Institut de SILFIAC - Skol-Uhel Silieg

Institut pour un Développement Soutenable
et Solidaire en Bretagne

SNUIPP 56,29,22.

Syndicat national unitaire

des instituteurs professeurs

des écoles et Pegc


Petite école, grand avenir

Apports scientifiques, et exemples concrets en Centre Bretagne.

SILFIAC, 27 février 2016


Introduction journée : Serge MOËLO, Institut de SILFIAC et Martine DERRIEN, SNUIPP56


Le système éducatif, objet d’un certain aveuglement gestionnaire, est par endroits sacrifié. Les espaces ruraux, notamment du Centre-Bretagne, subissent le même sort.

L’objectif de la journée « petite école, grand avenir » est de tirer les enseignements des actions et réflexions des acteurs de la défense de l’école rurale et de l’option pédagogique des classes multiâges et, éventuellement, de les confronter aux positions officielles de l’Éducation Nationale (1) . Enseignements dont nous montrerons la portée au-delà de l’école.

Les classes multiâges constituent une richesse pédagogique indéniable et pourraient, comme le dit Philippe MERIEU, l’une des principales références nationales en la matière, « constituer une ressource considérable et nous permettre d’imaginer un nouveau paradigme pour une école véritablement démocratique ».

La petite école, souvent rurale, est fondamentale pour la promotion des valeurs humaines, de l’esprit de coopération, pour l’éveil des consciences citoyennes, et comme outil d’aménagement du territoire et de reterritorialisation. L’école de proximité participe aux efforts nécessaires de transition énergétique, écologique, de lutte contre les gaz à effet de serre…


Les intervenants de la journée du 27 février à SILFIAC sont des spécialistes nationalement reconnus en matière de pédagogie ou d’aménagement du territoire. Mais une place sera aussi donnée au débat et à l’exposé d’expériences concrètes menées en Centre Bretagne.

Les réflexions et débats menés à l’Institut de SILFIAC veulent résolument dépasser la seule pensée critique pour accueillir l’activité critique dans la pratique sociale et politique. De plus, nous recherchons sans cesse les moyens de nous défaire du politiquement correct que la révolution conservatrice, qui a déferlée en France dans les années 1980 et 1990, impose aujourd’hui aux discours, attitudes et mentalités (2) . Cette double identité nous a conduits à des partenariats avec les organisations syndicales (3) et avec des personnes impliquées dans des luttes contre la domination néolibérale de l’économie et des politiques publiques. Personnes dont la parole est le plus souvent ignorée.

Ainsi, la réflexion ouverte à l’Institut sur développement local ou l’aménagement du Centre Bretagne passerait sans doute à côté de l’essentiel, si elle ignorait les réflexions et l’actions des acteurs pour le développement des écoles rurales. Ces activités des parents d’élèves, des instituteurs, des élus locaux et de nombreux chercheurs construisent le développement local d’aujourd’hui et montrent la voie à d’autres initiatives en gestation. Activités dans lesquelles le SNUIPP à un rôle central.

Le SNUIPP56 a fortement appuyé le choix d'écoles en réseau plutôt qu'en RPI => très peu de RPI dans ce département, contrairement aux voisins (22).

(1) : les représentants de l’Education Nationale ont été invités, mais pas de présent...
(2) : voir entre autres les travaux de Didier Eribon.
(3) : parmi lesquelles la CFDT sur l’emploi, la FSU sur de Développement Durable, la CGT sur les régions littorales de l’Ouest, ...

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Fédération Nationale pour l’Ecole Rurale (FNER) et collectif « La petite école est une chance »


A/ Michel BARON : Petite histoire récente de l'école rurale, une école qui réussit et qui pourtant dérange

I - Préambule : présentation de l'auteur, secrétaire de la FNER, par ailleurs enseignant retraité donc ex-praticien mais non spécialiste (ni historien, ni géographe...)

II - Une école qui dérange
, au sens littéral du terme (qui sort du rang) depuis longtemps..., qui s'éloigne trop de l'idée, de l'image de l'école-type telle qu'il faudrait qu'elle soit.
> Qui dérange l'institution : difficulté d'appliquer les normes, les programmes..., et au-delà, difficulté de concevoir une école républicaine la même partout et pour tous au travers des disparités locales (développer rapidement), comme si égalité et différences ne pouvaient pas coexister, d'où tendance à nier, à effacer ces dernières (quelques exemples). Vrai surtout plus on monte dans la hiérarchie, en général (davantage déconnectés des réalités).
> Qui dérange nombre d'enseignants, souvent avec les mêmes raisonnements (exemples - pb de formation, peur de l'inconnu...)
> Qui dérange un certain nombre de maires (voir les disparités de traitement de l'école)
> Qui dérange aussi quelques parents, souvent abusés par les précédents, et par les "on-dit" et autres lieux communs...
D'où un sentiment diffus - et bien diffusé - d'une école de plus en plus obsolète, de moins en moins capable de répondre à ses missions... Et en corollaire le sentiment que, en milieu rural, on n'est pas des bons.

III - La riposte des écoles rurales
(années 90)
On la doit à un grand fossoyeur de l'école rurale, Pierre Mauger : première attaque frontale
après une très longue période où les classes et écoles disparaissaient au rythme un peu atténué de l'exode rural, d'où riposte, d'où naissance de mouvements non seulement de défense mais aussi de promotion de l'école rurale => FNDPER, Crozon, les CREPSC...
L'apport de la FN(DP)ER et de la mouvance "école rurale" : volonté de mettre ensemble ses acteurs que sont élus, enseignants, parents, chercheurs..., inverser les images mentales : colloque "école rurale, école
moderne" (déjà montrer tout ce que pouvaient apporter ces petites écoles pour l'école en général, voire pour la société), développer des concepts tels que la contractualisation pluriannuelle (une vraie, pas la caricature d'aujourd'hui), mettre en valeur le multiâge, prôner la mise en réseau d'affinités, créer des outils de communication : site, liste de diffusion...

IV - Les difficultés

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Externes :la  mise en place de nombreux RPI => disparition de certains avantages de l'école rurale, des plans successifs (rapport Lebossé, 1998 bien mais sans mise en pratique réelle, Ségolène Royal et ses normes "sorties scolaires", 1998, Xavier Darcos, 2003, et ses réseaux "usines à gaz"), des réformes telles que les langues (sous-entendu impossibles à enseigner correctement dans des classes multi-cours), et, the last but not the least, les conventions ruralité dont on reparlera aujourd'hui, précédées d'ailleurs de diverses conventions (Massiac, 2006) protocoles et référentiels (Moselle, 2013), conventions très destructrices pour les écoles et les milieux ruraux et qui de plus sèment la zizanie (cf. syndicats, AMRF...)
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Internes : la division avec Ecole et Territoires (entre autres trop inféodée à l'ANEM), avec le CDPEPP, l'obsolescence des outils (site web 0,1 !...), la lassitude et le désengagement de militants FNER (ça n'avance pas), la difficulté actuelle à fédérer nationalement...

V - Les perspectives

- L'attaque massive via les conventions ruralité vont je l'espère réveiller ceux qui aspirent à un autre modèle d'école et de société. La FNER doit pouvoir continuer à être un outil à leur service, à condition d'un renouvellement des personnes qui l'animent.
- La riposte ne peut pas rester uniquement locale : c'était la raison d'être de l'appel de Limoges,
juin 2015, puis de la rencontre de Paris, octobre 2015, qui ont enfanté un collectif encore informel "la petite école est une chance", destiné à rassembler les défenseurs et surtout les promoteurs de la petite école, sous un angle non seulement pédagogique, mais aussi résolument sociétal et écologique, et ce à partir d'un appel de mon ami Jean Pauly qui vous en parlera mieux que moi et à qui, en conséquence, je cède la parole...


B/ 10H15
Jean PAULY : Relocaliser l’école, école et écologie

- institution loin du bilan carbone, ça ne l'intéresse pas

- la « technostructure » ne supporte pas la petite taille des structures (école, monde agricole...)

- relocaliser : « éduquer local », coopération

- détruire l'école = destruction matérielle, destruction humaine, destruction de l'avenir

- classes uniques à mettre en valeur comme alternative aux RPI.

- petite école école rurale (même si la grande majorité des petites écoles sont à la campagne).

- voir autrement que l'entre soi (liens avec d'autres mouvements, ex. Confédération Paysanne)

Voir plus détaillé ici : http://ecole-rurale.marelle.org/Relocaliser_l_ecole.pdf


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Sylvie JOUAN, ESPÉ de Montpellier, site de Mende - auteure de « La classe multiâge d’hier et d’aujourd’hui, archaïsme ou école de demain ? » Editions ESF 2015 :
La réussite des élèves en classe rurale, qu’en dit la recherche ?
(l'exposé s'appuie ici exclusivement sur les recherches menées en France)

(Sylvie Jouan nous a aimablement confié son diaporama)


- présentation : Sylvie Jouan est prof de philo puis formatrice qui « découvre » le milieu rural en Lozère.

- multiâge : différence entre classe à 2 cours et classe à 3 cours et plus… (contrainte d'un fonctionnement différent) ; ces classes sont un vrai laboratoire d'innovation pédagogique, mais souvent c'est mal perçu par les enseignants et les parents (nombreuses réticences).

- bref historique => la classe unique devient une exception, une « espèce en voie de disparition mais non protégée ». Et pourtant, efficacité montrée à maintes reprises :

- Françoise Oeuvrard 1990 (petites écoles rurales = réussite égale voire légèrement supérieure)

- Agnès Brizard 1995 : grande hétérogénéité = facteur de réussite (+ de niveaux, + de réussite)

- IREDU 1996 : idem

- meilleures « carrières scolaires » (moins de redoublements surtout en classe unique)

- IREDU 2007 : cours simples mieux que les cours doubles.

- OER : 2012 confirmation des meilleurs résultats des petites écoles rurales, surtout si l'on tient compte du niveau socio-professionnel des familles.

- Les études moins longues ? Manque d'ambition pour les jeunes ruraux ? Ou là encore images mentales à revoir (y a -t-il différence d'ambition entre faire comme papa agriculteur et faire comme papa médecin de ville ?)

- Pourquoi ça marche ? => Hypothèses : meilleure inter-connaissance, suivi, gain de temps, meilleure gestion du temps, autonomie, coopération, proximité. Pas de statistique prouvant une bonne réussite à faible effectif (moins de 15), ni une mauvaise d'ailleurs.

- Pourquoi tant de réticences ? Modèle de la classe homogène… déjà présent lorsque les classes uniques étaient majoritaires dans le pays !

- Pas de statistique prouvant l'efficacité (ou non) des petites écoles hors zone rurale.


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Yves LEBAHY, Président des géographes de Bretagne, ancien enseignant à l’U.B.S. : L’école, enjeu des territoires laissés pour compte de la République : le cas de la Bretagne centrale.

- (absence d') aménagement du territoire en France : crise & politique d'ajustement = contre le social ; décision en dépit des désirs des citoyens ; destructuration, destruction de la démocratie de proximité directe. Mise en concurrence des territoires.

- Loi MAPAM (affirmation des métropoles), loi NOTRe (fusion des communes)

- Toutes ces réformes se font dans la précipitation et sans concertation. En fait, pensée issue du terrain est totalement niée = déni de démocratie. Déménagement territorial, par la métropolisation, ultra-libérale => « économies d'échelle » illusoires

- L’État n'est plus là pour assurer des rééquilibrages

- Métropolisation = marginalisation des « couronnes »

- du coup, la ville est un espace d'exclusion du monde rural

- d'où réactions parfois violentes

- population réactivée par les « rejetés » de la ville, dans une zone sinistrée au niveau des services publics.

- école fermées surtout en centre Bretagne : mêmes zones déshéritées (cf. bonnets rouges puis votes front national…)

- rupture de l'exigence d'une école républicaine, avec disparition des Ecoles Normales.

- question de l'école rurale dans les territoires abandonnés. Cf. « l'homme habitant » concept qui redevient d'actualité.

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Échanges avec la salle (trop brefs)

Table ronde (intérêt éducatif de la petite école – école et territoire)

Martine DERRIEN, SNUIPP56 – Serge MOËLO, Maire de SILFIAC – Vivien DEROCHE, parent « Les enfants de Louise » (APE) – Michel BARON, FNER – Philippe NOGUES, député du Morbihan. Modérateurs : Sylvie JOUAN – Jean PAULY - Yves LEBAHY

(Dommage : participation de la salle quasi inexistante)

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Témoignage concret de terrain : le réseau d’écoles des Korrigans (SILFIAC/SEGLIEN/St‑AIGNAN/Ste‑BRIGITTE)

- Réseau qui garde sa structure pédagogique (classes uniques ou école de village)

- S'est appuyé sur des réseaux USEP, sur des maires qui avaient aussi l'habitude de travailler ensemble.

- Contrat signé officiellement par Ed. Nat., Conseil général ; création d'une association (enseignants, parents, élus) pour en gérer tous les aspects, y compris matériels.

> Lutter contre l'isolement des élèves et des enseignants, la rotation des enseignants : plutôt réussi.

> Réseau = sécurité, encouragement, projet de réseau d'école plutôt que de chaque école.

> au début, aides financières de l'Ed. Nat., et en temps (coordonnateur de réseau).

> rencontres et échanges physiques et par internet

> implication des communes et des parents que le réseau rassure.

> continuité des apprentissages.

> habitudes d'entraide et d'autonomie

> culture et éducation : le réseau a permis de mettre en valeur la culture locale. Voyages, chorales, échanges d'écrits…

> TAP facilités (participation 95 % des élèves)

> Réussite scolaire facilitée par rapport aux RPI

> mutualisation des aides des communes aux familles en difficulté.


Compilation et notes : Michel Baron