes. Pour nous, le problème est inversé. A chaque rentrée la question de l'effectif insuffisant est remis sur la table. La menace de fermeture plane toujours. Et pourtant, nos enfants sont heureux de ne pas être dans ces classes surchargées, de ne pas perdre de temps dans les transports. Que se soit dans le temps scolaire ou extrascolaire nous organisons des échanges avec d'autres petites écoles. Les enfants sont sereins, ouverts et apprennent vite dans une ambiance conviviale. J'avoue que je ne sais pas si la tendance au ministère est plutôt la fermeture de ces classes ou le maintien mais on entend toujours "fermeture d'une classe dans le village de...", "manque de moyens",...
(lu sur le site du "grand débat")
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Je me pose une question : pour une classe unique, quel est le bon effectif ? "Trop petit", on ferme. "Trop grand", on RPIse (budgétairement). A Combre (42), c'est ce qui plane. Cette année on a un boum démographique, on arrive à 16 du CP au CM2. Effectif qui semble durable. Avec les maternelles qui sont déjà scolarisés à Montagny on atteint 22 ou 23. J'entends dire qu'on atteint le maximum pour une classe unique, donc la solution serait le regroupement. Je n'y suis pas opposé a priori. Mais ce serait pour arriver d'une manière automatique à des classes de cycle, niant tout à fait le travail effectué dans notre école et le fait que des petits et des grands réussissent à construire ensemble. Alors...
OD
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