Une école durable, l'école autonome !
autonomie énergétique, alimentaire, pédagogique et gestionnaire

Ce concept, proposé par François Dumont - professeur dans un collège rural des Ardennes - est développé ci-dessous, sous forme d'un courrier à destination des services de l'Education Nationale. La première partie contient les éléments de langage jugés nécessaires pour qu'il soit lu jusqu'au bout... La deuxième partie, c'est celle-là qui nous intéresse, développe les quatre aspects de cette autonomie.
Il s'agit d'une ébauche qui n'engage pour le moment que son auteur, mais qui donnera lieu à discussion au ministère...

Et vous, qu'en pensez-vous ? Pensez-vous notamment que la FNER pourrait faire sienne cette conception ? telle quelle ? ou avec quelles modifications ?...
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Une solution durable pour l’éducation en milieu rural :
l'école autonome


Face à la colère qui monte dans le pays, nous proposons à l’Éducation nationale une solution qui serait un marqueur positif dans les esprits, et un outil permettant d'atteindre l'objectif prioritaire de la sobriété énergétique, mobilisant un grand nombre d'acteurs dans les domaines éducatif, agricole, industriel, impulsant un nouveau modèle économique dans et autour des villages, tout en renouvelant le goût d'apprendre chez les enfants. To « make our planet great again » : réussir à agir en même temps sur les mentalités, sur l'économie et sur l'environnement.

Pour réussir cela, il faut que l’Éducation nationale change.

Depuis des années en effet, l’Éducation nationale paraît avoir renoncé à se déployer dans les zones rurales pauvres ou isolées. A titre personnel, je vois l'environnement éducatif s'effondrer autour de moi, dans les Ardennes. De pauvre, la région est en train de devenir très pauvre. L'an passé, le collège où je travaillais a fermé, dans le village du Chesne. Ce site est pourtant doté d'un potentiel écologique (donc économique, industriel et agricole) extraordinaire, à proximité du magnifique lac de Bairon. Mais nous n'avons pas misé sur ce potentiel. Dans mon village, à Savigny-sur-Aisne, il est prévu que la charmante petite école ferme d'ici à 2020, pour envoyer les enfants par bus vers un grand ensemble bétonné de la ville de Vouziers. Nous centralisons au lieu de nous occuper de notre belle diversité, naturelle, architecturale, paysagère, patrimoniale et humaine.

Mais aujourd'hui, avec Monsieur Emmanuel Macron, en face du modèle polluant de Monsieur Donald Trump, nous, les Européens, avons l'opportunité d'opérer une rupture historique : commencer à construire la société du développement durable, nous occuper de la nature et des espèces menacées, innover dans les zones rurales.

La structure que nous proposons comme un socle pour cette société du développement durable, c'est l'école ou le collège autonome. Le concept peut être comparé à celui d' « eco-school » (« éco-école »), mais « eco-school » est un label privé, tandis que nous proposons de moderniser l'école publique.

Pour donner une esquisse de ce que pourrait être une école ou un collège autonome, nous pouvons en décrire quatre aspects principaux.

D'abord, chaque établissement recevrait les moyens technologiques d'assurer durablement son autonomie énergétique. Les petites et moyennes industries dans les domaines des énergies renouvelables et de l'habitat connecté sont déjà prêtes à fournir des solutions adaptées à chaque cas : l'école et le collège autonomes devraient ainsi être équipés pour recueillir et traiter les eaux, capter les énergies éolienne ou solaire, stocker l'électricité, gérer intelligemment le réseau grâce à la domotique. Nous aurions des lieux auto-produisant et auto-consommant leur électricité. A ce titre, notre projet pourrait relever du plan d'investissement européen pour le climat, actuellement en discussion. Pour les pays participants, cela marquerait visiblement, dans les infrastructures publiques, l'entrée dans une ère nouvelle de développement.

Deuxièmement, nous ouvririons l'école aux acteurs de la filière agricole, éleveurs, cultivateurs, boulangers, qui vendraient leurs produits aux cantines. Nous valoriserions les produits locaux et les circuits courts. Dans d'autres cas, les enfants cultiveraient leur jardin dans l'enceinte de l'école ou du collège. Ils construiraient des écoles-jardins, et par le biais de l'agriculture, du jardinage, de l'alimentation, apprendraient un art de vivre en même temps que le respect des rythmes naturels.

Ensuite, nous libérerions l'inspiration des enseignants comme des élèves, en levant un certain nombre de pesanteurs méthodologiques. Nous laisserions les enseignants libres d'utiliser les méthodes qu'ils maîtrisent le mieux, et qui sont diverses. Grâce au numérique, les écoles et les collèges autonomes garantiraient l'accès de tous les élèves aux programmes communs. Pour le reste, les pédagogies et les systèmes d'évaluation varieraient en fonction de choix faits au sein de chaque établissement : transmission des connaissances grammaticales, mathématiques, géographiques, historiques ; classes multi-âges et coopératives ; activités en plein air ; liberté de se perfectionner dans un domaine de prédilection, que ce soit la musique, le sport, la lecture, les jeux, la technologie, les sciences, la découverte de la nature. Ce qui compte à la fin de la troisième, c'est que tous les jeunes connaissent les programmes communs, réussissent à s'orienter par eux-mêmes et à s'épanouir. De ce point de vue, les écoles et les collèges autonomes, en prise directe avec les grands enjeux de notre société, écologiques, technologiques, économiques, représenteraient une avancée en matière d'éducation. Ils apporteraient des éléments de réponse puissants à la crise des valeurs qui secoue le monde contemporain.

Enfin, l'école et le collège autonomes favoriseraient la démocratie locale à travers diverses formes d'auto-gestion. Par exemple, le recrutement des enseignants pourrait avoir lieu sur place. L'autonomie en matière de recrutement favoriserait l'engagement de proximité, par goût, par envie de s'investir, garantirait donc une présence plus sûre des enseignants, rétablirait un climat de confiance et une ambiance plus chaleureuse dans ces établissements. Les parents d'élèves s'en trouveraient rassurés. N'oublions pas cependant que les affectations dirigées depuis les rectorats permettent un brassage enrichissant entre les citadins et les ruraux, outil qui pourra continuer à être utilisé.

Voilà à quoi pourrait ressembler une école autonome. Le principe de l'autonomie énergétique, alimentaire, pédagogique et gestionnaire pourrait être une constante, parce qu'il est un facteur de simplification. Dans les détails, chaque site aurait ses particularités ; il devrait faire l'objet d'un audit préalable pour évaluer les perspectives de développement local.

A ce jour, j'ai communiqué ce projet à plusieurs députés de la majorité dont certains m'ont répondu de manière très favorable. Plusieurs associations pour le climat et pour l'environnement se sont montrées également enthousiastes. De même, les agences exécutives européennes pour l'éducation et pour l'énergie m'ont fortement encouragé à poursuivre ce travail.

J'espère désormais trouver des relais auprès de l’Éducation nationale, pour que collectivement nous fassions souffler un vent nouveau de prospérité et d'innovation dans nos campagnes, chez tous les acteurs de la vie locale, à commencer par les jeunes, en leur donnant la possibilité de s'emparer, à partir de leur propre éducation, des enjeux fondamentaux pour leur école, pour leur village et pour leur planète, en les connectant davantage à leur environnement, en leur offrant un outil, l'école autonome, qui serait une plate-forme pour leur créativité et pour leur futur.

François Dumont,
Savigny-sur-Aisne, le 24 août 2017