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UN VÉRITABLE PROJET
POUR L'ÉCOLE
EN MILIEU RURAL

(version pdf 4 pages)
(version imprimable recto-verso A4 plié)


Ce texte est une synthèse du travail mené depuis des années au sein de notre fédération. Il est parfois découpé de façon arbitraire, tant il est difficile de traduire sous forme linéaire les fonctionnements d'un système complexe...
Il se veut à la fois une aide à la réflexion de chacun, et un outil de revendication argumenté.
Les propositions avancées – et c'est ce qui fait leur valeur – viennent toutes d'acteurs de terrain. Elles s'appuient en grande partie sur les réussites observées en France et ailleurs. Aussi va‑t‑on y trouver à la fois des mesures conservatoires et des demandes de profonds changements. Et même si certains points peuvent paraître discutables, voire utopiques, la plupart sont pour nous incontournables.

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I. PRATIQUES D'ECOLE - PRATIQUES DE CLASSE
 

 
  1.  Préserver, voire rechercher l'hétérogénéitédes âges, des niveaux, des milieux socioculturels, favorisant ainsi les interactions entre les enfants (instituées ou non en tutorat, compagnonnage, par exemple entre enfants en grande facilité et en grande difficulté, entre petits et grands...).Cette organisation nécessairement pluriannuelle leur permet, en respectant mieux leurs rythmes personnels, d'acquérir plus solidement des connaissances, ainsi que des compétences sociales et humaines. 
  2.  Ouvrir la classe, l'école :
    - Élargir progressivement
    les échanges avec l'extérieur de la classe (sorties, visites, intervenants, correspondance, réseaux...).
    - De même,
    chez les enseignants, permettre, favoriser et développer leur ouverture sur l’extérieur, et leur implication dans la vie associative et citoyenne dès la formation  initiale.
    - Prendre impérativement en compte 
    l'environnement local, culturel, historique, géographique, linguistique (le cas échéant, enseignement des langues dites régionales)...
    - Concevoir
    l'école comme un lieu culturel  (bibliothèque, expositions, ateliers...) s'adressant aussi à la population locale : anciens élèves, autres habitants du village... 
  3.  Laisser aux enseignants une grande liberté pédagogique dans les méthodes et les pratiques, notamment pour permettre de s'adapter aux réalités locales, aux élèves tels qu'ils sont et tels qu'ils changent, à l'environnement géographique et social, et à leurs propres sensibilités et aptitudes. 
  4.  Investir, utiliser, étendre au maximum tous les espaces disponibles dans l'école et autour. Les aménager autant que nécessaire. 
  5.  Préserver une grande polyvalence des maîtres, mais en même temps, faciliter réellement la participation de divers intervenants : parents, autres bénévoles, personnes à compétence particulière (EPS, musique, arts visuels ou autres). 
  6.  Diffuser, co-élaborer les outils pédagogiques adaptés à ces classes : plans de travail, outils auto-correctifs, fichiers... 
  7.  Permettre d'élaborer et de réaliser des projets, d'aplanir certaines difficultés, en favorisant le désir de travailler en équipe dans et hors l'école, dépassant ainsi le concept "un maître = une classe", par la mise en place...
    - de
    bonnes conditions d'échanges entre enseignants et avec les parents et autres  partenaires : temps institués, vraie salle des  maîtres...,
    - de
    décloisonnements (maternelle au CM2, voire collège), - de maîtres supplémentaires pour un territoire et un projet définis, - de doublettes (cf. II, 10),
    - d'une véritable évaluation du travail d’équipe.
     
  8.  Abaisser sensiblement les effectifs dans les classes à plusieurs cours avec maintien et ouverture d'une école possibles même à très petit effectif. 
  9.  Améliorer les conditions d'accueil des petits, dès 2 ans si besoin, et des enfants handicapés : aide matérielle et en personnel. 
  10.  Aider le directeur d'école (qui doit cependant demeurer enseignant, sans statut hiérarchique) : recentrer son action sur des tâches vraiment utiles pour l'école, créer des postes de secrétaires de direction (pour plusieurs écoles ou conjointement avec des institutions ou associations locales), partager les tâches de direction dans l’école... Envisager d'autres systèmes de nomination : élection par les collègues, embauche par une collectivité, durée limitée, direction tournante ?...
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 II. FORMATION DES ENSEIGNANTS
 
 
  1.  Rétablir une vraie formation initiale de qualité, sur au moins deux ans, avec des modules consacrés à des aspects spécifiques du métier : enseigner en rural, en ZEP, à des handicapés..., avec validation obligatoire. 
  2.  Multiplier les allers-retours théorie/pratique. Les stages, dont au moins un obligatoire en milieu rural, devraient ainsi être allongés et suivis d’un vrai travail de retour en ESPE.
    La présence de
    maîtres-formateurs en milieu rural, avec des classes à plusieurs cours, est donc indispensable. 
  3.  Donner  du sens à la formation, éviter  son morcellement, par...
    - une 
    réflexion  approfondie sur le système  éducatif ;
    un  apprentissage  réel de la gestion  globale d’une classe,  dont les aspects  pratiques ne doivent plus être  négligés ;
    une  moindre part accordée à la didactique  des disciplines  et à l'abstraction. 
  4.  Élargir  la formation, tendre vers une culture globale, humaniste et  scientifique :
    - observation  et analyse géographiques,   historiques, sociologique des territoires ;
    - bonne  connaissance
      des  cursus et métiers,   pour une meilleure orientation des  élèves ;
    - apprentissage
      du  travail  en partenariat, en  réseau ;
    prise  en compte des dernières  découvertes  scientifiques  (neurosciences...) ;
    travail  du corps,  de la voix, des postures ;
    pratiques  théâtrales... 
  5.  Faire  intervenir en formation initiale les parents et les élus, ainsi  que d’autres  acteurs de l’éducation :  travailleurs sociaux, animateurs socio-culturels, professionnels de  terrain expérimentés et porteurs de compétences spécifiques... 
  6.  Expliquer  et valoriser  l’école  à petite structure, toutes  les potentialités qu'elle recèle (multi-âge, pratiques  coopératives...).
    Présenter les
    différents  modes d'organisation de l'école rurale  (réseaux, RPI...). 
  7.  Rétablir  une vraie formation continue  accessible  à tous,  notamment aux enseignants travaillant en école rurale. 
  8.  Améliorer  et ouvrir la formation  de tous, y compris des formateurs par l'organisation d'échanges  entre chercheurs, et de conférences plus nombreuses... 
  9.  Permettre  aux enseignants de prendre des années  sabbatiques  nécessaires pour revenir en formation, reprendre des études,  réaliser des projets... 
  10.  Développer  notablement la co-formation sous tous ses aspects.  En particulier, créer des « doublettes »  formées d’un professeur sortant de l’ESPE et d’un enseignant  par exemple en fin de carrière, pendant une année, éventuellement  accompagnés par un formateur.Cela permettrait aux plus  anciens d'éviter l'usure, de travailler plus longtemps, et aux  plus jeunes   l'appropriation de certains "gestes" et concepts  éducatifs et pédagogiques :  prise en main, tenue de la classe, gestion de  l'enfant/groupe-classe, rapports entre unité et diversité du  groupe-classe, étapes pour mettre en œuvre une vie de classe,  tirer parti de l'imprévu... Les débutants auraient ainsi un  contact plus confiant avec les classes rurales, et les élèves en  profiteraient également.
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III. L'ÉCOLE, SON ENVIRONNEMENT, SES PARTENAIRES

 
 
 
  1.  Encourager  et faciliter l'investissement  de tous, en  préservant la "taille humaine" de l'école rurale,  atout essentiel - et vécu comme tel -, qui permet à tous, élèves,  enseignants, parents, élus, autres partenaires, de tisser de  réelles relations citoyennes et humaines.Tirer parti de la  diversité  sociale et culturelle  pour renforcer ces relations. 
  2.  S'appuyer  sur les expériences,  sur ce qui fonctionne, favoriser  les échanges  et notamment en direction d’autres structures d’enseignement  (autres écoles, collèges et plus généralement autres lieux  d’éducation).   
  3.  Encourager  le  développement et la pérennité de réseaux,  non pas sur la base d’un modèle centralisé venu « d’en  haut », mais sur la trame de réseaux imaginés, élaborés  et construits par « le terrain » : enseignants,  parents, élus locaux. Par le biais de ces réseaux, aider au  développement du travail d’équipe et de la mise en commun des  compétences. 
  4.  Donner  de vrais  pouvoirs démocratiques aux  conseils d’écoles, aux conseils de réseaux,  afin qu’ils deviennent réellement des outils efficaces, et  soient perçus comme tels. Cela permettrait à chacun des  partenaires (personnes, institutions, associations) de se sentir et  d'être davantage  acteur que spectateur  et/ou consommateur d'école, et ainsi de gérer  et coordonner un projet éducatif global et durable incluant,  en termes d'actions et de moyens, le pré- et le périscolaire et  servant ainsi de base au PEDT (Projet Éducatif De Territoire). 
  5.  Pour  mener à bien ces projets, autant que pour un fonctionnement  optimal de l’école au quotidien, rechercher  constamment la  plus grande confiance possible entre tous les partenaires. Par  exemple :
    ouvrir  suffisamment la classe, l’école, aux  parents  d’élèves, - améliorer les relations entre les  administrés et  l'administration... 
  6.  Permettre  assez de souplesse  pour pouvoir prendre en considération les évolutions  sociales : besoins  spécifiques des familles mono-parentales, rythmes de vie liés aux  horaires de travail.
    Souplesse aussi et davantage d’
    autonomie  administrative et financière pour l’achat de matériel, la  constitution de réseaux, la gestion des intervenants dans les  écoles, la réalisation d'un projet particulier... et d'une façon  générale, pour  la prise en compte des spécificités liées à la ruralité  : distances, équipements, modes d'organisation...
 
 
 
Établir/rétablir des garde-fous : 
      •  Assurance   d’une école rurale publique et laïque, dans un cadre républicain et démocratique, permettant une réelle égalité des conditions d’éducation et d’enseignement sur tout le territoire (rééquilibrage des politiques locales), par :
        - le
        maintien   d’un tissu scolaire de proximité
        - le refus des politiques de regroupements à courte vue, aggravées par le glissement de la compétence scolaire des communes au profit de l’intercommunalité, - le refus de
        la participation obligatoire des communes aux frais de scolarisation des élèves fréquentant, hors de leur territoire, des écoles privées.
      •  Respect des compétences de chacun dans l'établissement de partenariats (par exemple, les équipes pédagogiques doivent rester les maîtres d’œuvre des   orientations pédagogiques).
      •  Garantie   de moyens de fonctionnement suffisants (personnels   et matériels),   et durables (échéances   pluriannuelles notamment en ce qui concerne la « carte   scolaire »).
      •  Aller vers la gratuité totale des fournitures, et, autant que possible, des activités pédagogiques   (sorties scolaires, musées, concerts, transports liés à ces sorties).
 
 

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IV. POLITIQUE SCOLAIRE MUNICIPALE : VOLONTARISTE ET DURABLE

 

 
 

 
  1.  Étudier  en premier lieu les  besoins de sa commune  en tenant compte du contexte local (communes voisines, collège,  communauté de communes, canton, département...).
    L'organisation  de la structure scolaire doit avant tout être choisie  et non imposée.

  2.  Assurer  la continuité  des financements et des investissements,  l'entretien régulier des bâtiments, leur modernisation, le  renouvellement des équipements devenus obsolètes, éviter les  investissements par à-coups dans des équipements de  prestige.
    Rechercher  à compléter les financements communaux ::  intercommunalité, pays, département, région, Europe... 

  3.  Veiller  au bon  fonctionnement des activités périscolaires :  la qualité de l'accueil des enfants le matin et le soir, et de la  restauration scolaire, permettra aux enfants de rester à l'école  du village même si les parents travaillent ailleurs. 

  4.  Favoriser  la participation  de l'école  à la vie communale et aux associations : projets culturels,  scientifiques, écologiques... 

  5.  De  même, favoriser la participation  des élus à la vie de l'école,  à l'occasion d'une fête de fin d'année, d'une journée portes  ouvertes..., notamment pour ceux qui n'ayant pas (plus) d'enfants  en âge scolaire, se sentent éloignés du monde éducatif et ont  du mal à se représenter concrètement l'utilisation des budgets  votés. 

  6.  Encourager  la mixité  sociale,  solliciter les conseils  des professionnels, d'autres élus...

  7.  Participer  dès sa conception au projet d'école,  aller au devant de la demande, réfléchir avec tous les  partenaires (enseignants, enfants, parents) sur leurs besoins, leur  proposer des rencontres régulières. Ce qui peut permettre :
    - de  voter des crédits mieux compris donc mieux  acceptés ;
    de  transmettre  une vision positive et  dynamique de l'école,  en particulier à travers un projet d'école cohérent  et innovant, valorisant ainsi l'image de la commune  auprès de la population et favorisant l'arrivée de nouvelles familles.

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