BASE-ELEVES, l'enfant caché d'EDVIGE
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Sites à consulter :
- Collectif national de Résistance à Base-élèves, SITE INDISPENSABLE et très bien tenu à jour !
http://retraitbaseeleves.wordpress.com/
- Collectif Isérois pour le retrait de Base Elèves : http://baseeleves38.wordpress.com/
- Section de Toulon de la LDH : http://www.ldh-toulon.net
- Collectif de la Vienne : http://be86.ouvaton.org/
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1- Lettre ouverte des collectifs contre Base élèves
à Monsieur Xavier Darcos
Ministre de l’Education Nationale
Le vendredi 13 juin 2008, vous avez annoncé par
communiqué le retrait de certains champs de Base élèves : la profession
et la catégorie socio-professionnelle des parents, la situation
familiale de l’élève, l’absentéisme signalé, les données relatives aux
besoins éducatifs particuliers. Vous avez déclaré que ces évolutions
seraient précisées par un arrêté.
De nombreux collectifs se sont mobilisés contre la mise
en place de Base élèves. Même si aujourd’hui, nous accueillons avec
satisfaction l’annonce de la disparition d’un certain nombre de données
sensibles, les aménagements prévus ne viennent pas en réponse à nos
inquiétudes. Nous espérons donc que la question de la pertinence d’une
base de données centralisée et partageable va enfin être posée et
débattue ouvertement :
- La création d’un fichier national,
inutile au fonctionnement des écoles, ne protège pas le caractère
confidentiel des données scolaires des élèves et de leurs familles
(données qui restent nominatives jusqu’à l’échelon académique). Si Base
élèves n’est qu’un outil de gestion statistique, utile pour la
répartition des moyens sur le territoire, dans le cadre du service
public, en quoi l’identité des élèves est-elle nécessaire ? Pourquoi
faire perdurer ce numéro d’identification nationale pour chaque élève ?
- Dans le cadre de la loi organique
relative à la loi de finances (LOLF), Base élèves doit rendre compte
avec exactitude du rapport entre les moyens utilisés et les résultats
obtenus. Nous avons la certitude que cet outil sert à justifier les
restrictions budgétaires, les fermetures de classes, et à évaluer les
enseignants à distance.
- Aucune modification de l’utilisation
de Base élèves par les mairies n’est mentionnée. Certes l’absentéisme
ne serait plus consigné, mais la loi de prévention de la délinquance du
7 mars 2007 et le décret du 15 février 2008 permettent toujours au
Maire de partager les informations transmises par la CAF et
l’inspection académique avec les professionnels de la santé, de
l’action sociale, de la police et de la justice.
- Base élèves, dont les champs peuvent
être ajoutés ou supprimés, reste un instrument potentiel de contrôle de
la politique des flux migratoires, de contrôle social, de traçage de
l’enfant, etc.
- Pourquoi des mesures équivalentes
n’ont-elles pas été retenues pour SCONET, fichier du second degré qui a
les mêmes objectifs ?
De plus, pour l’instant les académies n’ont reçu aucune
consigne de votre part, mais certains Inspecteurs d’académie ont exigé
des directeurs d’avoir terminé la saisie des données avant la date
fixée. Par exemple, M. l’Inspecteur d’Académie des Bouches-du-Rhône
écrit le 20/06/08 :
- qu’il n’a pas à commenter vos déclarations ou celles de la CNIL,
- qu’il ne dispose pas d’informations complémentaires,
- que le déploiement de Base élève n’est plus dans une phase expérimentale,
- que l’objectif est que toutes les écoles utilisent cette application à la rentrée 2009.
Il ajoute que l’utilisation de Base élèves est
obligatoire, et que les directeurs sont tenus d’appliquer les consignes
sous peine de sanctions. Plusieurs académies, dont celle de l’Aveyron,
de la Drôme, de l’Isère, de l’Ille-et-Vilaine et des Yvelines, adoptent
la même position répressive. Nous nous opposons fermement à cette
obstination, alors même que les directeurs, ne connaissant pas le
contenu exact du fichier, sont dans l’incapacité de collecter les
données dans le respect de l’article 32 de la loi 78-17, alors que le
fichier n’est toujours pas pleinement sécurisé, alors que de nombreux
parents s’opposent à ce que leurs enfants figurent dans le fichier. Nous demandons donc le retrait des menaces et des sanctions prises à l’encontre des directeurs.
Nous vous demandons également de faire respecter le droit d’opposition des familles
à figurer dans un fichier. Les Inspecteurs d’académie répondent aux
parents qu’ils ne peuvent s’opposer au fait que l’école collecte et
enregistre des informations relatives à leur enfant et nécessaires à sa
scolarisation. Pour notre part, nous refusons catégoriquement que ces
informations soient consignées dans Base élèves. Cette demande est
d’autant plus justifiée que l’information des personnes ainsi fichées
n’est pas assurée selon les dispositions légales citées ci-dessus.
Par ailleurs, si l’Education nationale a beaucoup
communiqué sur les données retirées concernant la nationalité, elle n’a
jamais communiqué sur les données ajoutées depuis juin 2007. Il
s’agissait pourtant de données sensibles : 7 compétences de l’élève,
mention du suivi des enfants en difficultés (PPRE) et du suivi des
enfants handicapés (PPS). De même, aucune information n’a été faite sur
la mise en place de l’accès par les Inspecteurs (IEN et IA) à toutes
les données. Demain, des données et des destinataires peuvent être
ajoutés sans que nous en soyons informés. La Commission Nationale
Informatiques et Libertés elle-même n’a été informée de ces
modifications que 8 mois après qu’elles avaient été réalisées.
La suppression de certains champs n’apaise donc pas nos
craintes, ni ne répond à nos attentes. La création du fichier Edvige,
le 1er juillet 2008, vient au contraire confirmer l’utilisation de
l’école comme premier maillon du fichage de la population. Nous nous
inquiétons également de la mise en place du dossier scolaire
électronique, comportant le livret de compétences électronique via
internet (B.O. de janvier 2007 et mars 2008), qui contiendra des
informations par ailleurs supprimées de Base élèves.
Le développement de tous ces
fichiers électroniques ne correspond ni aux missions fondamentales de
l’éducation nationale, ni à l’idéal d’une société respectueuse des
droits de l’enfant et des libertés individuelles. C’est pourquoi nous nous adressons à vous aujourd’hui pour vous demander :
- l’arrêt immédiat du traitement « Base élèves 1er degré »,
- la destruction de toutes les données déjà enregistrées dans la base,
- le maintien
d’un système de gestion informatique interne à chaque école, sans
intrusion possible d’une autre administration, garantissant la
sécurisation des données, la confidentialité des dossiers et une
utilisation éthique des systèmes informatisés,
- et enfin, en
concertation avec tous les acteurs concernés, l’organisation d’un débat
public sur le développement des fichiers informatiques.
Dans l’attente de réponses précises aux problèmes que
nous avons abordés, recevez, Monsieur le Ministre de l’Education
Nationale, nos plus sincères salutations citoyennes.
La coordination nationale des collectifs contre Base élèves
Coordination regroupant :
Collectif de l’Ain contre base élèves / Collectif Rouergat pour
l’Abandon de Base Élèves (Aveyron) / Collectif Sud-Aveyronnais /
Collectif Stop Fichage 13 / Correso (Ille-et-Vilaine) / Collectif
Isérois pour le Retrait de Base Elèves / Collectif 64 non à base élèves
(Pyrénées-Atlantiques) / Collectif du Tarn / Collectif du
Tarn-et-Garonne
(21 juillet 2008)
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2- Objection de conscience à base élèves
Directeur d’une petite école [...], j’ai refusé, comme
quelques collègues, de renseigner le fichier Base Elèves qui centralise
nationalement les informations sur les enfants des écoles primaires.
Pour cela, nous devrions subir une retenue sur le salaire ( !),
sanction qui pourrait être renouvelée, voire aggravée, dans les mois
qui viennent.
Je n’avais pas jusqu’à présent expliqué ma position,
pensant qu’elle était largement partagée par la profession et que la
forte émotion exprimée par l’opinion publique à l’encontre de ce projet
le condamnerait de facto. Or celui-ci se met en place : si une première
fournée de départements (dont le Lot) est rentrée dans les clous en
juillet 08, le fichier devra être opérationnel nationalement à la fin
de l’année scolaire qui vient.
L’opposition au fichier Base élèves s’est exprimée
principalement contre les items à renseigner par les directeurs
d’école. Pour cela, elle a oublié le principal : c’est l’existence même d’un fichier central de l’enfance qui est scandaleuse.
Base élèves n’est pas un simple outil de gestion statistique à partir
du moment où chaque élève est identifié par un numéro. L’administration
de l’Education Nationale a petit à petit laissé tomber ses exigences de
renseignements concernant la nationalité ou le parcours scolaire de
chacun : recul tactique qui permet de préserver l’essentiel. A partir
du moment où les élèves sont rentrés dans le fichier, tout est
possible, y compris le pire… et il y a lieu de s’inquiéter de cela dans
un monde où la vie privée des personnes est de plus en plus difficile à
protéger.
J’ai eu l’occasion de dire à mon Inspecteur que j’étais réfractaire à la mise en place du fichier Base élèves par objection de conscience. Je ne peux renier des principes fondamentaux à mes yeux : le respect de l’enfance et le respect des familles.
La multiplication des instruments de contrôle social est déjà très
inquiétante… mais élargir ceux-ci à l’enfance est proprement
intolérable. Les enfants ne sont pas des citoyens et n’ont pas le
statut juridique pour rendre des comptes à la collectivité. Préserver
un monde de l’enfance à l’écart de la société des adultes me paraît
fondamental. Oublier cela, c’est nous ramener à des précédents
historiques qui font froid dans le dos.
La tradition laïque de l’Ecole devrait préserver la séparation
entre la vie publique des citoyens et la vie privée des personnes, et
par là même l’équilibre entre l’Etat et les familles dans le domaine de
l’éducation. Les enfants sont inscrits d’autorité dans le fichier Base
Elèves, sans l’autorisation des parents, ce qui me semble un abus de
pouvoir…
Beaucoup de directeurs et directrices, de bonne foi,
ont renseigné (ou vont renseigner) Base élèves… J’imagine qu’ils ont
confiance dans le discours officiel qui présente ce fichier comme un
simple outil de gestion. J’y vois aussi le résultat d’un
conditionnement à l’œuvre depuis de nombreuses années : une avalanche
d’évaluations statistiques accable les écoles et la technocratie
éducative fonce tête baissée dans les outils informatiques sans aucune
retenue, ni boussole critique. Cette fuite en avant explique en partie,
je pense, l’entêtement de l’institution scolaire sur la question.
Voici venir le règne de « l’ingénierie éducative », des experts
de la « pédagogie scientifique », des technolâtres et des apprentis
sorciers… on en oublierait presque que l’acte éducatif est d’abord un
acte d’humanité.
(10 juillet 2008)
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3- Lettre d'un directeur à son I.A.
[...] Objet : Refus de mettre en place le dispositif Base-Elève dans mon école
Madame l’Inspecteur d’Académie,
Je vous informe que je ne mettrai pas en place le dispositif Base-Elève
dans l’école dont j’occupe la fonction de directeur, en accord avec mes
collègues et avec la motion adoptée par le conseil d’école du 1/6/2007
dont voici le texte :
Le
conseil d’école [...], réuni le vendredi 1er juin 2007, s’interroge sur
la mise en place d’un fichier informatique centralisé “Base Elève” par
l’Education Nationale.
Les
directeurs devront, pour la première fois, fournir sur chaque enfant
des informations nominatives à l’administration de l’Education
Nationale (les informations qui remontaient jusqu’à présent étaient
uniquement des données chiffrées).
Les
membres du conseil d’école s’alarment du fait que des renseignements
confidentiels sur la famille et la scolarité des enfants seraient
diffusés à l’extérieur de l’école. Ils sont inquiets qu’un certain
nombre d’informations puissent être transmises par les directeurs sans
que les familles en connaissent la teneur, et donc sans leur accord.
Après
en avoir débattu, le conseil d’école exprime unanimement le refus de
voir utiliser “Base Elève” dans l’école.
A
l’époque où l’Armée accueillait en son sein des appelés du contingent,
celle-ci reconnaissait à ceux-là le droit à l’objection de conscience.
Je demande à mon ministère de me reconnaître cette possibilité par
rapport à l’installation du dispositif Base-Elèves dans mon école.
D’après la LOI n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et
obligations des fonctionnaires et plus particulièrement de son article
28 qui pose le principe hiérarchique d'obéissance du fonctionnaire dans
les termes suivants : "Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans
la hiérarchie, est responsable des tâches qui lui sont confiées. Il
doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf
dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à
compromettre gravement un intérêt public." Le fonctionnaire garde donc
une marge d'appréciation des ordres qu'il reçoit. On ne saurait sans
méconnaître la loi contester au fonctionnaire cette liberté qui, avec
la bonne exécution des tâches qui lui sont confiées, participe de sa
responsabilité propre.
Mes motivations reposent sur cinq constats :
- Base-Elèves
n’améliorera en rien le fonctionnement actuel ni de mon école, ni de
celui de l’Education Nationale et n’améliorera pas la réussite scolaire
de nos élèves.
- Base-Elèves modifie la nature de mes fonctions.
- Base-Elèves ne respecte pas les droits fondamentaux des personnes.
- Base-Elèves participe de fait à l’instauration d’une société du fichage généralisé.
- La
garantie de confidentialité et de non utilisation à d’autres fins que
celles définies initialement des données recueillies par le dispositif
Base-Elèves ne sont pas garanties dans le temps.
1.
Base-Elèves n’améliorera en rien le fonctionnement actuel ni de mon
école, ni de celui de l’Education Nationale et n’améliorera pas la
réussite scolaire de nos élèves.
Dans
la notice d’information des parents d’élèves, deux objectifs sont
donnés pour expliquer la mise en place du dispositif :
- Assurer la gestion des élèves des écoles maternelles, élémentaires et primaires.
Je
dispose déjà, pour cette gestion, d’un logiciel, « Le
Directeur », coût 15 euros, qui suffit amplement pour remplir
l’enquête 19, éditer les différentes listes d’élèves, préparer les
listes électorales pour les élections des parents délégués et accomplir
tous les autres actes de la direction.
- Etablir le suivi des effectifs d’élèves dans l’ensemble des écoles.
Cette
tâche est déjà réalisée par la communication régulière de nos effectifs
chiffrés, voire la vérification par les IEN, sur le terrain, de la
réalité de ces chiffres. En quoi, la mise en place d’un recensement
nominatif améliore-t-elle le dispositif existant ?
Base-élèves
n’est pas une aide pour notre travail administratif. Dans la liste des
nombreuses revendications pour l'amélioration de notre métier, un
fichier centralisé n'a jamais été demandé ni même évoqué. Par ailleurs,
ce dispositif n’a aucune vocation à réaliser l’objectif ministériel
prioritaire, à savoir lutter contre l’échec scolaire et ne permettra en
rien d’améliorer la réussite scolaire de nos élèves.
2. Base-Elèves modifie la nature de mes fonctions.
C’est
une rupture dans le contrat que j’avais passé avec l’Etat en devenant
instituteur car je ne m’étais pas engagé à accomplir des actes qui
relèvent de la fonction d’auxiliaire de police. C’est la première fois où je dois faire remonter des données nominatives sur les familles.
Ce qui remontait jusqu’à présent n’étaient que des chiffres qui
suffisaient largement à l’administration centrale et notamment à la
Direction de l’Evaluation et de la Prospective pour élaborer tous les
tableaux, diagrammes, études possibles et imaginables afin de
« piloter » le système scolaire français. C’est une rupture
sans précédent dans la relation d’écoute et de confiance que nous
essayons d’établir avec les familles.
3.
La mise en place du système Base-Eleves ne me paraît pas respecter les
droits fondamentaux des personnes, notamment dans le domaine de leur
vie privée, et me semble contrevenir aux textes suivants :
- Article 12 de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme de 1948 :
Nul
ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa
famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son
honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de
la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.
- Article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales (1950) :
1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.
2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice
de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi
et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est
nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être
économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des
infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à
la protection des droits et libertés d’autrui.
- Article 1 de la loi " Informatique, Fichiers et Libertés" du 6 janvier 1978 qui instaurait la création de la CNIL :
"L'informatique
doit être au service de chaque citoyen. Son développement doit s'opérer
dans le cadre de la coopération internationale. Elle ne doit porter
atteinte ni à l'identité humaine, ni aux droits de l'homme, ni à la vie
privée, ni aux libertés individuelles ou publiques."
Je
ne suis pas certain, et même sur les cas déjà observés carrément sûr du
contraire, que l’information faite aux parents réponde aux exigences
contenues dans les textes suivants :
-
Directive 95/46/CE DU Parlement européen et du Conseil (24 octobre
1995), directive relative à la protection des personnes physiques à
l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre
circulation de ces données :
[...](10)
considérant que l’objet des législations nationales relatives au
traitement des données à caractère personnel est d’assurer le respect
des droits et libertés fondamentaux, notamment du droit à la vie privée
reconnu également dans l’article 8 de la convention européenne de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et dans
les principes généraux du droit communautaire ; que, pour cette
raison, le rapprochement de ces législations ne doit pas conduire à
affaiblir la protection qu’elles assurent mais doit, au contraire,
avoir pour objectif de garantir un niveau élevé de protection dans la
Communauté ;
(11)
considérant que les principes de la protection des droits et des
libertés des personnes, notamment du droit à la vie privée, contenus
dans la présente directive précisent et amplifient ceux qui sont
contenus dans la convention, du 28 janvier 1981, du Conseil de l’Europe
pour la protection des personnes à l’égard du traitement automatisé des
données à caractère personnel ;
[...]
Article 6
1. Les États membres prévoient que les données à caractère personnel doivent être :
a) traitées loyalement et licitement ;
b)
collectées pour des finalités déterminées, explicites et légitimes, et
ne pas être traitées ultérieurement de manière incompatible avec ces
finalités. Un traitement ultérieur à des fins historiques, statistiques
ou scientifiques n’est pas réputé incompatible pour autant que les
États membres prévoient des garanties appropriées ;
c)
adéquates, pertinentes et non excessives au regard des finalités pour
lesquelles elles sont collectées et pour lesquelles elles sont traitées
ultérieurement ;
d)
exactes et, si nécessaire, mises à jour ; toutes les mesures
raisonnables doivent être prises pour que les données inexactes ou
incomplètes, au regard des finalités pour lesquelles elles sont
collectées ou pour lesquelles elles sont traitées ultérieurement,
soient effacées ou rectifiées ;
e)
conservées sous une forme permettant l’identification des personnes
concernées pendant une durée n’excédant pas celle nécessaire à la
réalisation des finalités pour lesquelles elles sont collectées ou pour
lesquelles elles sont traitées ultérieurement. Les États membres
prévoient des garanties appropriées pour les données à caractère
personnel qui sont conservées au-delà de la période précitée, à des
fins historiques, statistiques ou scientifiques.
Information de la personne concernée
Article 10
Informations en cas de collecte de données auprès de la personne concernée
Les
États membres prévoient que le responsable du traitement ou son
représentant doit fournir à la personne auprès de laquelle il collecte
des données la concernant au moins les informations énumérées
ci-dessous, sauf si la personne en est déjà informée :
a) l’identité du responsable du traitement et, le cas échéant, de son représentant ;
b) les finalités du traitement auquel les données sont destinées ;
c) toute information supplémentaire telle que :
les destinataires ou les catégories de destinataires des données,
le
fait de savoir si la réponse aux questions est obligatoire ou
facultative ainsi que les conséquences éventuelles d’un défaut de
réponse,
l’existence d’un droit d’accès aux données la concernant et de rectification de ces données,
dans
la mesure où, compte tenu des circonstances particulières dans
lesquelles les données sont collectées, ces informations
supplémentaires sont nécessaires pour assurer à l’égard de la personne
concernée un traitement loyal des données.
-
Extraits de l’article 32 de la Loi relative à l’informatique, aux
fichiers et aux libertés du 6 janvier 1978 portant sur les
« Obligations incombant aux responsables de traitements »
I.
- La personne auprès de laquelle sont recueillies des données à
caractère personnel la concernant est informée, sauf si elle l’a été au
préalable, par le responsable du traitement ou son représentant :
1. De l’identité du responsable du traitement et, le cas échéant, de celle de son représentant ;
2. De la finalité poursuivie par le traitement auquel les données sont destinées ;
3. Du caractère obligatoire ou facultatif des réponses ;
4. Des conséquences éventuelles, à son égard, d’un défaut de réponse ;
5. Des destinataires ou catégories de destinataires des données ;
6. Des droits qu’elle tient des dispositions de la section 2 du présent chapitre ;
7.
Le cas échéant, des transferts de données à caractère personnel
envisagés à destination d’un État non membre de la Communauté
européenne.
Lorsque
de telles données sont recueillies par voie de questionnaires, ceux-ci
doivent porter mention des prescriptions figurant aux 1°, 2°, 3° et 6°.
4. Base-Elèves participe de fait à l’instauration d’une société du fichage généralisé
Il
s’est trouvé des fonctionnaires pour effectuer des rafles, d’autres
pour jeter des personnes d’origine nord-africaine dans la Seine,
d’autres encore pour justifier, aider, préparer ces actions. Je ne m’
inscrirai pas dans cette lignée-là. Rien ne me destinait, en prenant en
charge la direction d’une école, à devenir un des rouages, si modeste
soit-il, de la mise en place d’une société du fichage généralisé, qui
me semble être une dérive dangereusement liberticide. Au nom d’une
éthique de mon engagement professionnel et d’une morale qui m’est
propre, il m’est impossible de participer à ce qui me paraît être de
nature à remettre en cause les fondements mêmes de notre société
républicaine. La multiplication des instruments de contrôle social est
déjà très inquiétante… mais élargir ceux-ci à l'enfance est proprement
intolérable. Les enfants ne sont pas des citoyens et n'ont pas le
statut juridique pour rendre des comptes à la collectivité. Préserver
un monde de l'enfance à l'écart de la société des adultes me paraît
fondamental.
5.
La garantie de confidentialité et de non utilisation à d’autres fins
que celles définies initialement des données recueillies par le
dispositif Base-Elèves ne sont pas garanties dans le temps.
Les
données que nous allons faire remonter nous échappent totalement comme
nous échappent totalement leur utilisation future, le champ des futurs
utilisateurs et les projets qu’elles pourront servir. L’exemple de
l’extension au fil du temps du champ d’application du fichier des
empreintes génétiques, montre, s’il en était besoin, que la destination
d’un outil se modifie au cours du temps. Je pense profondément que
toute parcelle de liberté perdue ne se récupère pas.
Confiant
dans les vertus de l’exemplarité, comment pourrions-nous y prétendre en
professant d’un côté la responsabilisation des enfants qui nous sont
confiés et en adoptant une attitude irresponsable consistant à mettre
en place un système dont nous savons qu’il sera dangereux pour les
libertés et la démocratie ?
Je
préciserai enfin que je ne suis pas le seul à ressentir les dangers de
cet outil puisque d’aussi prestigieuses personnes que M.Philippe
MEIRIEU (Professeur à l’Université LUMIERE-Lyon 2), M.Albert JACQUARD
(Professeur d’Université à la retraite), M.Hubert MONTAGNER (Professeur
des Universités en retraite et ancien directeur de recherche à l’INSERM
dans les domaines de la psychophysiologie, du développement, du
comportement et des rythmes de l’enfant), Mme Christine BELLAS CABANE
(Pédiatre anthropologue présidente du syndicat national des médecins de
PMI), M.Jacques TESTART (Directeur de recherche honoraire de l’INSERM),
demandent la suppression de Base-Elèves, de même que de nombreux
conseils d’école et municipalités sur tout le territoire se sont
prononcés contre sa mise en place. Le ministre de l’Education
Nationale, M. Xavier Darcos, n’a-t-il pas lui-même déclaré récemment
que ce fichier lui semblait « profondément
liberticide ».
Je terminerai par cette citation d’Albert Jacquard, citation dont je partage les valeurs :
« L’actualité
apporte plutôt des exemples d’enfermement dans la logique sécuritaire.
Le plus inquiétant est donné par les recherches en vue de dépister le
plus tôt possible les enfants « à risque », c’est-à-dire
susceptibles de devenir des délinquants. Dès l’école maternelle,
quelques experts seront chargés de cette détection qui permettra de
surveiller avec une particulière attention les individus
potentiellement dangereux, ou même de les soumettre préventivement à
des traitements médicaux. Ainsi l’ordre sera préservé.
C’est exactement la société que prévoyait Aldous Huxley dans son roman Le Meilleur des mondes,
une humanité où chacun serait défini, catalogué, mis aux normes. Le
concept même de personne autonome, capable d’exercer sa liberté,
disparaîtrait. Un des aspects les plus insupportables de ce projet, tel
qu’il a été présenté par la presse, est l’établissement d’un document
qui suivra le jeune au long de sa scolarité : inscrit dans un
registre ou sur un disque d’ordinateur, ce document, avatar du casier
judiciaire, permettra, au moindre incident, d’exhumer son passé. S’il
est pris à dix-sept ans à faire l’école buissonnière ou à taguer un mur
du lycée, ce comportement pourra être rapproché de son instabilité
caractérielle déjà notée au cours préparatoire. Cet enfermement dans un
destin imposé par le regard des autres est intolérable, il est une
atteinte à ce qu’il y a de plus précieux dans l’aventure humaine :
la possibilité de devenir autre.
Notre
parcours n’est pas déjà écrit, demain n’existe pas. A chacun de le
faire advenir. Laissons la prédestination à quelques théologiens,
soyons conscients et aidons les autres à devenir conscients qu’en face
de nous la page est blanche. J’ai raconté au début de ce livre comment,
passant durant l’Occupation sans livret scolaire d’un lycée à un autre,
j’ai saisi au bond l’occasion de changer la définition que les autres
donnaient de moi. J’en ai gardé la conviction que la liberté de chacun
ne peut s’épanouir que si la société ne possède pas trop d’informations
sur lui. « Je suis celui que l’on me croit », dit un personnage de Pirandello. Mieux encore serait : « Laissez-moi devenir ce que je choisis d’être. »
Albert Jacquard, Mon utopie
Veuillez croire, Mme l’Inspecteur d’Académie, en mon engagement sincère au service de l’Education Nationale.
(8 octobre 2008)
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4- Lettre d'un autre directeur réfractaire
«
Vous vous rendez compte monsieur, vos élèves ne sont pas immatriculés !
» C’est la phrase quelque peu incongrue prononcée par la personne
chargée à l’inspection académique de la mise en œuvre de ma sanction.
Celle-ci au demeurant très sympathique et sincère, essayait de me
persuader d’entrer dans l’application informatique à caractère
personnelle Base élèves pour mon bien et celui des élèves. Je crois ne
pas m’être véritablement rendu compte avant cette phrase de l’ampleur
de la pesanteur administrative de l’éducation nationale, du fait que
l’on puisse (outre les problèmes d’éthique et de légalité douteuse
sous-jacents à la mise en place de Base élèves), entrevoir cette base
de données comme un plus pour le fonctionnement des écoles et surtout
pour l’intérêt premier des élèves. Il y a un tel décalage entre les
missions d’enseignant et de directeur, et cette rhétorique
bureaucratique que ma première réaction a été l’hilarité.
Je
suis directeur d’une petite école maternelle. Depuis le 1er octobre, je
subis apparemment chaque jour qui passe un retrait sur salaire d’une
journée, pour ne pas avoir commencé la saisie de données sur les élèves
de mon école et leurs parents. Je passe sans doute trop de temps en
face d’enfants de 4 ans, ce qui m’éloigne des réalités du vrai monde de
l’éducation, la hiérarchie, les services faits ou non faits, la gestion
d’effectifs, les statistiques. Je suis encore un jeune enseignant, j’ai
malheureusement toujours la candeur de croire que ma mission première
de directeur est d’assurer le bon fonctionnement de l’école dans
laquelle j’exerce en garantissant la concorde entre les différents
acteurs liés à celles-ci.
Base élèves est, depuis quelques mois,
une priorité absolue pour l’inspection académique qui avance coûte que
coûte sans perdre le temps d’un réel débat. Sur le chemin, elle prend
acte des suppressions annoncées par le ministre et donne une marge de
manœuvre à des directeurs volontairement sous-informés pour qu’ils
renseignent le « minimum syndical », de quoi permettre le calcul du
sésame, l’Identifiant National Elève.
L’administration observe aussi
les réfractaires donner quitus au ministre de ces avancées
significatives en oubliant simplement que le projet initial est
éminemment contestable et que l’objet même d’une immatriculation des
élèves devrait suffire à justifier la résistance. J’ai pour ma part
pris conscience récemment que nous nous étions tous trompés de débat,
peut-être depuis le début.
Si l’on observe aujourd’hui les champs
obligatoires à renseigner, Base élèves peut paraître anodin, et il est
compréhensible que la majorité des directeurs n’y voient pas une menace
pour les élèves. La multiplication des missions nous incombant ne nous
permet malheureusement pas toujours de raisonner sur le long terme, ce
qui ici est pourtant essentiel. Lorsque tous les élèves seront intégrés
dans le fichier, le piège se sera alors refermé. Base élèves deviendra
un outil usuel comme un autre et les nombreuses attaques à venir contre
l’école feront passer au second plan le débat sur celle-ci et les
modifications qu’elle ne manquera pas de subir comme son aîné SCONET
(fichier informatique en place dans les établissements du 2nd degré).
Alors reviendront sans doute la prévention de la délinquance, les
statistiques sur la nationalité des élèves, la nécessité de connaître
les besoins éducatifs particuliers des élèves ...
Ma sanction
elle est tombée depuis peu, vendredi 26 septembre, un fax que je suis
allé chercher à la mairie pendant la récréation et une lettre
recommandé de trois lignes, sanction totalement disproportionnée,
punissant le directeur et l’enseignant sans distinction. Je ne sais pas
si celle-ci est réellement applicable, ce qui finalement n’est pas
vraiment le plus important, le symbole qu’elle représente l’est plus,
la brutalité avec laquelle on se permet de traiter les directeurs qui
portent pourtant sur leurs épaules le fonctionnement des écoles
républicaines françaises. La manière d’intimider et de vouloir faire
plier un fonctionnaire sur un aspect financier est également tellement
infantilisante qu’elle discrédite aujourd’hui l’administration qui
l’applique. Pour ma part, payé ou non je serai demain matin dans mon
école et par cela et quoi qu’il se passe dans les semaines à venir,
j’ai déjà à mon actif cette petite victoire pour ma conscience.
(05 octobre 2008)
N.B.
Aux dernières nouvelles, cette sanction n'aurait pas été mise en
application. Mais cela en dit long sur les procédés d'intimidation...
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5/ Modèles de lettre de parent à l'I.A.
A/ Monsieur l’Inspecteur
d’Académie,
Je,
soussigné ............. , parent et responsable légal de l'enfant ........... , actuellement scolarisé(s) à l’école ..... de
....., vous informe m’opposer formellement au fichage de mon enfant
sur « Base-élèves premier degré ». C’est pourquoi je
vous demande de ne pas saisir de données concernant mon enfant sur
cette base. L’article 38 de la loi Informatique et Liberté prévoit
en effet que « toute personne physique a le droit de s’opposer,
pour des motifs légitimes, à ce que des données à caractère
personnel la concernant fassent l’objet d’un traitement ».
Je considère
que la centralisation de données personnelles, confidentielles, et
néanmoins nominatives jusqu’à l’échelon académique, avec un
identifiant au niveau national, concernant les enfants à partir de
trois ans, constitue une grave atteinte aux libertés individuelles.
Ce fichier méconnaît la Convention européenne de sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés fondamentales (Rome, 4.11.1950)
ratifiée par la France le 1°.11.1988, qui a inscrit en son article
8 le droit au respect de la vie privée et familiale. La convention
internationale des droits de l’enfant, adoptée par l’Assemblée
générale des Nations-Unies le 20.11.1989 prévoit également à son
article 16 que « nul enfant ne fera l’objet d’immixtions
arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son
domicile, sa correspondance, ni d’atteintes illégales à son
honneur et à sa réputation ».
[...] J'ai
signifié au directeur (à la directrice) de l’école que je
refusais l’entrée de mon enfant dans Base-élèves, et que je
refuserai de remplir toute fiche de renseignements propre à
Base-élèves.
Dès
lors, toute information concernant mon enfant qui serait
éventuellement versée dans « Base-élèves premier degré»
le serait sur la base d’autres sources d’informations, et sans
mon consentement, ce qui constituerait une grave atteinte à mon
autorité parentale et contreviendrait à la loi Informatique et
Liberté et à la recommandation du conseil national d’éthique qui
stipule en matière de saisie de données concernant les enfants
l'obligation de demander l'accord écrit et explicite des parents.
Si vous
obligez le directeur à entrer mon enfant malgré mon désaccord, je
vous demanderai de lui signifier par écrit et nominativement votre
décision de passer outre à ma volonté.
Dans
l’attente de votre réponse, veuillez agréer, Monsieur
l’Inspecteur d’Académie, l’expression de mes sincères
salutations.
Copie à : Monsieur
le directeur de l’école ...
Monsieur le Maire de ...
Monsieur l’inspecteur de
circonscription
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B/ Lettre à adresser au directeur de l'école, et surtout aux autorités hiérarchiques (IEN, IA)
Ce texte peut également servir d'introduction à une réunion-débat
Questions sur le fichage de nos enfants
- Quelles
garanties avons-nous que les demandes de renseignements confidentiels,
supprimées dans la nouvelle mouture, en juin 2008 , c'est à dire langue
parlée à la maison, catégorie socio-professionnelle des parents, pays
d'origine, suivi psychologique et médical etc, ne soient pas
réintroduites ds les années à venir?
- Pourquoi, au prétexte
de besoin de gestion en "temps réel" des effectifs, envoie-t-on des
fichiers avec noms et prénoms des élèves?
- Pourquoi, au nom
d'une meilleure gestion des écoles, donne-t-on un numéro identifiant
national élève (INE) pour une période de 35 ans, INE attribué à chaque
enfant dès 3 ans? Des études jusqu'à 38 ans?
- Pourquoi les
parents ne peuvent-ils pas utiliser le droit d'opposition du fichage de
leur enfant comme il est pourtant écrit dans la loi informatique et
libertés? Le livret scolaire est propriété des parents, base-élèves,
celle de l'Etat.
-Quelles garanties avons-nous que les avatars
dus au piratage informatique ne transforment nos enfants en cibles pour
le marketing de tout style, en particulier les entreprises côtées en
bourse de soutien scolaire à domicile?
- Quelles garanties avons-nous que dans le futur, le fichier ne soit utilisé par les futurs employeurs?
-
Pourquoi, malgré un matériel " hautement sécurisé", est-il demandé aux
directeurs de ne jamais quitter leur clé OTP permettant l'accès aux
données?
-Quelles garanties en cas de vol ou de perte de cette clé?
-Quelles
garanties avons-nous que certains renseignements à effacer au cours
des années, ne restent pas enregistrés dans la base-élèves nationale?
-L'ordonnance
n° 2005-650 permettant l'accès aux sociétés privées à tous les fichiers
propriétés de l'état, s'applique-t-elle à Base-éleves?
Tant que nous n'aurons pas toutes ces garanties, nous refusons que notre enfant soit fiché dans le dispositif base-élèves.